• " la chair et la pierre est un essai sur l'histoire de la ville vue sous l'angle de l'expérience corporelle : ce qu'on y voit, ce qu'on y entend, ce qu'on y ressent, les lieux oú l'on mange, comment on s'habille, on se déplace, on se lave, on fait l'amour, depuis l'athènes de périclès jusqu'au new york d'aujourd'hui.
    Si le corps humain a été choisi ici pour comprendre le passé, le livre est plus qu'un simple catalogue historique de sensations physiques dans l'espace urbain. mais la civilisation occidentale ayant toujours répugné à reconnaître la dignité et la diversité du corps humain, j'ai cherché à comprendre comment se traduisait cette répugnance dans l'architecture, l'urbanisme et la planification. j'ai écrit ce livre poussé avant tout par un sentiment de perplexité face à un problème de notre époque : la pauvreté sensorielle de la plupart des bâtiments contemporains, et la tristesse, la monotonie, et la stérilité, sur le plan tactile, de l'environnement urbain.
    Cette pauvreté est d'autant plus saisissante que les temps modernes célèbrent les sensations du corps et la liberté physique. j'ai cru tout d'abord que les causes étaient à rechercher du côté des architectes et des urbanistes, dont les projets auraient quelque part perdu le sens du rapport actif avec le corps humain. mais en creusant un peu, je me suis aperçu que le problème était plus vaste, et ses origines plus anciennes.
    " (richard sennett).

  • L'aspect des villes reflète la grande peur cachée qu'ont leurs habitants de s'exposer. Dans leur esprit, « s'exposer » suggère davantage le risque d'être blessé que la chance d'être stimulé. La peur de l'« exposition » renvoie d'une certaine façon à une conception militarisée de la vie de tous les jours, comme si le modèle « attaque et défense » s'appliquait aussi bien à la vie subjective qu'à la guerre.
    Avec cet ouvrage, Richard Sennett retrace la naissance de cette crainte et comment s'est édifié le mur séparant la vie intérieure de la vie extérieure. La construction de ce mur s'explique en partie par notre histoire religieuse : le christianisme engagera la culture occidentale sur la voie de la séparation de l'expérience intérieure et de l'expérience extérieure. L'ombre de ce mur continue d'obscurcir la société laïque Un des traits caractéristiques de l'urbanisme moderne est qu'il dissimule derrière ses murs les différences qui existent entre les individus. Ainsi, les urbanistes n'ont créé dans nos villes que des espace « inoffensifs », insignifiants, des espaces qui dissipent la menace du contact social : miroirs sans tain des façades, autoroutes isolant les banlieues pauvres du reste de la cité, villes-dortoirs. Cette approche compulsive de l'environnement s'enracine, en partie, dans des malheurs anciens, dans la peur du plaisir, qui ont conduit les individus à traiter leur environnement de façon

  • Richard Sennett se penche, dans cet essai, sur les ruptures qu'introduit le nouveau capitalisme par rapport aux aspirations libertaires des années soixante. À l'éclatement des bureaucraties et des contraintes répond désormais la fragmentation de la vie sociale et des êtres humains. Et à la dissociation du pouvoir et de l'autorité, sur un plan politique, correspond, sur un plan économique, la fracture entre la réussite personnelle et le progrès social. En d'autres termes, nous assistons à une véritable dérive non progressiste de la culture néo-capitaliste. L'individu à l'ère de la fragmentation est ainsi soumis à trois pressions considérables : être capable de se définir à travers de constantes mutations professionnelles et en l'absence d'institutions susceptibles de donner un sens à la vie ; rester à la hauteur dans une société où le talent n'a plus sa place et où les compétences deviennent rapidement obsolètes ; être friand de nouveauté au lieu de se souvenir du passé. Sennett parie sur une révolte contre cette culture de la superficialité, où le consumérisme tient lieu de politique et les gadgets de mesures sociales.

  • « Ensemble » s'inscrit explicitement dans la continuité de son ouvrage précédent : « Ce que sait la main ». Il s'agit toujours de montrer comment la société peut se comprendre et se construire, non pas à partir d'une élaboration intellectuelle renvoyant à un ensemble de constructions a priori, mais en repartant d'expériences quotidiennes.
    Associant histoire, sociologie, anthropologie et souvenirs personnels, Richard Sennett livre ici une réflexion engagée sur les pratiques de coopération en montrant comment les expériences de vie et d'actions collectives permettent de proposer une vision critique de la société contemporaine et quelques suggestions pour en améliorer le fonctionnement.
    Une étude enracinée dans une réflexion sur le politique dont le style, direct, invite aussi le lecteur à la coopération.

  • Dans cet essai alerte et pénétrant, déjà traduit en plus d'une dizaine de langues, Richard Sennett explore les effets déroutants du nouveau capitalisme.
    En mettant en évidence l'opposition entre deux mondes du travail : un monde disparu - celui des organisations rigides et hiérarchiques où il importait avant tout de s'épanouir dans son travail - et le monde nouveau de la restructuration des entreprises, du risque, de la flexibilité, du travail en réseau. Il montre qu'aujourd'hui le court terme et l'insécurité sont la norme. Plus de projet de vie active, plus de modèle à offrir à ses enfants dans une entreprise où l'employé perd son ancrage et le sens de sa propre identité.
    C'est à la fois en historien et en sociologue que Richard Sennett raconte des " tranches de vie " qui révèlent à quel point la trajectoire sociale des Individus est devenue illisible. Comment, depuis vingt ans, la montée spectaculaire des inégalités s'est accompagnée d'une généralisation de la précarité, de l'employé au cadre supérieur - à tous les échelons où naguère l'on faisait encore " carrière ".
    Un livre irremplaçable sur les effets délétères du " travail jetable ".

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