• « Ces pages seront-elles jamais publiées ? Je ne sais. Il est probable, en tout cas, que, de longtemps, elles ne pourront être connues, sinon sous le manteau, en dehors de mon entourage immédiat. Je me suis cependant décidé à les écrire. L'effort sera rude : combien il me semblerait plus commode de céder aux conseils de la fatigue et du découragement ! Mais un témoignage ne vaut que fixé dans sa première fraîcheur et je ne puis me persuader que celui-ci doive être tout à fait inutile. Un jour viendra, tôt ou tard, j'en ai la ferme espérance, où la France verra de nouveau s'épanouir, sur son vieux sol béni déjà de tant de moissons, la liberté de pensée et de jugement. ».

  • L'opération Barbarossa, qui s'ouvre le 22 juin 1941 par l'entrée des Panzers de l'Allemagne hitlérienne en Union soviétique, est une guerre d'idéologies : le nazisme et son armée donnent alors la pleine mesure de leur potentiel de destruction. En face, le bolchevisme stalinien radicalise sa violence : la guerre ne change pas le stalinisme, elle l'exalte. En 1941, Wehrmacht et Armée rouge sont, de loin, les deux plus gros instruments militaires de l'époque. Dix millions d'hommes s'affrontent et se détruisent lors d'opérations militaires aux proportions monstrueuses : les plus gros encerclements, les percées les plus spectaculaires, les retournements les plus improbables aussi.
    Combats, exécutions, exactions, famines délibérées tuent en 200 jours plus de 5 millions d'hommes, femmes et enfants, soldats et civils.
    Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri brossent la fresque du plus terrible affrontement de la Seconde Guerre mondiale, passant du Kremlin au QG du Führer, des états-majors des Fronts à ceux des groupes d'armées, du NKVD aux Einsatzgruppen, des unités en marche aux usines et aux fosses d'exécution. Une somme unique et exceptionnelle.

  • A l'ère de la révolution numérique et des réseaux sociaux, chaque jour apporte son lot de fausses nouvelles, de manipulation, de rumeurs et de théories du complot. Afin de comprendre ce phénomène complexe et en réalité ancien, ce livre retrace l'histoire de la propagande moderne, de Pékin à Palo Alto, en passant par Moscou et Paris. L'auteur en explique les fondements, en expose les principales techniques et donne à comprendre les rouages comme le rôle de la « fabrique du consentement ». Il montre ainsi que la propagande n'a cessé de se perfectionner à mesure que les sciences sociales et les neurosciences permettaient d'améliorer l'efficacité des techniques de persuasion, d'influence ou de manipulation.
    A travers une synthèse acce ssible et percutante, David Colon livre une contribution essentielle pour mieux cerner les ravages causés par la désinformation, hier comme aujourd'hui.

  • Dans son testament dicté à Sainte-Hélène, Napoléon met la dernière touche à la geste impériale en chargeant Edouard Bignon (1771-1841), un de ses diplomates les plus fidèles, d' "écrire l'histoire de la diplomatie française de 1792 à 1815" . L'Empereur s'assure ainsi du jugement de la postérité. Dès 1829-1830 paraissent les six premiers tomes d'une Histoire de France qui en comptera quatorze et se clôturera en 1846.
    A l'ampleur de cet ouvrage répond la brillante analyse d'abondantes sources documentaires. Conformément au voeu de son commanditaire, l'Histoire de France est la première histoire du Consulat et de l'Empire jamais publiée. Loin d'être une apologie des conquêtes du grand homme, elle propose une réflexion inédite sur les années 1799-1815. L'intuition brillante de son auteur est de mettre en lumière une des tensions fondamentales de l'Empire : l'impossibilité pour Napoléon d'obtenir une paix en Europe sans amoindrir la position française et donc sa propre légitimité.
    Jusqu'ici indisponible, voici la première anthologie de cette Histoire de France, laquelle restitue deux spécificités : l'étude de la France et de son empire au sein de l'Europe, et sa narration par un acteur impérial, attaché aux valeurs de 1789 et à la Charte de 1814.

  • Explorer la diversité des pratiques guerrières sur tous les continents depuis la préhistoire jusqu'à nos jours, telle est l'ambition des Mondes en guerre. Dès l'Antiquité, objet du premier volume, la formation d'empires alimenta un vaste processus de confrontations et d'échanges militaires, avant que l'ère des Grandes Découvertes, au départ du second volume, ne déclenche l'intégration de tous les continents dans un espace martial unifié. La séquence des guerres mondiales et impériales, de 1870 à 1945, introduisit finalement la sujétion du globe aux grandes puissances militaires.
    Au terme de cette histoire des Mondes en guerre, l'arme nucléaire change la donne et les défis de sécurité se mondialisent. Nous entrons dans une période de « longue paix », qui ne signifie pourtant pas l'absence de conflits : de la guerre froide et des guerres de décolonisation aux opérations de maintien de la paix sous l'égide de l'ONU, en passant par la lutte contre le terrorisme et la cyberguerre, la guerre reste en effet quotidienne. À travers une diversité d'études - culturelles, politiques, juridiques, stratégiques, techniques -, conjuguée à une diversité des approches - anthropologique, économique, sociologique -, c'est une histoire d'un monde en guerre qui se dessine, dont les frontières semblent abolies.

  • Le 2 juillet 1816, la frégate La Méduse s'échoue sur un banc de sable au large de la Mauritanie, avec à son bord 400 passagers. Cent cinquante d'entre eux sont abandonnés sur un radeau construit à la hâte qui dérive pendant treize jours. Sans provisions, les naufragés de La Méduse s'entre-tuent pour survivre, les rescapés dévorant la chair des cadavres gisant à leur côté. Quinze seulement survivent. Quatre témoigneront de cette expérience hors du commun. Leur récit bouleverse et divise la France de la Restauration. À travers la mise en cause du capitaine, dont l'incapacité est avérée, c'est le gouvernement lui-même qui est attaqué. Mais, au-delà de cette dimension politique, les Français découvrent avec stupeur et horreur cette aventure tragique et macabre qui touche les replis les plus sombres de l'âme humaine. Les souvenirs des guerres de l'Empire rejaillissent. La catastrophe de La Méduse, immortalisée par le peintre Géricault au salon de peinture et sculpture de 1819, permet d'exprimer un indicible refoulé pendant quinze ans.
    Reprenant, à partir des récits des témoins et d'archives inédites, le déroulement du naufrage et de ses suites, l'auteur emprunte les détours romanesques de l'aventure des naufragés et explore les profondeurs d'une société marquée par un quart de siècle de violences de guerre.

  • Retrace, à l'aide d'une somme impressionnante de sources, les origines de la Première Guerre mondiale depuis les dernières décennies du XIXe siècle et met en lumière ce qui a rendu l'Europe, apparemment prospère et bien portante, aussi vulnérable à l'impact de l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand.

  • En 1898, Louise Michel achève la rédaction de son histoire de la Commune : « Écrire ce livre, annonce-t-elle au lecteur, c'est revivre les jours terribles où la liberté nous frôlant de son aile s'envola de l'abattoir ; c'est rouvrir la fosse sanglante où, sous le dôme tragique de l'incendie, s'endormit la Commune belle pour ses noces avec la mort, les noces rouges du martyre. Dans cette grandeur terrible, pour son courage à l'heure suprême lui seront pardonnés les scrupules, les hésitations de son honnêteté profonde. » Quelque vingt-cinq années après les événements, cette figure de la Commune de Paris n'a pas perdu de sa fougue.
    Dans ce récit passionné, elle raconte, jour par jour, les épisodes de ce drame qui lui valurent d'être emprisonnée puis déportée pendant près de dix ans en Nouvelle-Calédonie. La richesse et la précision de ses informations font de ce texte un document exceptionnel sur la Commune et ses acteurs. De plus, ses qualités stylistiques et la force de son écriture élèvent ce témoignage émouvant au rang des grands classiques de notre littérature politique.
    Cette nouvelle édition, entièrement revue, est augmentée de nombreux éclaircissements critiques, d'un index et d'un dossier photographique.

  • Ce livre, vendu à plus de 65 000 exemplaires depuis sa réédition en 1967 dans la « Petite collection Maspero », reste un grand classique. Son auteur, acteur et témoin de la Commune de Paris, se mit au travail au lendemain de la défaite et ce travail dura vingt-cinq ans. Il a enquêté avec acharnement auprès de tous les survivants, dans l'exil à Londres, en Suisse, puis consulté tous les documents disponibles à l'époque.
    Le résultat est cette « somme », qui n'est pas seulement un récit historique événementiel, de l'insurrection à la répression : elle est un tableau de tous les courants de la pensée sociale, de tous les affrontements internes, un bilan des réalisations ou des tentatives, « mesures éparses, tôt dispersées au vent de la lutte et des divergences, mesures significatives pourtant », qui caractérisent, pour Jean Maitron, cette Commune qui fut « un trait d'union plutôt qu'une coupure dans l'histoire du mouvement ouvrier français ».
    « La dernière barricade des journées de Mai, écrit Lissagaray, est rue Ramponneau. Pendant un quart d'heure, un seul fédéré la défend. Trois fois il casse la hampe du drapeau versaillais. Pour prix de son courage, le dernier soldat de la Commune réussit à s'échapper. » La légende veut que ce dernier combattant anonyme ne fut autre que Lissagaray lui-même : tant il est vrai que chez lui la modestie de l'historien va toujours de pair avec la ténacité et l'intransigeance du militant.

  • « Nous étions fermement persuadés que le vaisseau coulerait sous peu d'heures et, néanmoins, le feu continuait avec la plus grande vivacité, aux cris de «Vive l'Empereur !». » Malgré le panache et la bravoure des marins de l'Empire, pour les Français la bataille de Trafalgar signifie désastre et renoncement. Pour les Anglais, c'est une apothéose : ce 21 octobre 1805, la flotte commandée par l'amiral Nelson parvient à défaire l'armée navale franco-espagnole. Nelson en sort déifié, la Royal Navy en tire un immense prestige, et continue au XXIe siècle de célébrer son anniversaire avec une ferveur religieuse. En France, même si Napoléon construit encore des navires de guerre, c'est l'abandon de tout espoir de contester la maîtrise des mers aux Anglais et le début d'une amnésie volontaire.

    L'amiral Rémi Monaque dresse un tableau complet de la bataille, depuis ses prémices jusqu'à ses conséquences lointaines. Grâce au portrait des principaux acteurs du drame, à l'étude des trois marines impliquées et à la description des conditions de vie à bord comme des techniques de combat, il permet au lecteur de vivre la terrible journée dans toute son horreur et sa complexité. Il met aussi en pleine lumière le rôle joué par l'Empereur et offre à travers cette nouvelle édition le livre de référence sur Trafalgar.

  • À l'heure du 'changement' et de la 'mondialisation', le 'village' continue d'être présent dans la mémoire et l'imaginaire des Français. Mais le divorce entre le mythe et la réalité n'a jamais été aussi flagrant. À l'ancienne collectivité, rude, souvent, mais solidaire et qui baignait dans une culture dont la 'petite' et la 'grande patrie' étaient le creuset, a succédé un nouveau monde bariolé où individus, catégories sociales, réseaux et univers mentaux, parfois étrangers les uns des autres, coexistent dans un même espace dépourvu d'un avenir commun.
    Telle est la conclusion de l'enquête menée par Jean-Pierre Le Goff pendant plusieurs années sur les évolutions d'un bourg du Luberon depuis la Seconde Guerre mondiale. Il s'est immergé dans la vie quotidienne des habitants, a interrogé beaucoup d'entre eux, consulté des archives, recueilli les documents les plus divers. Le tableau qu'il brosse est saisissant. À rebours des clichés et d'une vision idéalisée de la Provence, les anciens du village ont le sentiment d'être les derniers représentants d'une culture en voie de disparition, face aux modes de vie des néo-ruraux et au tourisme de masse. Animation culturelle et festive, écologie et bons sentiments, pédagogie et management, spiritualités diffuses se développent sur fond de chômage et de désaffiliation. Les fractures sociales se doublent de fractures culturelles qui mettent en jeu des conceptions différentes de la vie individuelle et collective.
    C'est donc un microcosme du mal-être français que l'auteur décrit au plus près des réalités, en s'interrogeant sur ce qu'il est advenu de l'ancien peuple de France et sur les défis qu'un nouveau type d'individualisme pose à la vie en société.

  • Qui, en dehors d'Haïti, a déjà entendu parler de la bataille de Vertières, point d'aboutissement spectaculaire et sanglant de la guerre d'indépendance haïtienne? Qui sait que cet affrontement s'est soldé, en 1803, par l'une des pires défaites napoléoniennes? Que les Noirs s'y réclamaient des idéaux de la Révolution? Ceux qui connaissent cette histoire sont peu nombreux, car la France vaincue s'est employée à effacer les traces de sa déconfiture. Pourtant, cette bataille aurait dû faire date : son issue, désastreuse pour la puissance coloniale française, allait fissurer de manière irrémédiable les assises de l'esclavage.

  • Dans ce dernier tome, c'est peut-être plus à travers l'événement que par le
    dépaysement des lieux, que l'auteur recrée le mystère et les limites d'une
    époque. Broadway 1959, c'est par le biais du théâtre que les signes avant-
    coureurs des affrontements raciaux se manifestent. Et puis, toujours aux États-
    Unis, c'est la société des alcooliques anonymes. Enfin, le procès Eichmann, en
    1961, résurgence d'un passé qui marque le présent. Journaliste, aviateur,
    résistant, romancier (La Passante du Sans-Souci, L'Armée des ombres, Les
    Cavaliers, Le Lion), Joseph Kessel (1898-1979) fut l'un des grands reporters du
    xxe siècle. Ami de Malraux, de Saint-Exupéry, de Monfreid, il a couvert les
    guerres civiles irlandaise et espagnole, les premières tensions en Palestine,
    les vols transsahariens de l'Aéropostale comme la traite négrière en mer Rouge.

  • Les scientifiques nous l'annoncent, la Terre est entrée dans une nouvelle époque : l'Anthropocène. Plus qu'une crise environnementale, nous vivons un basculement géologique d'origine humaine. Comment en sommes-nous arrivés là ? Faisant dialoguer science et histoire, les auteurs revisitent l'histoire globale des derniers siècles au prisme de l'environnement : le manifeste d'une nouvelle génération d'historiens.

  • Plus de 80 cartes et infographies pour comprendre une période charnière de l'histoire du monde : la Première Guerre mondiale.
    - La Grande Guerre, traitée dans sa dimension internationale, des combats en Europe aux tensions au Moyen-Orient, en passant par les révolutions russes et l'implication des États-Unis.
    - La Marne, les Dardanelles, Verdun, la Somme : le déroulement des grandes batailles qui ont marqué la guerre.
    - La chute des empires, la création de nouveaux États, les rapports entre vainqueurs et vaincus sèment les germes du prochain conflit mondial.

    À l'occasion du centenaire de la Première Guerre mondiale, cette nouvelle édition décrypte les origines, les enjeux et les conséquences de la Grande Guerre, participant ainsi au devoir de mémoire.
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  • 1948. Le monde vit dans une paix fragile. Et voici qu'au Proche-Orient les
    armes recommencent à faire feu. On pouvait cependant espérer que l'indépendance
    et la reconnaissance de l'État d'Israël allaient enfin mettre un terme
    pacifique aux deux mille ans d'errance et de persécutions d'un peuple qui
    venait, précisément, de connaître le drame le plus sanglant de son histoire.
    Mais cette fois ce sont les pays arabes qui entendent priver Israël de la vie.
    C'est sur cette première guerre palestinienne que s'ouvre le quatrième tome de
    ses Grands reportages. Journaliste, aviateur, résistant, romancier (La Passante
    du Sans-Souci, L'Armée des ombres, Les Cavaliers, Le Lion), Joseph Kessel
    (1898-1979) fut l'un des grands reporters du xxe siècle. Ami de Malraux, de
    Saint-Exupéry, de Monfreid, il a couvert les guerres civiles irlandaise et
    espagnole, les premières tensions en Palestine, les vols transsahariens de
    l'Aéropostale comme la traite négrière en mer Rouge.

  • Si les images de la guerre de 1870-1871 sont nombreuses - Napoléon III à Sedan, les barricades de la Commune, la charge des cuirassiers de Reichshoffen -, sa réalité et ses enjeux sont méconnus. Pourtant, les conséquences du premier conflit franco-allemand de l'ère moderne sur l'Europe sont immenses. Citons, à titre d'exemple, le cas de l'Alsace-Lorraine, perdue par la France lors de cette guerre. Elle n'aura de cesse de la réclamer, jusqu'à la Première Guerre Mondiale.
    Pour nous donner à comprendre ce conflit essentiel, Alain Gouttman a ouvert tous les dossiers : les circonstances du déclenchement du conflit, le déroulement des opérations jusqu'aux capitulations de Sedan, Metz et Paris, les raisons de la suprématie allemande lors des combats, les répercussions de la guerre dans les opinions publiques françaises et allemandes, la Commune de Paris...
    Ainsi se dessine une synthèse appelé a devenir une référence sur le sujet, tant dans la richesse des apports que par les capacités de narration de son auteur.

  • Cette histoire au ras des flots restitue aux Océaniens de Tahiti, d'Hawai'i, des Fidji ou du Vanuatu leur place d'acteurs parmi les baleiniers, explorateurs, militaires, missionnaires et autres négociants venus conquérir les populations insulaires.
    À suivre les tribulations des uns et des autres, on découvrira un monde plongé dans la dévastation, riche pourtant de dynamiques qui ont configuré le Pacifique d'aujourd'hui.

  • Fantasmâlgories

    Klaus Theweleit

    • L'arche
    • 3 Février 2016

    Ce livre, encore inédit en France, est devenu un livre incontournable et unique en son genre. Mêlant allègrement histoire, psychanalyse et gender studies, il nous plonge au coeur de l'âme virile et de sa dérive fasciste, avec de nombreuses illustrations (de l'affiche de propagande à la planche de Comics). Un mélange absolument détonant.

  • Les chiffonniers de Paris au XIXe siècle : un sujet original et inattendu. Un sujet d'une grande richesse, entre histoire, économie, urbanisme, littérature et art.
    Morceau de vieux linge, le chiffon sert à la fabrication du papier. Or la demande explose après la révolution industrielle, avec l'essor de l'instruction et l'abondance de la presse. Le chiffonnier est à la fois l'inquiétant rôdeur des nuits de la capitale et l'agent indispensable des progrès de la société. Sa figure hante l'oeuvre des écrivains et des peintres, d'Hugo à Baudelaire et Théophile Gautier, de Daumier à Gavarni.
    Dans son Tableau de Paris, Louis-Sébastien Mercier repérait en 1781 sa montée en puissance : «Le voyez-vous, cet homme qui, à l'aide de son croc, ramasse ce qu'il trouve dans la fange et le jette dans sa hotte?... Ce vil chiffon est la matière première qui deviendra l'ornement de nos bibliothèques, le trésor précieux de l'esprit humain. Le chiffonnier précède Montesquieu, Buffon et Rousseau».
    On voit les dimensions que prend le sujet. Antoine Compagnon les explore avec une érudition inépuisable. De l'hygiène des rues de Paris à l'administration des déchets ; de la prostitution, dont le monde recoupe celui des chiffonniers, à leur recrutement et aux mythes qui les entourent.
    C'est à une plongée toujours surprenante dans le Paris nocturne que nous convie l'auteur, le Paris des bas-fonds et celui de l'imaginaire collectif. Qui croirait que le premier dessin cité dans le Grand dictionnaire universel de Pierre Larousse à l'article «Caricature» montre un chiffonnier?
    Le crépuscule du chiffonnage parisien date de la fin du Second Empire : on fabrique maintenant le papier avec la fibre de bois et, en 1883, le préfet Eugène Poubelle décrète que les ordures seront déposées dans des récipients, lesquels prendront son nom.
    Mais le malfaisant marchand d'habits des Enfants du paradis, le film de Carné, suffit à illustrer la survivance du chiffonnier dans les représentations de Paris.

  • Un an après Waterloo, le monde est frappé par une catastrophe restée dans les mémoires comme l'« année sans été ». Que s'est-il passé ?
    En avril 1815, près de Java, l'éruption cataclysmique du volcan Tambora a projeté dans la stratosphère un voile de poussière qui va filtrer le rayonnement solaire. Ignoré des livres d'histoire, ce bouleversement climatique fait des millions de morts. On lui doit aussi de profondes mutations culturelles, dont témoignent les ciels peints par Turner ou le Frankenstein de Mary Shelley.
    L'auteur nous invite à un véritable tour du monde. Au Yunnan, les paysans meurent de faim. Dans le golfe du Bengale, l'absence de mousson entraîne une mutation redoutable du germe du choléra, dont l'épidémie gagne Moscou, Paris et la Nouvelle-Angleterre. L'Irlande connaît une effroyable famine, suivie d'une épidémie de typhus. En Suisse, des glaciers fondent brutalement, détruisant des vallées entières. Aux États-Unis, des récoltes misérables provoquent la première grande crise économique, etc. Ce livre, qui fait le tour d'un événement à l'échelle planétaire, sonne aussi comme un avertissement : ce changement climatique meurtrier n'a pourtant été que de 2 °C...

  • La proclamation de la Commune est un livre comme on n'en fait plus : un livre d'histoire, écrit par un philosophe qui multiplie les incursions dans l'économie et la sociologie, et adopte une perspective totalisante où transparaissent les débats politiques de son temps.
    En choisissant la journée du 26 mars 1871 comme objet et borne de son étude, Henri Lefebvre ne se contentait pas de répondre à une exigence éditoriale*, mais entendait arracher la Commune à ses interprétations mécanistes et téléologiques - bourgeoise ou stalinienne -, pour lui rendre toute sa puissance créatrice.
    S'il analyse, en marxiste, les conditions économiques, politiques et historiques de l'événement, c'est pour en souligner l'imprévisible, le contingent et l'exceptionnelle nouveauté. Pas plus que ses victoires, l'échec de la Commune n'était écrit d'avance. Et l'horizon des possibles qu'elle ouvrit au mouvement ouvrier dépasse de loin la conscience historique de ses acteurs. « Restituer non seulement les faits, mais leur signification aujourd'hui obscurcie », telle est la tâche que se donne Lefebvre dans ce livre foisonnant.
    Le tableau qu'il dresse de la période, de l'effondrement du second Empire à la proclamation de la Commune est multiscalaire : la mémoire et les aspirations des contemporains y comptent autant que les données macroéconomiques. On y retrouve des thèmes chers à l'auteur : l'urbain (« l'insurrection parisienne de 1871 fut la grande et suprême tentative de la ville pour s'ériger en mesure et norme de la réalité humaine »), la vie quotidienne (« la quotidienneté se transforme en fête perpétuelle ») et le problème, resté irrésolu, de l'État, que les communards abordèrent avec un mélange de naïveté, de sensibilité fédéraliste et d'inventivité sociale. Son récit n'élude pas les grandes questions stratégiques qui traversent l'historiographie de gauche de la Commune : le rôle du Comité central de la garde nationale, les contradictions du « complexe idéologique » constitué par les différents courants (blanquistes, proudhoniens, républicains et internationaux), l'organisation militaire, l'habileté et la bassesse de l'adversaire (Thiers), etc. Mais ce livre est avant tout un hommage, dont la valeur prospective reste intacte, à l'« extraordinaire mélange de grandeur et de folie, de courage héroïque et d'irresponsabilité, de délire et de raison, d'exaltation et d'illusion » qui fait le « style » de la Commune.

  • Oublions les westerns. Durant trois siècles, l'Amérique du Nord a été sillonnée, à l'échelle continentale, par des aventuriers de langue française. Coureurs de bois, trappeurs, interprètes, ces hommes, en quête de fourrures, se sont constamment mêlés aux Amérindiens.
    En partant sur la piste de dix voyageurs, natifs de la France ou du Canada, Gilles Havard fait surgir des scènes saisissantes : adoption d'un jeune Français par des Iroquois du XVIIe siècle, pirogues chargées de peaux de castor ou de bison descendant la rivière Missouri, fêtes du nouvel an empruntant aux cérémonies indiennes, retrouvailles lors des grandes haltes de caravanes... À travers ces destins hors du commun se dessine une autre histoire de la colonisation européenne, occultée par le récit américain de la conquête de l'Ouest : une histoire d'échanges, de métissages, mais aussi de violences, dont les têtes d'affiche sont des Français et des Amérindiens.
    Cet ouvrage explore une Amérique oubliée, fantôme - effacée des mémoires, absente des livres d'histoire. S'appuyant sur des récits de voyage, les archives des deux continents et les témoignages de descendants, enrichi de cartes et d'images inédites, il donne vie à un monde jusqu'ici invisible.

  • Ce livre littéralement renversant relate l'histoire d'un empire qui, selon l'histoire conventionnelle, n'a jamais existé. Il rapporte comment, au cours des XVIIIe et XIXe siècles dans le Sud-Ouest du continent nord-américain, les Comanches inventèrent une société nouvelle et prédatrice fondée sur la chasse au bison, l'élevage de chevaux, le commerce, l'esclavage et le pillage. Il démontre l'existence, durant plus de cent-cinquante ans, d'un système politique protéiforme indigène qui, au plus fort de l'expansion coloniale européenne, en inversa radicalement le mouvement : l'Empire comanche.
    Non seulement Pekka Hämäläinen déploie un récit foisonnant qui parvient à restituer leur place d'acteurs de l'histoire aux peuples autochtones - autrefois les « peuples sans histoire » -, mais il invite à repenser l'histoire coloniale grâce à une approche novatrice des dynamiques à l'oeuvre dans les mondes frontaliers.
    En ce sens, L'Empire comanche est plus encore qu'un chapitre inédit de l'histoire universelle.

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