• C'est à l'histoire d'une mémoire disputée que nous convie ce livre, moins pour faire récit des manipulations du souvenir que pour dresser l'inventaire des résistances du passé. Peut-être aussi pour tenter de rendre sensible l'épaisseur des temps par quelques expériences narratives...
    Le souvenir est celui d'Ambroise, élu évêque de Milan en 377, à l'époque où la ville est l'une des capitales de l'Empire romain. Contemporain de cette bascule d'un temps dans l'autre qu'est l'Antiquité tardive, Ambroise instaure une grande séparation entre ceux qui croient au Christ et ceux qui n'y croient pas. Jouant la ville contre le palais, le peuple contre la cour, il fait de la lutte contre l'hérésie la cause d'une Église défendant l'inviolabilité du domaine de Dieu face au pouvoir impérial.
    Héros de la romanité continuée, champion de la liberté de l'Église, saint patron de la ville et protecteur céleste de sa conscience civique, Ambroise n'a cessé de hanter l'histoire de Milan, depuis le temps des évêques carolingiens jusqu'à la Contre-Réforme catholique, et bien au-delà encore. Partant sur les traces de ses vies posthumes, ce livre propose une enquête sur la manière dont se façonnent, en longue durée, et de manière heurtée, contradictoire et toujours conflictuelle, les identités collectives. S'y révèle, chemin faisant, une archéologie du gouvernement des modernes, buttant sur l'origine liturgique de tout pouvoir et la violence constitutive à toute fondation.

  • S'appuyant sur une très large masse d'archives et de mémoires, Julian Jackson explore toutes les dimensions du mystère de Gaulle, sans chercher à lui donner une excessive cohérence. Personne n'avait décrit ses paradoxes et ses ambiguïtés, son talent politique et sa passion pour la tactique, son pragmatisme et son sens du possible, avec autant d'acuité et d'esprit. Des citations abondantes, éblouissantes d'intelligence, de drôlerie, de méchanceté parfois, restituent la parole de De Gaulle mais aussi les commentaires de Churchill et de tous ceux qui ont appris à le connaître, à se méfier de lui ou à s'exaspérer de son caractère vindicatif, de son ingratitude ou de ses provocations...
    Aucun détail inutile ici et aucun des défauts de ces biographies-fleuves où l'on se perd, mais une narration toujours tendue, attachée aux situations politiques, intellectuelles, sociales et aux configurations géopolitiques qui éclairent une action et son moment.
    Julian Jackson relit cette existence politique hors norme et son rapport à la France à la lumière des questions du passé, qu'il restitue de manière extraordinairement vivace, et de celles qui nous occupent aujourd'hui - et notamment l'histoire coloniale et l'Europe, la place de la France dans le monde, mais aussi évidemment les institutions de la Ve République. En ce sens, c'est une biographie pour notre temps.
    C'est aussi une biographie à distance, par un observateur décalé qui mieux qu'aucun autre fait ressortir le caractère extravagant d'un personnage singulier à tout point de vue, extraordinairement romanesque dans ses audaces comme dans ses parts d'ombre, et dont l'héritage ne cesse de hanter la mémoire des Français.

  • Tout au long de sa carrière militaire, Napoléon a frôlé la mort. Mais à différentes reprises, il est parvenu à échapper aux boulets de canon, à la peste puis, devenu chef de l'Etat, à plusieurs tentatives d'assassinat. Véritable enquête à Sainte-Hélène, en plein Atlantique Sud, là où l'Empereur a été retenu captif pendant plus de cinq années à partir de 1815, ce livre rappelle ces moments-clés qui ont rythmé l'existence du plus grand personnage de notre histoire.
    Au moyen de spectaculaires mises en abîme, il permet de suivre les derniers instants de la vie de celui qui est parvenu à écrire sa légende, pour finalement atteindre l'éternité. A 17h49, le 5 mai 1821, moment de sa mort. Une fresque littéraire et flamboyante.

  • Présentation de celle qui fut la mère de Marie-Antoinette, héritière des Habsbourg, épouse d'un mari volage, mère de seize enfants et souveraine d'un immense empire. L'historienne tente de comprendre comment cette femme toute puissante a pu ou non concilier ses différents statuts.

  • Louis XIV domine son époque. Sur le plan international, il étend les frontières du royaume, établit des colonies en Amérique, en Afrique et en Inde, et contribue à faire de son petit-fils le roi d'Espagne. Il est l'un des plus grands mécènes de l'histoire européenne - Molière, Racine, Lully, Le Brun, le Nôtre travaillent pour lui, Versailles et ses satellites à Marly sont jalousés. Partout Louis encourage la danse, la chasse, la musique, la conversation, en particulier avec les femmes, dont le pouvoir est l'un des thèmes les plus originaux de ce livre. Obsédé par les détails du gouvernement, Louis XIV fut un roi politique, même si ses choix de ministres et généraux se sont avérés désastreux, notamment après la mort du très compétent Colbert.

    C'est de cette figure hypnotique bien qu'imparfaite, incarnation idéale du grand monarque, que Philip Mansel brosse le portrait, en s'appuyant sur les toutes dernières recherches tant en France qu'en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Il porte une attention particulière à la culture de cour et à la politique étrangère du roi, réintroduisant dans l'histoire européenne puis mondiale un roi de France aux prétentions universelles.

  • Au-delà des polémiques, que sait-on vraiment de l'assimilation et de son histoire ? La pratique qui consiste à exiger de l'étranger qu'il devienne un semblable remonte à l'Antiquité, et n'est le privilège ni d'un pays, ni d'une époque. Aucun ouvrage n'avait jusqu'ici proposé une histoire globale de l'assimilation. L'ambition de cette entreprise inédite est de donner un panorama des pratiques d'assimilation à travers l'histoire, de l'Antiquité à nos jours, de l'Europe à l'Amérique, du Japon à l'Arabie, des grands empires aux pays d'immigration.
    Un fait se dégage : même si elle se révèle parfois contraignante, l'assimilation est toujours associée à l'universalisme, tandis que le refus de l'assimilation a souvent partie liée avec le racisme ou la xénophobie. Loin d'être synonyme de repli sur soi, l'assimilation se révèle historiquement le propre des sociétés ouvertes. En creux, ce sont les problématiques de notre époque, marquée par les crises migratoires et la mondialisation, que ce livre cherche à éclairer, en abordant les problématiques de l'étranger et de l'immigration sous un nouveau jour.
    Faut-il chercher à rendre nos sociétés diverses plus homogènes ? Quel type de culture, quel rapport à nous-mêmes et à autrui voulons-nous ? Bref : à Rome, doit-on encore demander de faire comme les Romains ?

  • Charles Martel

    Georges Minois

    • Perrin
    • 12 Novembre 2020

    Sa victoire contre les arabo-musulmans à Poitiers, en 732, est à peu près tout ce qui reste de Charles Martel dans la mémoire collective, qui le considère avant tout comme le « marteau des Sarrasins ». L'enjeu de cette fameuse bataille connaît d'ailleurs un regain d'intérêt dans le contexte actuel, et fait l'objet de vifs débats : simple escarmouche, ou choc des civilisations qui a sauvé l'Europe de l'islamisation ? Cependant, Charles Martel ne se réduit pas à cette seule date, aussi célèbre soit-elle. Grand-père de Charlemagne, il assure la transition entre la dynastie moribonde des Mérovingiens et celle des Carolingiens. Guerrier avant tout, il est devenu, par ses nombreuses victoires, mais aussi par sa collaboration avec les missionnaires et par son entente avec le pape, le prince le plus puissant de son époque, le sauveur de l'unité du monde franc, et le rempart de la chrétienté. Maître d'un immense territoire, tout en restant simplement « maire du palais », il prépare l'accession au trône de son fils Pépin le Bref. Si Charles Martel reste pourtant mal connu, en raison du caractère lacunaire et laconique des chroniques de cette époque, de nombreux documents, privés et publics, sur la société franque permettent de lever en partie le voile sur cet étonnant personnage, et de mieux comprendre l'homme et son oeuvre.

  • Carnets

    Léonard De Vinci

    Les Carnets de Léonard de Vinci ne sont accessibles aujourd'hui que dans l'édition scientifique établie par Edward MacCurdy, publiée en 1939 (Gallimard, 1942), qui fait toujours office d'ouvrage de référence.
    Fondée sur le travail de MacCurdy, qui observe un ordre thématique, l'édition Quarto aspire toutefois à refléter les progrès de la recherche historique. Elle vise à :
    - Restituer chronologiquement chaque extrait des Carnets, afin de permettre au lecteur de saisir au mieux l'évolution de la pensée et l'avancement des connaissances de Léonard ;
    - Faire découvrir, grâce à une riche iconographie, certaines des plus belles pages des carnets et des dessins de Léonard de Vinci ;
    - Fournir un outil essentiel et de premier ordre grâce à l'actualisation des paginations des manuscrits, afin de pouvoir consulter l'ensemble des manuscrits de Léonard en libre accès sur la plateforme Leo EDesk (http://www.leonardodigitale.com/).
    Enfin, le volume sera augmenté d'un dossier inédit : « Miroirs de Léonard, Léonard en miroir ».
    Édition sous la direction de Pascal Briois.

    Ce volume contient :
    Préface.
    Vie & OEuvre.
    Préface de l'édition de 1942 par Paul Valéry.
    50 chapitres thématiques : Philosophie ; Aphorismes ; Anatomie ; Anatomie comparée ;
    Physiologie ; Histoire naturelle ; Proportions de l'homme ; Médecine ; Optique ; Acoustique ;
    Astronomie ; Botanique ; Géologie ; Géographie physique ; Notes topographiques ;
    Atmosphère ; Du vol ; Machine volante ; Mouvement et pesanteur ; Mathématiques ; De la nature de l'eau ; Hydraulique ; Canalisation ; Expériences ; Inventions ; Balistique ; Armement naval ; Comparaison des arts ; Préceptes du peintre ; Couleur ; Paysage ; Ombre et lumière ;
    Perspective ; Matériel de l'Artiste ; Commandes ; Sculpture ; Fonte ; Architecture ; Musique ;
    Récits ; Facéties ; Fables ; Bestiaire ; Allégories ; Prophéties ; Notes personnelles ; Lettres ;
    Notes datées ; Livres ; Divers.
    Dossier : « Miroirs de Léonard, Léonard en miroir ».
    Index des noms propres - Index thématique - Bibliographie indicative.

  • Ce volume rassemble, intégralement traduits pour la première fois et présentés en édition bilingue, tous les écrits de Jules César : les Commentaires, mais aussi les extraits des discours, des traités et de la correspondance conservés par les Anciens.
    Il offre une lecture complète de son oeuvre, qui permet de mieux comprendre à quel point César a été un protagoniste majeur de l'histoire romaine dans son exercice du pouvoir, fondé sur l'idée d'une magistrature suprême au sommet de l'État, et son action réformatrice dans tous les domaines de la vie publique. Il éclaire aussi son influence décisive sur la vie culturelle de son temps, à laquelle il a fourni des apports tout aussi originaux que trop souvent ignorés. Soucieux de préserver le rayonnement de la langue et du patrimoine latins, César fit de Rome un grand centre intellectuel, mû par l'ambition d'ouvrir la connaissance au plus grand nombre et non de la réserver à une seule élite.
    Enfin, loin de se réduire à une simple reconstitution des dernières décennies de la République romaine, cet ouvrage met en valeur la dimension littéraire de César. L'ensemble de ses lettres, les citations qui subsistent de ses discours, et la somme tout aussi riche des fragments de ses traités, révèlent les spécificités de l'éloquence césarienne. Un modèle du genre par sa rigueur et sa sobriété, qui font toute son excellence stylistique.

  • Staline

    Oleg Khlevniuk

    Dans son dernier ouvrage, Oleg Khlevniuk renouvelle en profondeur, par une connaissance remarquable des archives personnelles de Staline et des archives du Politburo, le genre de la biographie politique du dictateur. A partir d'une analyse critique des sources, Oleg Khlevniuk démonte les innombrables légendes (Staline « commanditaire du meurtre de Kirov », Staline « paranoïaque », Staline, « adepte d'une frappe préventive contre l'Allemagne », etc) pour ne retenir que l'épure : les mécanismes politiques de l'ascension d'un « homme des confins de l'Empire », dépositaire d'une culture de « clan », puis les ressorts du mode de gouvernance stalinien, fondé sur un interventionnisme de tous les instants et un travail quotidien titanesque. Les chapitres sur le « Grand Tournant » du début des années 1930, la « Grande Terreur » de 1937-1938, la conduite de la « Grande guerre patriotique » ou le « second stalinisme » d'après-guerre, déconstruisent, sur des points capitaux, les deux grandes interprétations dominantes (« totalitariste » et « révisionniste ») de l'histoire soviétique de ces décennies. Au-delà de la biographie du dictateur, c'est une interprétation nouvelle du stalinisme, fondée sur une connaissance exceptionnelle des grands fonds d'archives, que nous propose Oleg Khlevniuk dans son dernier ouvrage qui a reçu le prestigieux 2016 Prose Award décerné par un panel des grandes universités américaines.

  • Peut-on laisser tout dire, tout écrire au prétexte que la "grande" histoire serait parfois trop complexe, ou pas assez "folklorique" ? En quelques chapitres courts, incisifs, Colette Beaune bat en brèche tous les lieux communs qui circulent encore aujourd'hui sur la plus célèbre de nos grandes figures françaises.

  • Si l'histoire de la guerre comme l'approche globale de l'histoire sont dans l'air du temps, jamais n'avait été proposé aux lecteurs français une histoire rassemblant les deux éléments. C'est chose faite avec cette exceptionnelle série de 4 volumes consacrés à toutes les formes de la guerre dans le monde, de la préhistoire à nos jours.
    L'ensemble est dirigé par Hervé Drévillon, appuyé par un directeur pour chaque volume, et rédigé par un collectif de 8 à 10 historiens par volume. La volonté des auteurs est simple : décloisonner les éres civilisationnelles pour penser une histoire embrassant toutes les périodes et tous les continents, en les liant entre eux. Il ne s'agi t donc pas de photographier les différents espaces historiques, mais bien de montrer leurs interactions et leurs influences réciproques, leurs oppositions aussi. Ce tome 1 s'ouvre sur les premières traces de guerre entre groupes humains, pour se prolonger par les espaces gréco-romain, chinois et indien, puis s'achèver sur les conflits médiévaux.

  • Marc Aurèle

    Benoit Rossignol

    • Perrin
    • 3 Septembre 2020

    Marc Aurèle naît à Rome en 121 au sein d'une famille italienne qui vécut longtemps en Espagne. À la mort de son père en 124, il est recueilli par son grandpère, Marcus Annius Verus dont il porte le nom. L'empereur Hadrien le prend sous sa protection et demande à son fils Antonin de l'adopter. Il est très jeune initié à la philosophie, notamment par Diogène qui le convertit au stoïcisme. En 145, il épouse Faustine la Jeune, fille d'Antonin. À la mort de ce dernier en 161, il monte sur le trône et associe au pouvoir son frère, Lucius Aurelius Verus. C'est la première fois que l'Empire est gouverné par deux Augustes. Il est tout de suite confronté à de sévères difficultés extérieures lorsque les Parthes envahissent les provinces orientales de l'Empire, notamment l'Arménie.
    Il fallut cinq ans de durs combats menés par Lucius pour que les Romains arrivent à rétablir la situation. Dans la foulée, les Quades et les Marcomans menacent le Nord de l'Italie. Les deux empereurs se rendent sur place. En 169, Lucius meurt d'épuisement laissant Marc Aurèle seul à la tête de l'Empire. Il lui faut cinq ans pour venir à bout de cette menace. C'est alors qu'Avidius Cassius, gouverneur d'une large partie de l'Orient, se proclame empereur. Marc Aurèle doit à nouveau intervenir personnellement et il effectue un long voyage en Orient, visitant notamment la Cilicie, la Syrie, l'Egypte. À Athènes, il est initié aux mystères d'Eleusis, en 176. En 177, il doit repartir guerroyer en Pannonie où il meurt en 180, à Vienne, peut-être de la peste. D'après l'historien Dion Cassius, il aurait été empoisonné par ses médecins sur ordre de son fils Commode, qui lui succède pour le plus grand malheur de Rome. Paradoxe, cet Empereur guerrier a conservé une image d'un sage pacifiste garant de la Pax Romana. Il la doit pour beaucoup à ses écrits, en particuliers ses Pensées pour moi-même qui demeurent un classique du stoïcisme.

  • La personnalité paradoxale de Marc Aurèle ne cesse de susciter la curiosité. Comment celui que rien ne prédestinait à devenir empereur de Rome, formé à l'école des meilleurs maîtres, féru de philosophie et capable de s'exprimer aussi bien en latin qu'en grec, accéda-t-il au sommet d'un Empire lui-même à l'apogée de sa puissance ? Quels talents lui valurent d'abord la protection d'Hadrien, puis la succession d'Antonin ? Comment, devenu empereur à l'âge de quarante ans, et allié à ses débuts à Lucius Verus, Marc Aurèle parvint-il à donner la pleine mesure de son talent et à surmonter les nouveaux défis que constituaient les menaces barbares aux frontières, l'apparition du christianisme et la survenue d'une terrible épidémie ? Le récit de sa vie éclaire la personnalité hors norme d'un réformateur épris de justice, guidé par des idéaux philosophiques exigeants, à la tête d'un Empire frappé par une crise protéiforme et d'une ampleur sans précédent.

  • « Fouché, bien sûr, ne m'était pas un inconnu. Fouché de Nantes, le bourgeois impécunieux, le petit professeur en soutane des collèges de l'Oratoire, Fouché le conventionnel, le tueur de roi, le proconsul de Nevers et de Moulins, le mitrailleur de Lyon, le tombeur de Robespierre et le cauchemar de Napoléon, le ministre de tous les régimes, l'inventeur de la police moderne, le bâtisseur d'État, le théoricien et l'homme d'action, l'aventurier, le conspirateur et le parvenu. Assurément l'un des hommes les plus puissants de son époque, en tout cas l'un des plus étonnants. Rares sont ceux qui inventèrent de nouvelles règles du jeu sans attendre la fin de la partie. Fouché a été de ceux-là. » Emmanuel de Waresquiel fouille jusque dans ses moindres recoins la vie d'un homme aussi dissimulé que contradictoire. À l'aide de larges fonds d'archives - dont beaucoup sont inédits -, il dessine le portrait brillant d'un incroyable personnage jusqu'ici incompris et desservi par sa légende noire. Il nous donne ce faisant un Fouché d'une surprenante actualité.

  • Isabelle de France, née en 1295, figure emblématique de la saga des Rois maudits, affublée du surnom folklorique de « Louve de France », est devenue peu après sa mort l'image même de la méchante reine : rebelle, hypocrite, tyrannique et sanguinaire. Ces qualificatifs relèvent évidemment de la légende noire, que le présent ouvrage cherche à dissiper. Très populaire en son temps en France comme en Angleterre, fille d'un très grand roi, Philippe IV le Bel, qui lui a inculqué dès son plus jeune âge le sens de l'État, admirée à juste titre par ses contemporains pour sa personnalité, sa beauté et son sens de la diplomatie, elle a su tracer sa destinée entre deux hommes : Édouard II, son mari, le roi le plus méprisé de toute l'histoire de l'Angleterre, et Édouard III, son fils, le plus admiré. Son parcours politique est unique. Elle gouverne aux côtés du premier avant de le renverser en 1326 - et, peut-être, de commanditer son assassinat -, au terme de la dernière invasion que l'Angleterre ait connue depuis celle de Guillaume le Conquérant. Elle se fait ensuite nommer régente au nom du second et règne de concert avec son amant, Roger Mortimer. En 1330, devenu adulte, Édouard III prend le pouvoir en faisant assassiner ce dernier. Très admiratif de sa mère, il l'entoure de tous les égards jusqu'à son décès, en 1358.
    Le retour aux sources médiévales, pratiqué ici de manière particulièrement précise, permet de dessiner une personnalité complexe et de retracer une existence hors du commun dans une période constamment marquée par la guerre civile et la violence des hommes.

  • Qui mieux que Philippe de Villiers pouvait tracer le portrait de ce roi très chrétien, canonisé quelques années après sa mort ?
    Le 8 novembre 1226, à la mort du roi de France, Louis VIII le Lion, son fils ainé lui succède sous le nom de Louis IX. Il n'a que 12 ans et sa mère, Blanche de Castille, assume la régence. Le jeune roi gouvernera cependant très vite, mettant fin à la première guerre contre l'Angleterre et à la croisade des Albigeois. Il régularisera les relations entre la France et l'Aragon, matera les féodaux frondeurs et modernisera l'administration. Mais ses multiples participations aux croisades ruineront le pays.
    Il reste malgré tout le roi qui a fait de Paris la capitale la plus prestigieuse de la chrétienté occidentale, avec son université et ses grands monuments (Sainte Chapelle, Notre-Dame), et a favorisé l'essor d'une bourgeoisie active et entreprenante.
    Un roman alerte et plein de fougue, où le pieux saint Louis apparait plus comme un souverain habile et sage, mari empressé et fidèle, qu'un pourfendeur d'infidèles.

  • Elle avait 29 ans, il en avait 19 et leur rencontre fut un coup de foudre. Ainsi commence l'une des plus extraordinaires histoires d'amour et de politique du Moyen Age, celle d'Aliénor d'Aquitaine, reine de France, mal mariée à Louis VII, qu'elle va bientôt quitter pour Henri, le jeune fils du comte d'Anjou, qui accèdera au trône d'Angleterre deux ans plus tard. Au-delà de cette union passionnée, Henri et Aliénor ont un sens inné de la politique. Tous deux vont en effet bâtir l'empire Plantagenêt qui, à son apogée, s'étendra de l'Irlande et l'Angleterre à la Normandie, la Bretagne, et jusqu'à la Guyenne. Ils auront huit enfants dont deux régneront sur l'Angleterre : Richard Coeur de Lion et Jean sans Terre. Les historiens lui ont longtemps fait grief d'avoir été à l'origine des guerres qui pendant deux cents ans, ont opposé les royaumes de France et d'Angleterre. Mais sans conteste, sa personnalité écrasante domine tout le XIIe siècle occidental. Philippe Delorme rend donc à Aliénor d'Aquitaine sa véritable stature : celle d'une femme maîtresse de son destin, d'une souveraine lucide et lettrée, protectrice des artistes et des troubadours, qui s'éteignit à l'âge, exceptionnel pour l'époque, de quatre-vingt-deux ans.

  • Le mardi 29 mai 1453, les armées ottomanes de Mehmet II prennent Constantinople, la capitale inaugurée par Constantin le 11 mai 330. Constantin XI Dragasès, le dernier Empereur des Romains, comme se dénommaient eux-mêmes ceux que nous appelons Byzantins depuis le xvi e siècle, meurt au combat. Sainte-Sophie, alors la plus grande église de la Chrétienté, est aussitôt transformée en mosquée.
    L'originalité profonde de cet ouvrage est de restituer l'histoire de l'empire byzantin en fonction des contraintes et des nécessités (politiques, religieuses, physiques, géographiques, culturelles) qui dictèrent cette histoire singulière. Ce faisant, Michel Kaplan évalue la présence de l'héritage byzantin dans l'Europe d'aujourd'hui.
    Notre civilisation doit à cet Empire millénaire la transmission de l'héritage de la Grèce antique :
    La totalité des ouvrages écrits depuis l' Iliade jusqu'aux Pères de l'Église encore conservés nous ont été transmis par les manuscrits copiés par les Byzantins.
    Sur le plan artistique, largement lié à la religion, l'héritage byzantin est presque limité à l'Europe orthodoxe. Le plan en croix grecque, qui est une conséquence du choix de la coupole à l'époque de Justinien, est nettement dominant dans l'Europe orthodoxe (la Bulgarie, la République de Macédoine, le Monténégro, la Serbie, la Roumanie, l'Ukraine et la Russie, pour ne pas parler de la Grèce, l'héritière directe de Byzance). À cet égard, l'événement le plus important de l'histoire byzantine, le rétablissement du culte des images en 843, a dicté la pratique de la religion chrétienne des peuples devenus orthodoxes : ils l'ont développée avec leur génie propre, mais la filiation est incontestable.
    Enfin, l'État byzantin a constitué durant tous ces siècles un État de droit. La justice reposait sur le corpus de Justinien; le pouvoir impérial reste jusqu'au bout autocratique par principe, mais le droit prime la force.
    Quant à l'histoire de l'Occident, elle prend ses racines dans Théodoric l'Ostrogoth, Clovis le Franc et son continuateur Charlemagne, Otton I er et ses successeurs, autant d'illustres souverains qui prenaient leurs exemples à Constantinople.

  • Dans une biographie inédite, Pierre Monnet dresse le portrait de ce souverain hors norme, infatigable bâtisseur, amasseur de reliques, grand lettré, inlassable voyageur. Un roi entre deux ponts, à la fois médiéval et moderne, au carrefour des langues et des cultures européennes.

    Charles IV (1316-1378) fut le roi et l'empereur d'une chrétienté en crise au xive siècle, déchirée par la peste, la guerre de Cent Ans et les débuts du schisme pontifical. Issu de la dynastie des Luxembourg, il est né à Prague, a été élevé à Paris, fit ses premières armes en Italie, devint roi des Romains, roi de Bohême, roi des Lombards, roi d'Arles et ceignit enfin la couronne impériale à Rome. Il parlait, lisait, écrivait le tchèque, le français, l'allemand, le latin, l'italien. Collectionneur passionné de reliques et d'oeuvres d'art, notamment de ses propres portraits, il est l'auteur, fait rarissime, d'une autobiographie qui raconte son enfance, ses rêves, ses doutes à la première personne. Il est aussi le père de la Bulle d'Or de 1356, une Constitution qui ordonne l'élection et les institutions du Saint Empire jusqu'en 1806, établit un équilibre fédéral et territorial à l'allemande, d'une certaine manière toujours actuel.
    Constructeur de châteaux, marié quatre fois, grand lettré, inlassable voyageur, Charles IV fut un roi et empereur à la fois médiéval et moderne, au carrefour des langues et des cultures européennes.

  • Aliénor d'Aquitaine

    Martin Aurell

    Aliénor d'Aquitaine (1124-1204) est certainement la plus célèbre des reines médiévales, dont la légende noire nourrit encore de nos jours bien des romans. Épouse successive de Louis VII de France et d'Henri II d'Angleterre, elle met au monde au moins dix enfants, dont les célèbres Richard Coeur de Lion et Jean sans Terre. Voyageuse infatigable jusqu'en Terre Sainte, en Italie du Sud ou en Castille, elle fomente une vaste révolte contre son second mari. Devenue veuve, elle joue un rôle politique toujours plus important.
    C'est au travers de sa féminité (fille, femme, épouse, mère) que Martin Aurell choisit de présenter l'itinéraire audacieux de ce personnage aux multiples facettes, de la nuptialité au veuvage.

  • Depuis, le xve siècle, l'histoire de la duchesse Anne de Bretagne s'est peu à peu transformée en mythe. Il est temps de retracer le portrait intime de cette femme de tête entourée d'hommes de pouvoir qui épousa un roi par deux fois et échoua à donner un héritier à la couronne de France.

    « Sa finesse d'esprit est remarquable pour son âge et une fois qu'elle a décidé de faire quelque chose, elle s'efforce d'y parvenir par n'importe quel moyen et à n'importe quel prix. » Érasme Brasca, ambassadeur de Venise.

    Si elle est devenue une reine aux contours parfois insaisissables, c'est parce qu'Anne de Bretagne a servi trop de maîtres après sa mort. On la voudrait fidèle à la France parce qu'elle fut reine, fidèle à la Bretagne parce qu'elle est née bretonne, fidèle à son père parce qu'elle lui promit de ne jamais assujettir son duché, fidèle à son peuple qui comptait sur elle, fidèle à son époux - mais lequel ? Charles VIII ou Louis XII -, fidèle à ses fils morts trop jeunes, fidèle à ses filles, comme elle éloignées du trône. Sa vie intense et fascinante, ses voyages et ses pèlerinages symboliques, contribuèrent à élaborer ce personnage mythique.
    Il est temps de retracer le portrait intime de cette femme de tête entourée d'hommes de pouvoir. Car, reine et duchesse, Anne de Bretagne fut aussi et d'abord une femme de son temps.

  • Arthur fut-il un chef de guerre celte combattant, vers 600, les envahisseurs anglo-saxons de la Grande-Bretagne, ou bien une divinité païenne, assimilée par sa force colossale à l'ours ? Les historiens peinent à répondre. Ce n'est, en effet, qu'à partir du ixe siècle qu'Arthur devient un personnage « historique » dont les chroniques latines font un paladin de la résistance des Bretons de l'île contre les Germains venus du continent. Trois siècles plus tard, Arthur devient, outre le roi de la Grande-Bretagne, le conquérant du nord de l'Europe. La légende connaît ensuite un engouement sans précédent dans le nord de la France. Chrétien de Troyes et d'autres romanciers la reprennent dans leurs fictions peuplées de fées, ogres et autres nains. Merlin l'Enchanteur et les chevaliers de la Table ronde y occupent les premiers rôles.
    En revisitant la légende arthurienne, Martin Aurell explore le terreau social où elle naît et se développe. Croisant fiction et réalité, il traque l'instrumentalisation politique et religieuse d'un récit imaginaire populaire, mais bien ancré dans la plus réelle des histoires.

    Professeur d'histoire médiévale, directeur de la revue Cahiers de civilisation médiévale, Martin Aurell est l'auteur de L'Empire des Plantagenêt (1154-1224), Des Chrétiens contre les croisades XIIe - XIIIe siècle et Le Chevalier lettré. Savoir et conduite de l'aristocratie aux XIIe et XIIIe siècles.

    Nouvelle édition revue par l'auteur.

  • Petit hobereau d'origine bretonne, Bertrand Du Guesclin (1320-1380) offre un exemple édifiant de sauveur improbable. Progressivement révélé par ses coups de main en Brocéliande, ses exploits héroïcomiques sur les remparts de Melun, sa victoire de Cocherel et son aventure espagnole, il est le « bon connétable » qui bouta les Anglais hors de France. Mais au-delà des images d'Épinal maintes fois ressassées, est-on sûr de connaître cet enfant d'une période agitée, parcourue par la peste noire et la guerre, emplie de morts mais propice aux ascensions fulgurantes et qui donnera naissance à l'État moderne ? Les recherches récentes permettent de mieux saisir le personnage dans son époque, de l'observer se mouvoir au sein de puissants réseaux de fidélité et de protection, de le deviner avide de gloire et soigneux de sa renommée. Jusqu'à tordre les faits pour embellir son histoire ? D'autres s'en chargeront. Du Guesclin est en définitive un personnage multiple et façonné par les textes, dépassé dès son vivant par sa propre légende, et que certains commentateurs érigeront, dès sa mort, en concurrent du roi. Son gisant, commandé par Charles V, se trouve dans la basilique royale de Saint-Denis, aux côtés de celui de ce roi de France qui lui a remis son épée de connétable.

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