• Depuis la fermeture de son abattoir, de sa mine d'or et de ses usines, la petite ville de Saint-Yrieix-la-Perche, située en Haute Vienne, connaît une déprise démographique et économique.
    Jadis objet de toutes les attentions municipales, la rue marchande est devenue atone. La population décline et vieillit ; le chômage et la part des emplois précaires augmentent ; l'ennui et l'anomie étendent leur domaine. Les mutations du capitalisme ont produit une ville sans qualité. Dans une enquête anthropologique où se mêlent mélancoliquement l'histoire intime du narrateur et l'histoire sociale des habitants de Saint-Yrieix, Éric Chauvier revient sur les traces de son enfance. À travers de multiples portraits, il tente de faire affleurer les vestiges d'un monde disparu et les fragments urbains d'une vie mutilée.

  • La publication d'Esquisse d'une théorie générale de la magie en 1904 dans L'Année sociologique est l'aboutissement d'une longue collaboration entre Marcel Mauss et Henri Hubert, débutée avec la parution de l'Essai sur la nature et la fonction du sacrifice en 1899 dans cette même revue. Collègues à l'École Pratique des Hautes Études, Hubert étudiait la magie dans l'Antiquité grecque et romaine, tandis que Mauss en décrivait les formes en Australie, en Malaisie, en Inde, au Mexique ou dans le judaïsme ancien.
    Pourtant, si l'analyse de la magie résultait logiquement à leurs yeux de celle du sacrifice, ce lien s'est ensuite dissous dans les rééditions des textes de Marcel Mauss.
    Cette édition permet de réinterroger les liens entre les trois piliers de sa réflexion que sont le sacrifice, la magie et le don. L'approche d'Hubert et Mauss se ressent également du contexte politique très particulier de l'affaire Dreyfus, qui se déroule pendant la rédaction de leurs articles. Cette séquence historique révéle alors des phénomènes irrationnels au coeur de l'État républicain, et oblige les universitaires à utiliser la preuve scientifique pour les combattre. C'est dans cet espace entre l'individualisme et la raison d'État, alors au coeur des débats politiques, que prennent sens les analyses de la magie et du sacrifice entre l'officieux et l'officiel, entre l'individuel et le collectif.

  • Vingt-cinq ans après la première édition les propos développés dans cet ouvrage n'ont fait l'objet d'aucune modification sur le fond ou sur la pratique d'un « jardinage en mouvement ». Les urgences écologiques, aujourd'hui mieux ancrées dans les consciences qu'elles ne l'étaient à la fin du XXe siècle, tendent à valoriser ces pratiques à toutes les échelles et à les affiner. Certaines légendes d'illustrations reformulées, plusieurs images ajoutées, le texte concernant le jardin du musée du Quai Branly-Jacques Chirac développé, telles sont les ajouts de cette édition.
    Vingt-cinq années de croissance végétale modifient les paysages, elles ne modifient pas forcément l'état d'esprit dans lequel ils se développent. Le message essentiel de ce livre « faire le plus possible avec et le moins possible contre la nature » demeure à tous les stades de l'évolution d'un espace incluant le vivant.
    Toutefois on peut faire deux remarques importantes que seul le recul du temps nous permet d'établir :
    - La première est technique et concerne la biodiversité.
    La fermeture des espaces par la strate arborée en développement progressif diminue la présence visuelle des espèces herbacées pour majorité héliophiles. Un des aspects importants de la maintenance du jardin en mouvement porte sur la nécessité de maintenir l'équilibre de l'ombre et de la lumière. Parfois il faut supprimer des arbres devenus trop grands faisant disparaître la clairière, la lumière et la biodiversité qui lui est associée. Ces arbres trop présents peuvent appartenir à une série que l'on a soi-même planté quelques années plus tôt. Les éliminer n'est pas tâche facile, on peut se contenter de l'ombre et dire que la diversité désormais invisible sous les frondaisons continue de vivre à l'état de graines et de dormir en attendant les conditions de la germination : le soleil et l'eau. On peut aussi donner place à la composition paysagère et choisir les espèces que l'on peut soustraire à l'espace trop dense pour retrouver l'équilibre cherché. Ce travail serait à faire aujourd'hui dans la partie dédiée au jardin en mouvement du parc André Citroën et bientôt dans le jardin du musée du Quai Branly.
    Cette remarque sur la diversité héliophile dans la strate herbacée concerne les climats non tropicaux. Sous les tropiques la diversité botanique s'exprime très bien dans la strate arborescente. Un jardin en mouvement en zone tropicale serait celui des singes et des oiseaux dans l'enchevêtrement des canopées, il n'y aurait rien d'autre à faire que d'édifier des passerelles en suspens pour s'y promener. Nous parlons ici des forêts primaires rélictuelles, celles que le Stupidocène oublieux a laissées çà et là, éparses et perdues sur la planète anthropisée.
    - La seconde est culturelle et concerne la composition dans l'espace.
    À l'exception des cultures animistes et totémistes pour qui le jardin est un territoire naturel pourvu des richesses que l'on va glaner ou chasser, les sociétés humaines ont organisé le jardin en donnant aux formes, aux lignes, aux perspectives et à la scénographie générale un droit absolu de composition. Cette façon de dessiner le jardin place la question du vivant en second rôle.
    Le jardin en mouvement se positionne à l'opposé de cette perception du monde, il ne doit aucune de ses formes à une vision cultuelle idéalisée de l'espace mais à une préséance donnée au vivant. Si les formes sont changeantes c'est précisément parce que « toujours la vie invente ».
    Ces pratiques se multiplient et placent les concepteurs au-devant d'une question à laquelle aucune école ne les a préparé : comment accepter l'abandon ou le partage de la signature de l'espace qu'ils pensent avoir dessiné avec maîtrise ? Comment déplacer le rôle de la forme pour la mettre en position de résolution esthétique temporaire sous la dynamique du vivant et non en dispositif inchangeable telle une architecture sacrée ?
    Il est à prévoir que l'enseignement dispensé pour atteindre ces objectifs s'orienterait alors une connaissance approfondie du vivant. Ceci afin d'initier un processus de conception des espaces qui nous lient à notre environnement, non en se soumettant à une dictature formaliste ou fonctionnaliste, mais en développant un dialogue avec le vivant par un accès à la compréhension et à l'acceptation du génie naturel.

  • Cet ouvrage est un essai sur les relations que les éleveurs nomades entretiennent avec leur environnement chez deux peuples mongols, en Mongolie et en Sibérie du Sud. Il propose une vaste synthèse de la littérature publiée sur le sujet dans de nombreuses langues occidentales et orientales, mais est aussi et surtout le fruit d'une vingtaine de mois d'enquête cumulés sur le terrain entre 2008 et 2015. Grâce à sa connaissance des langues (mongol, bouriate, russe) et ses séjours prolongés, l'auteur entraîne le lecteur dans l'intimité et la vie quotidienne des éleveurs. Ce livre se concentre sur les aspects spatiaux du pastoralisme nomade, et notamment sur les manières dont les éleveurs envisagent et mettent concrètement en oeuvre l'occupation de l'espace, à partager avec des être non humains, que ce soient des animaux domestiques, sauvages, ou encore des entités invisibles. En comparant les situations de peuples mongols de part et d'autre de la frontière mongolo-russe, il donne également à voir un continuum culturel mongol malgré l'inscription dans des trajectoires historiques et politiques différentes.
    La grande originalité de l'ouvrage réside dans l'abondante cartographie, résultat de données GPS de première main collectées par l'auteur, qui donne à voir les itinéraires de nomadisation des éleveurs et les trajets quotidiens des différents troupeaux sur les pâturages. Les nombreuses cartes, accompagnées d'une analyse fine des données, offrent une meilleure compréhension de toute la complexité des relations en jeu entre les éleveurs, leurs animaux - chevaux, chameaux, bovins, moutons, chèvres et chiens - et leur environnement partagé, ainsi que des manières dont systèmes sociaux et écologiques interagissent entre eux à travers des boucles d'actions et rétroactions.
    En ces temps de changements climatiques extrêmement rapides sur ces terrains, et plus généralement à l'ère de l'« Anthropocène » - concept qui implique que l'homme est devenu une force géologique majeure qui agit sur la terre -, les relations que les humains entretiennent avec leur environnement sont devenues, dans la plupart des endroits du monde, un enjeu écologique, économique, politique et éthique majeur. Dans ce contexte, la grande division entre nature et culture qui caractérise les visions du monde occidentales est lentement en train de s'effondrer. Loin de vivre « en symbiose » ou en « harmonie » avec leur environnement, comme se plaisent souvent des Occidentaux à s'imaginer ou à présenter les Mongols, ils ne nous donnent pas moins, en se refusant eux-mêmes à toute relation de domination exclusive sur les animaux et les ressources naturelles, l'occasion de réfléchir aux relations que nous-mêmes voulons entretenir aujourd'hui avec notre environnement.

  • Mexique profond. Une civilisation niée, paru pour la première fois en 1987 (15 autres réimpressions seront réalisées depuis en langue espagnole), est un classique de l'anthropologie historique mexicaine. L'argumentation de Guillermo Bonfil Batalla dans cet ouvrage ne se réduit nullement à opposer de façon schématique le monde indien (« Mexique profond ») et le « Mexique imaginaire » (qui correspond au monde occidental). Certains passages attestent d'un désir de convaincre les lecteurs de la réalité de la domination qu'un groupe humain a exercée sur un autre depuis l'arrivée des Conquistadores sur le territoire mésoaméricain au début du XVIe siècle, mais l'enjeu est avant tout d'inscrire cet antagonisme au sein d'un processus historique évolutif qui tend parfois à en occulter l'existence, notamment à travers la négation de la présence des Indiens depuis l'époque Moderne.
    Le principal effort de Batalla vise à rendre sensible « l'ubiquité de la présence multiforme de l'indianité » en particulier en retraçant certains épisodes-clés de l'histoire du Mexique. De ce point de vue, les premières descriptions du monde préhispanique, non exemptes d'une idéalisation de l'autochtonie, ou les vigoureuses critiques formulées à l'encontre de l'entreprise coloniale, ne sont pas les plus surprenantes puisqu'elles s'appuient sur des données historiques bien connues. On notera cependant que, dès la première partie, plusieurs développements dépassent avec beaucoup de perspicacité bon nombre d'oppositions (ville/campagne, indien/ métisse) à l'intérieur desquelles le dualisme exposé dans l'introduction semblerait enfermer le propos de l'auteur. Les pages consacrées à la présence des Indiens dans l'univers urbain, dans les marchés ou pendant les activités rituelles font comprendre que l'anthropologue doit suivre la capillarité du corps social et non se contenter de délimiter des camps, territorialement hermétiques, dans lesquels vivraient de façon séparée des groupes différents.
    En affirmant que le monde indien apparaît partout, sous de multiples visages, le propos de Batalla consiste donc à interpréter le réel pour rendre perceptible une forme d'existence qui a été chassée du champ de la visibilité. À cet égard, la dimension la plus stimulante de la réflexion de l'auteur réside dans sa capacité à faire émerger les paradoxes, voire les réécritures de l'histoire, autour desquels, comme dans beaucoup d'autres sociétés, s'est construite l'identité du Mexique. Les chapitres III et IV de la deuxième partie, s'attachent ainsi à démontrer que l'Indépendance de 1812, puis la Révolution éclatant un siècle plus tard, sont loin d'avoir été les périodes les plus favorables pour les cultures indiennes, en dépit de la glorification de « l'Indien », popularisé par les grands peintres muralistes. Ainsi, en prenant des distances avec une histoire officielle largement répandue dans son pays, Bonfil décèle-t-il une « alchimie mentale qui perdure jusqu'à nos jours » en vertu de laquelle les Mexicains possèdent une « capacité à dissocier l'Indien d'hier et l'Indien d'aujourd'hui ».
    Pour ce qui concerne la dimension anthropologique, un des problèmes importants abordé par l'ouvrage est celui de l'articulation entre la multiplicité des peuples et leur intégration à l'intérieur d'un ensemble culturel uniforme, problème qui, depuis longtemps, aiguille la réflexion mésoaméricanistes (et dont l'insurrection du Chiapas ou l'élection de certains présidents indiens ne constituent que la partie la plus visible).
    Par ailleurs, Mexique profond s'inscrit parfaitement dans des débats extrêmement contemporains concernant le multiculturalisme, le métissage, les situations postcoloniales, la question de la visibilité des minorités.

  • En se fondant sur des faits anthropologiques, psychologiques et historiques, Gray prouve que le jeu en toute liberté est le meilleur moyen pour apprendre à gérer sa vie, à résoudre ses problèmes, à vivre en communauté et à devenir émotionnellement équilibré.
    Quand les enfants sont en charge de leur propre éducation, ils apprennent mieux et sont plus heureux.

  • « Ces corps allongés côte à côte sur les plages, qui font penser à des poulets cuits en série à l'ultraviolet, cachent-ils du moins des coeurs heureux ? » (Paul Morand).

    La plage ? Depuis le XIXe siècle, où le bord de mer est devenu une destination de loisirs, on n'y cherche surtout pas l'aventure ou la découverte, mais du calme, de l'entre-soi, une parenthèse. Même à l'autre bout du monde. Et ce n'est pas le moindre des paradoxes de cette langue de sable toujours plus investie (n'en déplaise au tourisme vert ou culturel) qu'aller à la plage c'est se déplacer pour ne plus bouger ! On s'y réfugie. Pourquoi ? Et que se joue-t-il de si important en ce lieu vide qui se repeuple le temps d'un été, d'une vacance ? Que nous dit la plage de notre société ?

  • Ces gens-là

    Colette Petonnet

    Français, étrangers, juifs, musulmans, chrétiens ou sans religion, « ces gens-là » ont une chose en commun : vivre dans une « cité de transit » de la France des années 1960. Là, dans les immeubles sans âme d'un territoire imprécis et périphérique, cohabitent déclassés, pauvres, migrants et assistés. Colette Pétonnet les écoute, les observe et note. Rien ne lui échappe de l'organisation et des rapports d'un « groupe » qui n'existe que par le regard et le rejet des autres. Plus que l'oeuvre pionnière d'une talentueuse ethnologue, cette enquête constitue une pièce fondatrice de l'histoire des banlieues françaises.

    Lors de sa parution en 1968, Ces gens-là eut un écho immense, électrique. Exposer scientifiquement, sans jugement ni misérabilisme, le quotidien des « sous-prolétaires » dérangeait aussi bien l'homme ordinaire que les intellectuels. Un effet qui reste intact aujourd'hui.

    Préface de Roger Bastide.

    Postface de Liliane Kuczynski, Thierry Paquot et Daniel Terrolle.

  • Peu connues en Europe, d'étonnantes expériences littéraires se multiplient aujourd'hui dans des pays confrontés à des conflits armés, des crises économiques, des catastrophes naturelles. Enfants, adolescents et adultes qui, jusque-là, avaient vécu au plus loin des livres se rassemblent autour de mythes ou de légendes, de poésies ou de bandes dessinées. Ils s'en saisissent pour résister à l'adversité et préserver un espace de rêve et de liberté. Bien plus qu'un outil pédagogique, la littérature est là une réserve où puiser pour donner sens à sa vie, la penser, imaginer d'autres possibles.
    L'apport vital de la lecture dans des temps de crise n'est pas le privilège des « lettrés » et ceux qui animent ces surprenants cercles de lecteurs travaillent à quelque chose de bien plus vaste que le soin, qui est d'ordre culturel, éducatif et, à certains égards, politique.

  • A l'heure où la théorie évolutionniste est parfois mal interprétée, détournée et surtout largement contesté par les créationnistes, il paraissait essentiel de proposer une version de L'Origine des espèces de Charles Darwin accessible à tous. Car si le texte original de cette oeuvre, qui a marqué l'histoire de l'humanité, passionne et demeure mondialement connu, il n'est finalement que très peu lu de nos jours.
    C'est pourquoi ce récit, superbement illustré par Georgia Noël Wolinski et adapté par Bernard-Pierre Molin, propose de (re)découvrir, de manière attrayante et ludique, ce livre qui a changé la pensée des hommes.

  • Inaugurant une nouvelle collection des éditions de l'ESAAA, cet entretien avec l'influent astrophysicien Aurélien Barrau, spécialiste des trous noirs et des multivers, engage une réflexion contemporaine sur la cause animale, abordant notamment la question écologique et le végétarisme.
    « L'humanité est depuis longtemps engagée sur une ligne de mort. Il est temps de l'infléchir et d'inventer de nouveaux devenirs. Comment des vivants ont-ils pu à ce point réifier la vie ? Un dialogue renouvelé avec les animaux, uen reconfiguration de nos catégories, une pensée de l'altérité authentique... Autant de changements aussi immenses que nécessaires. » Sur son visage sombre est le premier ouvrage d'une collection pensée comme contribution à l'invention de l'époque - celle d'une Terre plus chaude, travaillée par sa modification anthropique et qui soumet ses habitants à des défis multiscalaires.
    Il s'agira de partager des textes apparus dans le flux de l'activité de l'ESAAA, lors d'une rencontre, pour un séminaire, dans un atelier, à Annecy ou ailleurs, le contexte de l'école supérieure d'art stimulant des paroles rares. Rares parce que non portées dans d'autres espaces, rares parce qu'elles viennent juste d'apparaître, ou encore parce qu'elles tiennent une place particulière dans l'oeuvre de l'auteur sollicité. C'est le cas ici : Aurélien Barrau, astrophysicien, spécialiste des trous noirs et des multivers, donne à voir l'importance qu'ont pour lui les animaux, entre autres membres de la communauté du vivant.
    Sur son visage sombre est un texte à côté des ouvrages scientifiques d'Aurélien Barrau donc, à côté ou plutôt en dessous, comme un vaste réseau de racines qui s'étendrait dans le volume du sol sous la forêt de son travail, c'est-à-dire radical, littéralement.
    Version enrichie d'un entretien avec Max Leroy initialement publié en ligne dans la revue Ballast.

    Cet ouvrage s'inscrit dans la « Collection des centres », consacrée aux discours innovants sur notre époque, produits dans le contexte des activités de l'École Supérieure d'Art de l'Agglomération d'Annecy.

  • En grèce ancienne et à rome jusqu'à la fin de la république, les êtres humains et les animaux qui passaient pour être pourvus des deux sexes étaient impitoyablement éliminés, comme des monstres, comme des signes funestes envoyés aux hommes par les dieux pour annoncer la destruction de l'espèce humaine.
    Expulsée de la réalité ou maintenue en marge, la bisexualité, entendue comme possession des deux organes sexuels, joua pourtant un rôle important dans le mythe, qu'il s'agisse de bisexualité simultanée, ou de bisexualité successive. la bisexualité simultanée caractérise des êtres qui sont des archétypes, des êtres primordiaux. dans la mesure oú c'est d'eux que dérivent les dieux, les hommes et les animaux qui, pourvus d'un seul sexe, masculin ou féminin, constituent notre monde, ces archétypes doivent être pourvus simultanément des deux sexes, car ils se trouvent en deça de cette "sexion".
    En l'être humain, le souvenir de cet état primordial suscite une nostalgie qui s'exprime avec une profonde émotion dans le mythe qu'aristophane raconte dans le banquet de platon. chaque couple, hétérosexuel ou homosexuel, aux moments les plus intenses de ses unions intermittentes, désire réaliser une impossible fusion permanente qui le ramènerait à cet état antérieur oú l'être humain était double. la bisexualité successive revêt une signification très différente.
    Sont affectés successivement des deux sexes, des médiateurs et essentiellement des devins, tel tirésias. le fait qu'il ait été d'abord un homme, puis une femme avant de redevenir un homme lui permet d'établir un rapport entre le monde des hommes et celui des femmes. tout se passe donc comme si un être qui transcende les oppositions (hommes / dieux; né / mort) autour desquelles s'articule la réalité devait symboliser cette transcendance dans l'opposition la plus importante pour l'être humain l'opposition entre l'homme et la femme.

  • «  Nous étions préparés à tout admettre sauf d'avoir débuté par les pieds  », écrivait en  1964 le préhistorien André  Leroi-Gourhan. De nombreuses découvertes fossiles ont depuis permis de dépeindre nos lointains ancêtres comme des bipèdes à petit cerveau, et même d'envisager une bipédie vieille de plusieurs millions d'années, qui aurait évolué sous diverses formes dans la lignée humaine. Si la paléoanthropologie a été encore peu explorée par la philosophie, les questions sont nombreuses. L'humain n'est-il qu'un singe dressé sur ses deux pieds  ? La bipédie est-elle au contraire un ultime «  propre de l'homme  »  ? Comment notre ancestralité est-elle reconstruite à partir de traces fragmentaires  ? Quel sens donner à la quête de nos origines  ? Telles sont les questions creusées dans ce parcours philosophique qui conduit de Platon aux plus récentes découvertes fossiles de la paléoanthropologie.

  • En Syrie, les vestiges de la préhistoire mis au jour témoignent d'une occupation très ancienne. Les stratigraphies cumulées des sites connus attestent de la présence humaine au Proche Orient depuis 1,3 million d'années. Au fil des millénaires les hommes se sont régulièrement installés là : autour des points d'eau. Dans le bassin de Palmyre, les vestiges mis au jour sont nombreux et variés. Ainsi, dans cette région aride, depuis toujours, la présence de l'eau semble avoir fait de Palmyre un lieu d'ancrage. La concentration des sites sur cette aire géographique restreinte contredit l'idée du peu d'occupations des zones steppiques pendant la préhistoire. Cette très ancienne antiquité est présentée ici à partir des fouilles du site d'Umm el Tlel, sous la forme d'un livret de six volets avec, au dos, une stratigraphie générale de la préhistoire syrienne.

  • Cataphiles - amateurs de catacombes - est le nom que se donnent les promeneurs clandestins du labyrinthe de 300 kilomètres d'anciennes carrières qui sillonnent Paris sous le métro et les égouts.
    Sur la piste de ces nomades urbains, le lecteur est invité à une plongée dans l'imaginaire souterrain : mémoire enfouie de la cité, socialité ludique, descentes initiatiques, "archéfiction" onirique. Récits et anecdotes, métaphores et analogies sont ici des méthodes d'exploration du monde contemporain, au travers d'un phénomène singulier - la cataphilie - qui se nourrit de racines mythiques et capte des intuitions pour demain. Un voyage très réaliste dans les profondeurs anthropologiques de la ville...

    Réédition associative 2008 du texte original (Librairie des Méridiens 1983) préfacé par Félix Guattari, comportant un nouvel Avant-Propos de Roxane Peirazeau et une annexe inédite : "Typologie dynamique des cataphiles".

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