• Le renouveau des arts décoratifs dans la France d'après-guerre est d'une extrême diversité, du style 40 qui perdure à travers les commandes officielles au meuble classique ou néoclassique dont le succès est sans précédent. La modernité reste un combat à mener après l'échec de l'Union des Artistes Modernes (UAM) qui n'a pas su convaincre. Ce défi est relevé par la jeune génération des décorateurs présentés dans cet ouvrage. Leur approche répond aux besoins et aux aspirations d'un pays en pleine reconstruction, avec l'extraordinaire vitalité qui caractérise l'époque.
    Après une introduction qui met l'accent sur l'alliance d'esthétique, de fantaisie et de rigueur, de cette création française foisonnante, ce livre s'organise en quatre parties, chacune précédée d'une introduction qui en définit le contexte historique.
    -les maîtres de l'entre-deux-guerres, tels qu'Adnet, Arbus ou Old.
    -les représentants d'un style 50 en liberté, ludiques et affranchis de tout discours en «isme», Matégot, Royère...
    -les grandes figures de la Reconstruction - Gascoin, Hitier ou Sognot - qui ont transmis à la génération suivante le sens d'une modernité exigeante et puriste.
    -leurs fils spirituels, Gautier-Delaye, Guariche, Motte, Paulin ou Philippon et Lecoq.
    Outre ces trente-trois monographies, Patrick Favardin analyse la mise en place de structure d'édition et de diffusion, avec des fabricants comme Airborne, Les Huchers-Minvielle ou Steiner, des galeries comme Steph Simono ou MAI ou encore les Salons.

  • Mathieu Matégot

    Patrick Favardin

    • Norma
    • 1 Octobre 2014

    Mathieu Matégot (1910-2001) est l'un des designers les plus inventifs des années 50. Cet artiste d'origine hongroise, créateur, décorateur et entrepreneur, est l'inventeur d'un véritable langage, dont l'un des supports principaux est le Rigitulle, une tôle perforée qu'il a brevetée et qui lui permet de déployer, par un système de plis, son métal perforé dans l'espace. À l'aise avec tous les matériaux, il a également travaillé le verre, le bois, le rotin ou encore le laiton. Il a régulièrement participé, durant les années 50, aux plus grands Salons. Très sollicité, il a répondu à de nombreuses commandes, publiques ou privées : le restaurant végétarien La Saladière, à Paris, une partie du Drugstore des Champs-Élysées, deux foyers-bars à la Maison de la radio ou encore un aérodrome à Casablanca.

    Grâce à de nombreux documents d'époque provenant notamment des archives familiales, cet ouvrage revient sur l'ensemble du parcours de Matégot, de sa découverte du métal perforé pendant la Seconde Guerre mondiale à ses dernières tapisseries des années 80. Il permet avant tout de redécouvrir une oeuvre riche et variée, qui fait de Mathieu Matégot l'un des plus grands créateurs de la période des Trente Glorieuses.

  • Jean et Robert Cloutier, jumeaux de leur état, ont suivi un parcours original dans le paysage contrasté de la céramique française de la seconde moitié du XXe siècle. Soutenus par une clientèle fidèle, sans cesse élargie, de collectionneurs et de professionnels, leur carrière s'est déroulée de façon quasi linéaire, échappant aux aléas de la mode comme aux mutations de leur discipline.
    Leur travail est à bien des égards atypique, où la maîtrise technique se conjugue avec bonheur à une inspiration souriante, voire drolatique, qui ne parvient pas toujours à dissiper un zeste d'inquiétude. Cette ambivalence régente une production abondante et d'une grande diversité, livrant d'humbles pièces d'usage courant ou relevant des arts de la table, des claustras et des carreaux émaillés.
    Mais le domaine dans lequel ils excellent est celui de la figuration zoomorphique ou anthropomorphique qui peuple les pièces les plus ambitieuses, où s'affirment le contraste de noir et d'un vermillon d'une densité exceptionnelle (le fameux « rouge Cloutier »), ou les divers émaillages extrêmement sophistiqués.
    Pour parvenir, à la fin de leur carrière conjointe, à d'admirables pièces sculptées dont les formes figuratives et organiques, parées d'un blanc laiteux ou d'un noir intense, sont lourdes de mystère et de questionnement.
    Véritables électrons libres de la céramique française, les frères Cloutier incarnent à leur façon l'optimisme ludique des Trente Glorieuses, avec un succès qui va bien au-delà de l'Hexagone, en particulier au Japon et aux États-Unis.
    Libres de toute attache scolastique, et peu soucieux de faire école, ils incarnent un moment de grâce des arts décoratifs.

  • * The first comprehensive monograph on Abraham & Rol, legendary designers of the second half of the 20th century * Includes a mix of contemporary and '50s and '60s photographs * This book includes examples of their architectural work, previously unknown to the public "It is a rare species, but it exists," as '60s art critic Pascal Renous pointed out on the subject of artistic couples. The designer-decorator duo of Janine Abraham and Dirk-Jan Rol met at Jacques Dumond's studio in 1955. The couple shared the same love of precision, line and plain colors. Their earliest joint creations were first exhibited at the Salon des artistes décorateurs, in Paris. Their furniture, made of wicker, wood and aluminum, twice won prizes at the Salon des artistes décorateurs (a sideboard in 1956 and an armchair in 1958), garnering notice from the public and professionals alike. Jean Royère did not hesitate to use their emblematic Soleil armchair (gold medal at the 1958 Brussels World's Fair) in the decoration of the palace of the shah of Iran, in Teheran. Their light and functional designs are available today, re-edited by Yota Design. Abraham & Rol were also interior designers for both individual and large corporate clients, such as Yves Rocher and Saint-Gobain, with the same precision and sense of composition that define their furniture pieces. The couple also expressed their creativity through architecture, their mastery of this discipline enabling them to design some twenty houses from the 1960s through the 2000s in the Île-de-France region. Their homes are genuine inhabited sculptures, of which certain have become truly emblematic.

  • Né en 1925, Jean Derval intègre l'École des arts appliqués à l'industrie en 1938. Particulièrement doué pour le dessin, il se forme au métier de graphiste, et c'est comme affichiste qu'il entame sa vie professionnelle. Mais les difficultés de l'époque et sa curiosité naturelle le poussent à diversifier son champ d'activité. Engagé par la société Christofle, il réalise des décors d'orfèvrerie mais aussi une ligne de céramiques d'usage devant être réalisées à Saint-Amand-en-Puisaye. Cette dernière expérience débouche sur une véritable passion. Dans ce sanctuaire du grès, magnifié par Carriès et son école à l'aube du XXe siècle, il découvre un univers qui le satisfait pleinement, par sa technique et ses vastes possibilités artistiques. Plus encore, la céramique laisse le créateur complètement libre de ses choix, dans une immédiateté quasi magique de réalisation.
    En 1947, Jean Derval rejoint à Vallauris ses camarades d'école Robert Picault et Roger Capron, qui ont fondé l'atelier Callis. Après une collaboration difficile, il rejoint deux ans plus tard le célèbre atelier Madoura, animé par Suzanne Ramié et alors dominé par la figure magistrale de Picasso. En 1951, il fonde son propre établissement, l'atelier du Portail. Il développe là un art subtil, d'une grande virtuosité technique et artistique, voué à la pièce unique, qu'il s'agisse de céramique utilitaire, de décoration intérieure ou d'ornementation d'architecture.
    Ce savoir-faire fascine Roger Capron, qui l'emploie entre 1967 et 1973 dans sa manufacture. Mais Jean Derval reprend sa liberté pour parachever une oeuvre magistrale, qui en fait l'un des meilleurs céramistes de sa génération.

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