• Le patrimoine archéologique est marqué par l'oubli que va interrompre la découverte du vestige. La mise à l'écart de la mémoire humaine, que provoque la perte puis le recouvrement stratigraphique, opère une transformation de l'objet.
    Sa fonction première - utilitaire ou décorative, cultuelle ou sociale - ou, plus simplement, celle pour laquelle l'objet a été fabriqué ou qui lui a été affectée, est renouvelée au moment de sa découverte au profit d'une fonction culturelle, sociale, politique et scientifique, asservie au témoignage et à la narration du développement de l'histoire de l'humanité et de sa relation avec l'environnement. L'objet le plus anodin peut être une source d'informations scientifiques irréductible à sa seule utilité ou fonction initiale. Celle-ci ne disparaît pas : elle est interprétée à l'aune de l'histoire ou, dans certains cas, instrumentalisée par des politiques identitaires.
    L'économie juridique des normes patrimoniales porte les empreintes de cette fonction culturelle et scientifique, voire identitaire du patrimoine archéologique. L'expression de l'intérêt scientifique, culturel ou politique ainsi que la mise en jeu de la règle juridique requièrent une double mise en condition : l'exhumation des vestiges et leur interprétation.
    Alors que la fouille s'inscrit dans une démarche scientifique et raisonnée, le pillage provoque la dispersion brutale et alimente le trafic illicite. Le patrimoine archéologique est aussi exposé au risque de dispersion, ou de destruction sous des pressions identitaires ou religieuses.
    Cet ouvrage met en relief, dans une approche interdisciplinaire, nourrie par un dialogue entre des archéologues, des conservateurs et des juristes, les enjeux qui fondent, notamment, les politiques de préservation du patrimoine archéologique et de diffusion des connaissances, la revendication des biens exportés en violation des normes en vigueur dans leurs pays d'origine et la réappropriation de leur patrimoine par les communautés spoliées.

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