Anthropologie

  • L'humanité entre dans une phase inédite de son évolution, tant par le nouveau regard qu'elle porte sur son passé que par ses interrogations sur son avenir. Ce double changement de perspective qui se pose à nous depuis le début du XXIe siècle est à la fois le fait des révélations apportées par de nouveaux fossiles et la paléogénétique et de la révolution numérique en marche à l'échelle mondiale, sur fond de dégradation de la planète et d'urbanisation massive. Avec cette question vitale qui nous taraude : notre espèce Homo sapiens peut-elle s'adapter aux conséquences fulgurantes de son succès depuis 40 000 ans et à son amplification sans précédent depuis un demi-siècle ? Plus une espèce a du succès, plus elle doit s'adapter à ses conséquences. Nous y sommes.
    Il n'y a pas si longtemps, plusieurs espèces humaines se partageaient la Terre en trois empires : les Néandertaliens en Europe, les Dénisoviens en Asie et les Sapiens en Afrique. Elles échangeaient des techniques et des gènes - aujourd'hui, la diversité des populations provient en partie de gènes captés par hybridations multiples avec des espèces soeurs tout aussi humaines que Sapiens. Puis des populations sapiennes plus récentes (notre espèce), sorties d'Afrique, sont parties à pied et en bateau à la conquête du monde jusqu'en Australie et aux Amériques, avant de chasser les Néandertaliens d'Europe. Telle est la splendide aventure que raconte cet essai. Mais cette étonnante adaptabilité des hommes depuis plus d'un million d'années pourra-t-elle servir notre adaptation dans un monde urbanisé, connecté, pollué et aux écosystèmes dévastés ? C'est la dimension tragique de cette immense histoire, puisque le succès inégalé de Sapiens le rend désormais seul responsable de son devenir : Sapiens est face à Sapiens.

  • Françoise Héritier est partie d'un constat : le petit nombre des types terminologiques existant en matière de parenté dans les sociétés les plus diverses. Elle a cherché à mettre en évidence les lois qui les fondent à travers les notions d'identité et de différence sexuelle.
    De l'identité et de la différence en matière de sexe dérivent des combinaisons logiques qui rendent compte non seulement des terminologies, mais également des structures d'alliance.
    À partir du cas des Samo de Haute-Volta, l'auteur démontre l'existence de stratégies matrimoniales particulières des consanguins selon qu'ils sont de même sexe ou de sexe différent, et interroge la transposition de ce modèle à d'autres sociétés, dont la nôtre.

  • Philippe Descola est aujourd'hui l'anthropologue français le plus commenté au monde, au point d'apparaître comme le successeur légitime de Claude Lévi-Strauss. De ses enquêtes auprès des Indiens jivaros de Haute-Amazonie à son enseignement au Collège de France, il revient sur son parcours d'anthropologue - son expérience du terrain et les discussions qui ont animé l'anthropologie des années 1970 et 1980-, et éclaire aussi la question environnementale et le droit des sociétés indigènes.

    Dans cette synthèse sous forme d'entretiens, il s'intéresse tout particulièrement à nos façons d'habiter une planète remplie de "non-humains" - plantes, animaux ou esprits. Ce faisant, il propose l'une des critiques les plus inventives du modèle occidental

  • Considéré comme un des grands anthropologues français du XXe siècle, Philippe Descola réalise son premier terrain en Amazonie. En ethnographe, il vit des années durant au sein de la tribu des Jivaros Achuar, et observe les relations que ces Amérindiens entretiennent avec les êtres de la nature. En ethnologue, il montre que l'opposition traditionnellement établie en Occident entre nature et culture ne se vérifie pas chez les Achuar, qui attribuent des caractéristiques humaines à la nature. En anthropologue enfin, il définit quatre modes de rapport au monde que sont le totémisme, l'animisme, le naturalisme et l'analogisme permettant de rendre compte des relations de l'homme à son environnement.
    En un texte clair et didactique, Philippe Descola nous restitue les grandes étapes de son parcours et nous introduit de manière vivante à la pratique de l'anthropologie et à une « écologie des relations ».

  • « On vient vraiment tous d'Afrique ? » Assistons-nous au retour en force du racisme ? Montée de l'extrême droite dans les pays européens, discours anti-migrants de part et d'autre de l'Atlantique, débats sur l'identité nationale et critique du multiculturalisme... La question raciale a envahi notre quotidien. Face à cette déferlante largement relayée par les médias, il est parfois difficile de distinguer le vrai du faux, l'opinion du fait. C'est précisément l'objet de ce livre. En révélant la part de construction sociale qui préside au racisme, il propose des réponses simples et éclairées par les sciences biologiques et sociales à des questions que chacun se pose : D'où vient la couleur de peau ? Le racisme a-t-il un fondement scientifique ? Quelles sont les conséquences des stéréotypes ? Peut-on parler de communautarisme en France ? Et, surtout, que pouvons-nous faire pour lutter efficacement contre les préjugés ?

  • Depuis la fermeture de son abattoir, de sa mine d'or et de ses usines, la petite ville de Saint-Yrieix-la-Perche, située en Haute Vienne, connaît une déprise démographique et économique.
    Jadis objet de toutes les attentions municipales, la rue marchande est devenue atone. La population décline et vieillit ; le chômage et la part des emplois précaires augmentent ; l'ennui et l'anomie étendent leur domaine. Les mutations du capitalisme ont produit une ville sans qualité. Dans une enquête anthropologique où se mêlent mélancoliquement l'histoire intime du narrateur et l'histoire sociale des habitants de Saint-Yrieix, Éric Chauvier revient sur les traces de son enfance. À travers de multiples portraits, il tente de faire affleurer les vestiges d'un monde disparu et les fragments urbains d'une vie mutilée.

  • Vingt-cinq ans après la première édition les propos développés dans cet ouvrage n'ont fait l'objet d'aucune modification sur le fond ou sur la pratique d'un « jardinage en mouvement ». Les urgences écologiques, aujourd'hui mieux ancrées dans les consciences qu'elles ne l'étaient à la fin du XXe siècle, tendent à valoriser ces pratiques à toutes les échelles et à les affiner. Certaines légendes d'illustrations reformulées, plusieurs images ajoutées, le texte concernant le jardin du musée du Quai Branly-Jacques Chirac développé, telles sont les ajouts de cette édition.
    Vingt-cinq années de croissance végétale modifient les paysages, elles ne modifient pas forcément l'état d'esprit dans lequel ils se développent. Le message essentiel de ce livre « faire le plus possible avec et le moins possible contre la nature » demeure à tous les stades de l'évolution d'un espace incluant le vivant.
    Toutefois on peut faire deux remarques importantes que seul le recul du temps nous permet d'établir :
    - La première est technique et concerne la biodiversité.
    La fermeture des espaces par la strate arborée en développement progressif diminue la présence visuelle des espèces herbacées pour majorité héliophiles. Un des aspects importants de la maintenance du jardin en mouvement porte sur la nécessité de maintenir l'équilibre de l'ombre et de la lumière. Parfois il faut supprimer des arbres devenus trop grands faisant disparaître la clairière, la lumière et la biodiversité qui lui est associée. Ces arbres trop présents peuvent appartenir à une série que l'on a soi-même planté quelques années plus tôt. Les éliminer n'est pas tâche facile, on peut se contenter de l'ombre et dire que la diversité désormais invisible sous les frondaisons continue de vivre à l'état de graines et de dormir en attendant les conditions de la germination : le soleil et l'eau. On peut aussi donner place à la composition paysagère et choisir les espèces que l'on peut soustraire à l'espace trop dense pour retrouver l'équilibre cherché. Ce travail serait à faire aujourd'hui dans la partie dédiée au jardin en mouvement du parc André Citroën et bientôt dans le jardin du musée du Quai Branly.
    Cette remarque sur la diversité héliophile dans la strate herbacée concerne les climats non tropicaux. Sous les tropiques la diversité botanique s'exprime très bien dans la strate arborescente. Un jardin en mouvement en zone tropicale serait celui des singes et des oiseaux dans l'enchevêtrement des canopées, il n'y aurait rien d'autre à faire que d'édifier des passerelles en suspens pour s'y promener. Nous parlons ici des forêts primaires rélictuelles, celles que le Stupidocène oublieux a laissées çà et là, éparses et perdues sur la planète anthropisée.
    - La seconde est culturelle et concerne la composition dans l'espace.
    À l'exception des cultures animistes et totémistes pour qui le jardin est un territoire naturel pourvu des richesses que l'on va glaner ou chasser, les sociétés humaines ont organisé le jardin en donnant aux formes, aux lignes, aux perspectives et à la scénographie générale un droit absolu de composition. Cette façon de dessiner le jardin place la question du vivant en second rôle.
    Le jardin en mouvement se positionne à l'opposé de cette perception du monde, il ne doit aucune de ses formes à une vision cultuelle idéalisée de l'espace mais à une préséance donnée au vivant. Si les formes sont changeantes c'est précisément parce que « toujours la vie invente ».
    Ces pratiques se multiplient et placent les concepteurs au-devant d'une question à laquelle aucune école ne les a préparé : comment accepter l'abandon ou le partage de la signature de l'espace qu'ils pensent avoir dessiné avec maîtrise ? Comment déplacer le rôle de la forme pour la mettre en position de résolution esthétique temporaire sous la dynamique du vivant et non en dispositif inchangeable telle une architecture sacrée ?
    Il est à prévoir que l'enseignement dispensé pour atteindre ces objectifs s'orienterait alors une connaissance approfondie du vivant. Ceci afin d'initier un processus de conception des espaces qui nous lient à notre environnement, non en se soumettant à une dictature formaliste ou fonctionnaliste, mais en développant un dialogue avec le vivant par un accès à la compréhension et à l'acceptation du génie naturel.

  • La publication d'Esquisse d'une théorie générale de la magie en 1904 dans L'Année sociologique est l'aboutissement d'une longue collaboration entre Marcel Mauss et Henri Hubert, débutée avec la parution de l'Essai sur la nature et la fonction du sacrifice en 1899 dans cette même revue. Collègues à l'École Pratique des Hautes Études, Hubert étudiait la magie dans l'Antiquité grecque et romaine, tandis que Mauss en décrivait les formes en Australie, en Malaisie, en Inde, au Mexique ou dans le judaïsme ancien.
    Pourtant, si l'analyse de la magie résultait logiquement à leurs yeux de celle du sacrifice, ce lien s'est ensuite dissous dans les rééditions des textes de Marcel Mauss.
    Cette édition permet de réinterroger les liens entre les trois piliers de sa réflexion que sont le sacrifice, la magie et le don. L'approche d'Hubert et Mauss se ressent également du contexte politique très particulier de l'affaire Dreyfus, qui se déroule pendant la rédaction de leurs articles. Cette séquence historique révéle alors des phénomènes irrationnels au coeur de l'État républicain, et oblige les universitaires à utiliser la preuve scientifique pour les combattre. C'est dans cet espace entre l'individualisme et la raison d'État, alors au coeur des débats politiques, que prennent sens les analyses de la magie et du sacrifice entre l'officieux et l'officiel, entre l'individuel et le collectif.

  • Paru chez Anacharsis en 2011, Anthropologie de l'ordinaire s'est imposé comme un essai des plus radicaux dans l'entreprise de revitalisation de l'anthropologie et de sa réintroduction dans le débat public.
    Fondé sur une critique des grandes théories classifictoires académiques, l'ouvrage dénonce les stratégies d'écriture qui refoulent les scories de l'enquête dans un hors-champ pour asseoir son autorité scientifique. Un procédé ici identifié comme une entreprise de « désinterlocution » des personnes observées. Au final, les livres ainsi obtenus cloisonnent des espaces étanches entre les « observés », les lecteurs et les anthropologues, ces derniers placés dans une position dominante, du reste non dépourvue de conséquences politiques.
    C'est précisément à partir de ce hors-champs, de ce foisonnement de l'ordinaire, qu'Éric Chauvier propose de reconsidérer l'anthropologie, réajustant de la sorte ses enjeux à sa pratique.
    Il ne s'agit plus ici d'extirper du terrain « l'essence de ce qui fait sens », mais de prendre acte des anomalies qui se font jour au cours de l'enquête, qui sont véritablement à la fois l'objet et la matière de l'enquête.
    Le renversement de perspective est radical, qui revendique sur le terrain comme dans la production littéraire qui en découle un « appariement des consciences » entre anthropologues, lecteurs et observés, soit : la condition d'un apprentissage partagé.
    Conçu comme une véritable « boîte à outils », Anthropologie de l'ordinaire. Une conversion du regard concerne toutes les sciences humaines.

  • Depuis la fin du XIXe siècle, l'anthropologie qui étudie l'unité de l'humanité dans la diversité de ses manifestations n'échappe pas au partage entre nature et culture. Elle est scindée entre une anthropologie physique qui établit l'unité par-delà les variations et une anthropologie culturelle ou sociale qui fait état des variations sur fond d'unité. Mais l'anthropologie culturelle est elle-même divisée entre deux explications : celle qui considère les diversités culturelles comme autant de réponses adaptatives aux contraintes du milieu naturel et celle qui insiste sur le traitement symbolique d'éléments naturels choisis dans le milieu environnant. Selon Philippe Descola, c'est en se libérant du dualisme et en recomposant une écologie des relations entre humains et non-humains que l'anthropologie, acceptant de renoncer à son anthropocentrisme, pourra sortir des débats entre déterminismes naturels et déterminismes culturels.

  • Cet ouvrage est un essai sur les relations que les éleveurs nomades entretiennent avec leur environnement chez deux peuples mongols, en Mongolie et en Sibérie du Sud. Il propose une vaste synthèse de la littérature publiée sur le sujet dans de nombreuses langues occidentales et orientales, mais est aussi et surtout le fruit d'une vingtaine de mois d'enquête cumulés sur le terrain entre 2008 et 2015. Grâce à sa connaissance des langues (mongol, bouriate, russe) et ses séjours prolongés, l'auteur entraîne le lecteur dans l'intimité et la vie quotidienne des éleveurs. Ce livre se concentre sur les aspects spatiaux du pastoralisme nomade, et notamment sur les manières dont les éleveurs envisagent et mettent concrètement en oeuvre l'occupation de l'espace, à partager avec des être non humains, que ce soient des animaux domestiques, sauvages, ou encore des entités invisibles. En comparant les situations de peuples mongols de part et d'autre de la frontière mongolo-russe, il donne également à voir un continuum culturel mongol malgré l'inscription dans des trajectoires historiques et politiques différentes.
    La grande originalité de l'ouvrage réside dans l'abondante cartographie, résultat de données GPS de première main collectées par l'auteur, qui donne à voir les itinéraires de nomadisation des éleveurs et les trajets quotidiens des différents troupeaux sur les pâturages. Les nombreuses cartes, accompagnées d'une analyse fine des données, offrent une meilleure compréhension de toute la complexité des relations en jeu entre les éleveurs, leurs animaux - chevaux, chameaux, bovins, moutons, chèvres et chiens - et leur environnement partagé, ainsi que des manières dont systèmes sociaux et écologiques interagissent entre eux à travers des boucles d'actions et rétroactions.
    En ces temps de changements climatiques extrêmement rapides sur ces terrains, et plus généralement à l'ère de l'« Anthropocène » - concept qui implique que l'homme est devenu une force géologique majeure qui agit sur la terre -, les relations que les humains entretiennent avec leur environnement sont devenues, dans la plupart des endroits du monde, un enjeu écologique, économique, politique et éthique majeur. Dans ce contexte, la grande division entre nature et culture qui caractérise les visions du monde occidentales est lentement en train de s'effondrer. Loin de vivre « en symbiose » ou en « harmonie » avec leur environnement, comme se plaisent souvent des Occidentaux à s'imaginer ou à présenter les Mongols, ils ne nous donnent pas moins, en se refusant eux-mêmes à toute relation de domination exclusive sur les animaux et les ressources naturelles, l'occasion de réfléchir aux relations que nous-mêmes voulons entretenir aujourd'hui avec notre environnement.

  • Avec "Nos premières fois", le préhistorien Nicolas Teyssandier nous livre un inventaire très particulier, celui des premières fois de l'Humanité, "nos" premières fois culturelles, techniques, matérielles : le premier outil, bien sûr, mais aussi le premier couple, le premier bijou, le premier meurtre, le premier chat, le premier dieu ou encore le premier mot...
    Ces premières fois qui constituent notre mémoire collective prennent ici la forme d'un grand récit qui s'appuie sur les connaissances le s plus actuelles en préhistoire et en évolution humaine.
    Ce récit se double d'une autre histoire, celle de la façon dont les chercheurs travaillent et enquêtent pour reconstituer ce passé commun de l'Humanité - un travail qui se rapproche par bien des aspects d'une véritable enquête policière pour reconstruire un passé millénaire à partir de traces matérielles, de fossiles, d'indices ténus et fragiles.

    Nicolas Teyssandier est préhistorien, chargé de recherche au CNRS. Spécialiste des équipements en pierre taillée, il travaille sur des sites archéologiques dans le monde entier. Il a également co-scénarisé le documentaire "Le fils de Néandertal ou le secret de nos origines" (Arte, 2017).

  • La variété des conceptions de l'au-delà révèle combien la question du trépas constitue l'un des fondements des sociétés humaines. Comment celles-ci se représentent-elles l'acte même de mourir ? À quelles nécessités sociales ou religieuses répondent l'inhumation, la crémation ou la momification des dépouilles ? Quelles que soient les formes qu'elles revêtent, les funérailles témoignent toujours de la volonté de préparer la vie du défunt dans un autre monde. C'est ce que nous confirme cet ouvrage à travers l'étude de sociétés aussi diverses que celles de la Grèce et de la Rome antiques, du Moyen Âge chrétien, de la Chine ou de l'Inde. Il montre l'extraordinaire créativité des hommes dans leur face-à-face avec la mort, qu'ils soient juifs, musulmans, bouddhistes, amérindiens ou mélanésiens. Mais au-delà des imaginaires et des rites qui distinguent toutes ces cultures, un socle invariant les réunit : dans toutes les religions, monothéistes ou polythéistes, tribales ou universelles, la mort ne s'oppose pas à la vie, mais à la naissance. La vie continue, croit-on, après la mort.

  • Père fondateur de l'anthropologie américaine, Franz Boas consacre une partie de sa vie à l'étude des tribus indiennes de la côte nord-ouest des États-Unis. S'intéressant autant aux mythes, aux pratiques sociales, aux rites et aux arts qu'à la linguistique, à l'économie ou à l'anthropologie physique, il collecte récits, partitions musicales, photographies, statistiques, rêves et dessins.

    Grâce à l'extraordinaire richesse des matériaux compilés lors de ses terrains, Boas propose une démarche fondamentale pour l'anthropologie : refusant de considérer une culture comme un îlot immobile, l'anthropologue s'attache à en retracer l'histoire et les changements, définissant une identité en perpétuel mouvement.

    Sélection de textes traduits de l'anglais et de l'allemand, ce recueil propose pour la première fois les principaux textes de ce grand classique des sciences sociales, qui fut une des premières sources du travail de Marcel Mauss sur le potlatch et de Claude Lévi-Strauss sur les mythes.

  • Pourquoi toutes les sociétés humaines interdisent-elles l'inceste, alors que, paradoxalement, ce que l'une définit comme incestueux ne l'est pas forcément chez d'autres ? Que vise donc la prohibition de l'inceste : interdire la relation sexuelle ou le mariage avec un proche, ou bien favoriser un besoin vital aux groupes humains et, en particulier, aux familles - celui de se relier, pour survivre, à d'autres groupes ? Publié en 1897, seize ans avant «Totem et tabou» de Freud, "La Prohibition de l'inceste et ses origines" est un texte profondément novateur qui met à mal les explications communes de l'interdit de l'inceste.

  • Mexique profond. Une civilisation niée, paru pour la première fois en 1987 (15 autres réimpressions seront réalisées depuis en langue espagnole), est un classique de l'anthropologie historique mexicaine. L'argumentation de Guillermo Bonfil Batalla dans cet ouvrage ne se réduit nullement à opposer de façon schématique le monde indien (« Mexique profond ») et le « Mexique imaginaire » (qui correspond au monde occidental). Certains passages attestent d'un désir de convaincre les lecteurs de la réalité de la domination qu'un groupe humain a exercée sur un autre depuis l'arrivée des Conquistadores sur le territoire mésoaméricain au début du XVIe siècle, mais l'enjeu est avant tout d'inscrire cet antagonisme au sein d'un processus historique évolutif qui tend parfois à en occulter l'existence, notamment à travers la négation de la présence des Indiens depuis l'époque Moderne.
    Le principal effort de Batalla vise à rendre sensible « l'ubiquité de la présence multiforme de l'indianité » en particulier en retraçant certains épisodes-clés de l'histoire du Mexique. De ce point de vue, les premières descriptions du monde préhispanique, non exemptes d'une idéalisation de l'autochtonie, ou les vigoureuses critiques formulées à l'encontre de l'entreprise coloniale, ne sont pas les plus surprenantes puisqu'elles s'appuient sur des données historiques bien connues. On notera cependant que, dès la première partie, plusieurs développements dépassent avec beaucoup de perspicacité bon nombre d'oppositions (ville/campagne, indien/ métisse) à l'intérieur desquelles le dualisme exposé dans l'introduction semblerait enfermer le propos de l'auteur. Les pages consacrées à la présence des Indiens dans l'univers urbain, dans les marchés ou pendant les activités rituelles font comprendre que l'anthropologue doit suivre la capillarité du corps social et non se contenter de délimiter des camps, territorialement hermétiques, dans lesquels vivraient de façon séparée des groupes différents.
    En affirmant que le monde indien apparaît partout, sous de multiples visages, le propos de Batalla consiste donc à interpréter le réel pour rendre perceptible une forme d'existence qui a été chassée du champ de la visibilité. À cet égard, la dimension la plus stimulante de la réflexion de l'auteur réside dans sa capacité à faire émerger les paradoxes, voire les réécritures de l'histoire, autour desquels, comme dans beaucoup d'autres sociétés, s'est construite l'identité du Mexique. Les chapitres III et IV de la deuxième partie, s'attachent ainsi à démontrer que l'Indépendance de 1812, puis la Révolution éclatant un siècle plus tard, sont loin d'avoir été les périodes les plus favorables pour les cultures indiennes, en dépit de la glorification de « l'Indien », popularisé par les grands peintres muralistes. Ainsi, en prenant des distances avec une histoire officielle largement répandue dans son pays, Bonfil décèle-t-il une « alchimie mentale qui perdure jusqu'à nos jours » en vertu de laquelle les Mexicains possèdent une « capacité à dissocier l'Indien d'hier et l'Indien d'aujourd'hui ».
    Pour ce qui concerne la dimension anthropologique, un des problèmes importants abordé par l'ouvrage est celui de l'articulation entre la multiplicité des peuples et leur intégration à l'intérieur d'un ensemble culturel uniforme, problème qui, depuis longtemps, aiguille la réflexion mésoaméricanistes (et dont l'insurrection du Chiapas ou l'élection de certains présidents indiens ne constituent que la partie la plus visible).
    Par ailleurs, Mexique profond s'inscrit parfaitement dans des débats extrêmement contemporains concernant le multiculturalisme, le métissage, les situations postcoloniales, la question de la visibilité des minorités.

  • Pierre Clastres s'oppose aux interprétations structuralistes et marxistes de la guerre dans les sociétés amazoniennes. Selon lui, la guerre entre tribus est une façon de repousser la fusion politique, et donc empêcher la menace d'une délégation de pouvoir menant aux dérives intrinsèquement liées à la trop grande taille d'une société. Les sociétés « primitives » refusent la différenciation économique et politique en interdisant le surplus matériel et l'inégalité sociale. T out en rendant hommage à Hobbes et à sa théorie de « l'état de nature », Clastres nuance ce constat. La guerre et l'institution étatique, posées dans une relation d'exclusion, chacune impliquant la négation de l'autre, se conditionnent donc mutuellement. Un livre essentiel sur la violence.

  • En se fondant sur des faits anthropologiques, psychologiques et historiques, Gray prouve que le jeu en toute liberté est le meilleur moyen pour apprendre à gérer sa vie, à résoudre ses problèmes, à vivre en communauté et à devenir émotionnellement équilibré.
    Quand les enfants sont en charge de leur propre éducation, ils apprennent mieux et sont plus heureux.

  • De tout temps, l'idée de l'évolution de l'homme n'a cessé d'intriguer les scientifiques du monde entier. Homo sapiens, Homo erectus, Neandertal, Denisova ou Cro-Magnon sont loin d'avoir livré tous leurs secrets. Qui sont les ancêtres de l'homme ? L'homme continue-t-il d'évoluer ? Peut-on présager ce que sera le cerveau humain de demain ? L'Atlas des origines de l'homme est un voyage à travers l'histoire pour comprendre qui nous sommes, d'où nous venons et où nous allons.

  • Si tout ce qui est imaginaire est imaginé, tout ce qui est imaginé n'est pas imaginaire. Car en imaginant, l'homme peut rendre possible l'impossible. Dans les mythes ou les religions par exemple, ce qui est imaginé n'est jamais pensé ni vécu comme imaginaire par ceux qui y croient. Cet imaginé-là, plus réel que le réel, est sur-réel.

    Si Lévi-Strauss affirme que « le réel, le symbolique et l'imaginaire » sont « trois ordres séparés », Maurice Godelier montre au contraire que le réel n'est pas un ordre séparé du symbolique et de l'imaginaire. Les rites, objets et lieux sacrés ne témoignent-ils pas en effet de la réalité, et donc de la vérité de l'existence de Dieu, des dieux ou des esprits pour une partie de l'humanité ? Le symbolique permet aux humains de signifier ce qu'ils pensent et ce qu'ils font. Il déborde donc la pensée, envahit et mobilise le corps tout entier, le regard, les gestes, les postures mais aussi les temples, les palais, les outils, les aliments, les montagnes, la mer, le ciel et la terre : il est le réel.

    L'ouvrage nous entraîne au coeur stratégique des sciences sociales. Car s'interroger sur la nature et le rôle de l'imaginaire et du symbolique, c'est vouloir rendre compte de composantes fondamentales de toutes les sociétés et d'aspects essentiels du mode d'existence proprement humain, des aspects qui, chaque fois, forment une grande part sociale et intime de notre identité.

  • L'instinct

    Charles Darwin

    Ce texte à caractère « inédit » constitue la part « psychologique » des écrits de Darwin que celui-ci donna à son élève John Romanès, lorsqu'il rédigea son livre sur L'Origine des espèces. Le texte fut publié de façon « confidentielle » à Londres en 1884, puis oublié et récemment redécouvert. Il est en définitive l'un des premiers textes (sinon le premier) d'éthologie, décrivant le comportement instinctuel, et appris, des espèces animales.
    Ce livre paraît au début 2009, déclarée « année Darwin ». Il accompagnera de nombreux autres ouvrages et doit pouvoir être à cette occasion « mis en vitrine ».

  • Il y a dix ans, le 30 octobre 2009, Claude Lévi-Strauss, centenaire, nous quittait. Au cours de ce siècle il a accompli ce que peu de scientifiques réalisent?: une carrière d'ethnologue des Amériques, une renommée d'écrivain et un rôle de déclencheur d'une révolution intellectuelle nommée « structuralisme ».

    Aujourd'hui, ouvrons quelques portes dans l'oeuvre du scientifique, du philosophe, du mémorialiste. Au présent, avec les exposés des meilleurs connaisseurs de son oeuvre ou de ceux qui eux-mêmes l'ont eu pour maître et guide dans leurs études. Au passé?: avec des textes de Claude Lévi-Strauss, dont certains rarement vus, regroupés sous le titre « Regards éloignés » du numéro de mai 2008 du Courrier de l'Unesco et qu'une heureuse collaboration nous a permis de reproduire ici.

    Au-delà des allégeances et des clichés, le temps autorise l'examen critique, mais aussi la relecture attentive de ce que les modes ont tendance à occulter, ainsi dans ce livre vous retrouverez entre autres Laurent Barry, Emmanuel Desveaux, Philippe Descola, Françoise Héritier (entretien de 2008) nous expliquant ce qui, dans leurs travaux sur la parenté, les mythes et les modes de pensée, prolonge les grandes intuitions de Lévi-Strauss. Vincent Debaene revenant sur l'histoire des succès multiples de Tristes tropiques, Wiktor Stoczkowski sur les ambiguïtés d'un différentialisme trop précoce, ou bien encore Maurice Bloch nous rappelant que ce fut un pas, souvent incompris, vers les sciences cognitives.

    « Ce que nous allons chercher à des milliers de kilomètres ou tout près, ce sont des moyens supplémentaires de comprendre comment fonctionne l'esprit humain », ajoutait encore Lévi-Strauss en 1988. C'est à cette conviction d'anthropologue, pour lequel le proche se dissimule dans le lointain, que se mesure la portée de son oeuvre. Par son approche de la nature et des dangers que fait peser sur elle la modernité, elle prend toute son ampleur aujourd'hui.

    Avec la contribution de : Laurent Barry, Maurice Bloch, Vincent Debaene, Philippe Descola, Emmanuel Désveaux, Françoise Héritier, Nicolas Journet, Frédéric Keck, Jean-Patrick Razon, Carlo Severi, Jasmina Sopova, Wiktor Stoczkowski, Anne-Christine Taylor.

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