• Nous sommes en 1839 : Alexandre de Humboldt est chez Arago à Paris. Celui-ci lui montre les premiers résultats de Daguerre. Il écrit à Carl-Gustav Carus, le disciple de Friedrich, pour lui dire son enthousiasme devant cette découverte prodigieuse : « Le ton général, doux, fin, mais comme bruni, gris, quelque peu triste... » Lettre emblématique qui vient relier photographie et romantisme, science et peinture. Lettre qui fonctionne ici comme le frontispice d'un essai où viennent se superposer, comme une surimpression presque cadencée, tous les signes avant-coureurs de la photographie. Théorie du jardin-paysage, problématique du cadre et du champ, récurrence du thème de la fenêtre, art de la silhouette, déploiement muséal des images, transparents et enfin diaporamas.

  • Les différentes interprétations du gothique, vocable forgé par les italiens de la renaissance, ont attribué l'unité d'un style à l'essor de techniques architecturales comme l'ogive, l'arc-boutant, oú l'ont réduit à une esthétique de la lumière.
    C'était méconnaître la révolution en profondeur de la conception que l'homme du moyen age se faisant des images et du lieu de culte.
    Roland recht propose donc une nouvelle définition de l'art des cathédrales, en montrant d'abord qu'il est contemporain d'un besoin de voir pour croire. en témoignent, entre la fin du xiie siècle et le milieu du xiiie, l'élévation de l'hostie au moment de la consécration, l'exposition et la multiplication des reliques, mais aussi la visibilité de l'activité évangélique de saint françois ou les développements que connaît alors la science optique.

    L'architecture des cathédrales devient le support d'une profusion d'images qui rendent visibles les enseignements de l'ecriture, tout en étant traitées elle-même comme une image. elle sollicite incessamment le regard, à la faveur du pouvoir naissant des maîtres d'oeuvre qui se soucient d'en augmenter les valeurs visuelles, par exemple avec la polychromie.
    Ce changement affecte l'ensemble des oeuvres, la sculpture qui gagne en expressivité, l'orfèvrerie qui met en scène les reliques, la composition des vitraux et surtout la structure des grands édifices caractéristiques : saint-denis, chartres, bourges.
    L'analyse débouche sur une interprétation qui renouvelle entièrement notre appréhension de l'espace de la cathédrale.

  • Ce nouvel ouvrage du grand médiéviste Roland Recht, professeur honoraire au Collège de France, part de l'idée que l'art gothique n'a pas été saisi à la fois dans ce qu'il a d'innovant et de créatif par rapport à la période romane, mais aussi à travers l'histoire de sa réception, qu'elle soit médiévale ou bien moderne. L'auteur commence par analyser les aspects spécifiques de la production artistique au Moyen Âge : la grande mobilité des hommes, des modèles et des oeuvres ; la lente conquête d'une représentation du corps et du portrait ; la redécouverte de l'espace privé et de la nature ; la relation dialectique entre les manières et les comportements de la société et leur stylisation dans l'art autour de 1400 ; l'invention proprement révolutionnaire de l'architecture dite gothique. Autant de caractères originaux des derniers siècles du Moyen Âge.

  • Penser le patrimoine t.2

    Roland Recht

    • Hazan
    • 20 Avril 2016

    Cette publication accompagne l'exposition Un musée révolutionnaire Le musée des Monuments français d'Alexandre Lenoir au musée du Louvre du 7 Avril 2016 au 4 Juillet 2016. Journée-débat sur Alexandre Lenoir avec participation de l'auteur Roland Recht au musée du Louvre. Les oeuvres d'art ne nous intéressent pas seulement en raison de leur valeur historique et artistique, mais aussi parce qu'elles ont pour ainsi dire une seconde histoire, celle de leur accession à un statut patrimonial. C'est cette histoire que l'historien de l'art se propose d'étudier. Dans la mesure où il procède à un transfert qui fait passer l'objet de sa destination cultuelle ou fonctionnelle primitive à une nouvelle vie, à la fois aux plans esthétique et historique, le musée constitue une mise en scène et un dispositif parfaitement réglés. À travers une série d'études ponctuelles, Roland Recht analyse les changements qui affectent notre relation aux objets esthétiques, depuis l'Élysée d'Alexandre Lenoir jusqu'au Grand Louvre ouvert en 1993. Il s'intéresse à ce moment décisif où l'oeuvre d'art et le monument qui l'abrite se trouvent sacralisés. L'auteur examine quelques cas de « réhabilitations », comme celle des primitifs ou de l'art roman, et montre ainsi comment l'histoire de l'art construit ses objets. Il s'interroge enfin sur la redoutable mutation qui gagne aujourd'hui les grandes institutions patrimoniales et sur les effets néfastes qu'elle exerce sur la vie de l'esprit. Cette nouvelle édition d'un livre qui fit date s'enrichit de trois études consacrées au rôle joué par Prosper Mérimée et par Viollet-le-Duc dans le sauvetage du patrimoine monumental .- Une nouvelle édition de l'ouvrage de Roland Recht, enrichie de trois études, à l'heure où le Louvre célèbre Alexandre Lenoir du 7 avril au 4 juillet 2016 ;
    - Une analyse des changements qui affectent notre relation aux objets esthétiques, depuis l'Élysée d'Alexandre Lenoir jusqu'au Grand Louvre ;
    - Une réflexion sur l'histoire de l'art et son objet ;
    - Une méditation sur l'avenir de nos musées et la conservation du patrimoine.
       

  • Précieux et fragiles, les livres manuscrits demeurent protégés dans les réserves des bibliothèques, laissant méconnu tout un pan de l'histoire de l'art. En réunissant des exemples parfois célèbres, le plus souvent peu connus, allant du Ve au XVe siècle, Roland Recht nous révèle le monde de l'enluminure médiévale. Donnant la priorité aux oeuvres, restituées à l'aide de reproductions d'une grande qualité, Roland Recht les accompagne d'un texte à la fois informé et sensible. Les miniatures qui ornent les manuscrits sont non seulement considérées ici sous leur aspect " documentaire " - qui nous renseigne sur la mentalité et la spiritualité médiévales - mais surtout en tant qu'oeuvres d'art. Le parcours que propose l'auteur n'est pas chronologique. En premier lieu, il éclaire la signification du livre et des images, puis il insiste sur l'importance du couple commanditaire - peintre auquel on doit ces grandes créations de l'art de tous les temps. Roland Recht aborde ensuite les singularités de l'enluminure médiévale, successivement par l'étude de l'ornement, de l'expression et de l'espace. D'abord simple accompagnement du texte, la peinture dans le livre finit par occuper une place croissante sur la page, au point de mobiliser toujours davantage l'attention du lecteur sur elle, sur ses audaces colorées, sur l'inventivité dont elle témoigne, sur le sens qu'elle véhicule. Ce livre raconte comment, dans l'Occident médiéval, l'art visuel est né à partir de l'écrit, puis a rivalisé avec lui pour, en fin de compte, s'en émanciper.

  • Cet ouvrage obéit tout ensemble aux pratiques des sciences sociales et à l?exercice biographique. Il mixe l?aléatoire d?un parcours singulier et les jalons d?une trajectoire académique exemplaire, et prend le parti de la micro histoire pour tendre à la démonstration de problématiques générales, sous la forme d?une « conversation d?entre soi ».
    Libre, elliptique, à l?écart des censures, spontané dans le flux ou le silence, adroit pour arpenter les champs personnels sans rien dévoiler d?une vie privée, l?opus s?engage dans un récit à deux voix où le témoignage cède devant une analyse historique et historiographique « grand angle » de l?Histoire de l?art. Conduit au c?ur du bureau devenu atelier mais multiscallaire lorsque le JE fait valeur pour cette pratique spécifique de l?histoire, ce dialogue propose les lignes et les courbes d?une vie intellectuelle qui traverse un second XXe siècle autant qu?elle le modèle et s?en saisit pour l?étude.

  • Le sculpteur Nicolas Gerhaert de Leyde (vers 1430-1473) est considéré comme l'un des plus important artistes de la fin du XVe siècle au Nord des Alpes, auteur d'innovations décisives tant sur le plan formel qu'iconographique. Le parcours européen de cet artiste, depuis les Pays-Bas dont il était probablement originaire jusqu'en Autriche, comprend un séjour marquant à Strasbourg entre 1462 et 1467. Il y réalise plusieurs ensembles conséquents, en particulier l'épitaphe du chanoine de Busnang dans la chapelle Saint-Jean de la cathédrale (datée 1464 et signée) et surtout le portail de la Chancellerie de la ville, bâtiment aujourd'hui disparu mais dont quelques fragments sculptés subsistent.

    L'ouvrage présente une grande partie de l'oeuvre sur bois et sur pierre de cet artiste, dont le Musée de l'oeuvre Notre-Dame conserve quatre bustes d'hommes en grès dont le très célèbre Homme accoudé mélancolique, véritable " portrait de la conscience de soi du sujet moderne ". Elle permet en particulier de rassembler les deux fragments encore existants du décor du portail de la Chancellerie de Strasbourg, la Tête d'homme barbu du Musée de l'oeuvre et son pendant, la Tête de jeune femme conservée au musée de Francfort.

    Il s'agit également d'évoquer, en présentant un ensemble d'autres chefs-d'oeuvre de la sculpture européenne, l'influence décisive de l'oeuvre de Nicolas de Leyde dans l'espace rhénan entre Bâle et Cologne, mais aussi dans l'ouest et le sud de l'Empire et jusqu'en Autriche, dans l'actuelle Slovaquie et les régions limitrophes. L'ouvrage montre ainsi comment Nicolas de Leyde reprend à son compte la tradition d'une sculpture physionomiste, les innovations picturales de Van Eyck

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