Sculpture / Arts plastiques

  • Auguste Rodin (1840-1917) est considéré comme l'un des pères de la sculpture moderne. À chaque génération, le public et les artistes se sont positionnés par rapport à lui, , souvent pour s'en inspirer - telles les relectures du Penseur - ou renchérir sur une invention, un aspect, une forme.
    Car Rodin a revisité toutes les facettes de l'art de la sculpture, et bien au-delà : ainsi l'invention de l'assemblage, de la figure partielle ou du collage précède la pratique de Matisse et Picasso, son usage du dessin devance les grands expressionnistes germaniques, son rapport à la photographie annonce celles de Brancusi ou de Man Ray. À chaque phase déterminante de sa carrière, puis, à chaque géné-ration après sa mort, un Rodin différent est mis en exergue, découvert, mis en lumière. Ces mutations du regard contemporain, loin d'épuiser l'oeuvre de l'artiste, ont permis à chaque époque un enrichissement de sa compréhension.

  • Rodin voulait ancrer sa pratique de la sculpture dans la continuité de l'art grec fondateur, parfois revisité par les filtres des copies romaines et de la Renaissance. Reformulant les archétypes de l'Antiquité, allant jusqu'à intégrer par assemblage ses propres figurines à un vase grec, une colonne, une urne., son art fait écho, par la perfection plastique et l'expressivité de ses formes, à l'idéal grec. Les chefs-d'oeuvre de l'Antiquité, qui sont arrivés jusqu'à notre époque le plus souvent sous forme de fragments, de sculptures mutilées, trouvent aussi un parallèle formel dans la façon même qu'avait Rodin de travailler : ôtant le superflu pour donner à ses oeuvres une puissance brute, essentielle, mutilant ses statues, il usait de l'assemblage, du fragment, de la recomposition, de l'inachevé. Rodin ne se rendit jamais en Grèce, mais collecta quelque 2500 oeuvres ou répliques grecques, en une sorte de Panthéon, son propre musée. Mais il s'agit sans doute là d'une Grèce rêvée, autorisant les percées de l'invisible, de l'inaccessible, de l'indicible.

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