Histoire généralités

  • « Guerriers et paysans est l'histoire d'un démarrage, celui de l'économie européenne entre les invasions barbares et l'essor des villes. La grande nouveauté n'est pas l'application à une époque reculée d'un concept de l'économie moderne... Elle est dans la découverte de phases insoupçonnées et de mécanismes paradoxaux de ce démarrage. » Jacques Le Goff Il ressort de cette vaste enquête sur le premier essor de l'économie occidentale entre le VIIe et la fin du XIIe siècle que l'élan de croissance a été animé, essentiellement dans une première phase, par les activités militaires dont l'aristocratie tirait alors tous les profits, et qu'il le fut, dans une seconde phase, par le labeur des paysans que stimulait le pouvoir seigneurial.

  • « Qu'est-ce qu'une nation ? » est la question posée au XIXe siècle par Ernest Renan que l'auteur reprend ici en se plaçant dans une perspective résolument planétaire ; une autre manière de faire de l'histoire globale. Car rien n'y fait : de la Révolution d'Octobre à la Pandémie de 2020 la nation, qu'on disait moribonde ou -pire- dépassée, est plus vivante que jamais. On ne compte plus, à la surface de la terre, les mouvements de « libération nationale », de l'Écosse à la Catalogne, de la Palestine au Kurdistan. Sans la nation comme clé d'interprétation, l'histoire du monde depuis trois siècles serait incompréhensible. Sans elle l'irréductibilité de la Norvège ou de la Suisse, du Brésil ou de l'Afrique du sud resterait opaque. Sans elle le destin des puissances d'aujourd'hui, des ÉtatsUnis à la Chine, de l'Inde au Japon, devient illisible. Il n'y a rien de plus mondial que le national. On la disait imaginée, voire imaginaire : elle est construite, assurément, mais ni plus ni moins que l' international, le monde ou l' humanité, toutes ces fictions utiles grâce auxquelles -et à cause desquelles- les individus et les sociétés vivent et meurent. Quant à son imaginaire, il touche à l'essentiel, puisqu'il est celui d'une rencontre entre l'identité et la souveraineté : un peuple y devient le Peuple.

  • Omniprésent et inéluctable, tel est Chronos. Mais il est d'abord celui qu'on ne peut saisir. L'Insaisissable, mais, tout autant et du même coup, celui que les humains n'ont jamais renoncé à maîtriser. Innombrables ont été les stratégies déployées pour y parvenir, ou le croire, qu'on aille de l'Antiquité à nos jours, en passant par le fameux paradoxe d'Augustin : aussi longtemps que personne ne lui demande ce qu'est le temps, il le sait ; sitôt qu'on lui pose la question, il ne sait plus. Ce livre est un essai sur l'ordre des temps et les époques du temps. A l'instar de Buffon reconnaissant les « Époques » de la Nature, on peut distinguer des époques du temps. Ainsi va-t-on des manières grecques d'appréhender Chronos jusqu'aux graves incertitudes contemporaines, avec un long arrêt sur le temps des chrétiens, conçu et mis en place par l'Église naissante : un présent pris entre l'Incarnation et le Jugement dernier. Ainsi s'engage la marche du temps occidental. On suit comment l'emprise du temps chrétien s'est diffusée et imposée, avant qu'elle ne reflue de la montée en puissance du temps moderne, porté par le progrès et en marche rapide vers le futur. Aujourd'hui, l'avenir s'est obscurci et un temps inédit a surgi, vite désigné comme l'Anthropocène, soit le nom d'une nouvelle ère géologique où c'est l'espèce humaine qui est devenue la force principale : une force géologique. Que deviennent alors les anciennes façons de saisir Chronos, quelles nouvelles stratégies faudrait-il formuler pour faire face à ce futur incommensurable et menaçant, alors même que nous nous trouvons encore plus ou moins enserrés dans le temps évanescent et contraignant de ce que j'ai appelé le présentisme ?

  • Carnets

    Léonard De Vinci

    Les Carnets de Léonard de Vinci ne sont accessibles aujourd'hui que dans l'édition scientifique établie par Edward MacCurdy, publiée en 1939 (Gallimard, 1942), qui fait toujours office d'ouvrage de référence.
    Fondée sur le travail de MacCurdy, qui observe un ordre thématique, l'édition Quarto aspire toutefois à refléter les progrès de la recherche historique. Elle vise à :
    - Restituer chronologiquement chaque extrait des Carnets, afin de permettre au lecteur de saisir au mieux l'évolution de la pensée et l'avancement des connaissances de Léonard ;
    - Faire découvrir, grâce à une riche iconographie, certaines des plus belles pages des carnets et des dessins de Léonard de Vinci ;
    - Fournir un outil essentiel et de premier ordre grâce à l'actualisation des paginations des manuscrits, afin de pouvoir consulter l'ensemble des manuscrits de Léonard en libre accès sur la plateforme Leo EDesk (http://www.leonardodigitale.com/).
    Enfin, le volume sera augmenté d'un dossier inédit : « Miroirs de Léonard, Léonard en miroir ».
    Édition sous la direction de Pascal Briois.

    Ce volume contient :
    Préface.
    Vie & OEuvre.
    Préface de l'édition de 1942 par Paul Valéry.
    50 chapitres thématiques : Philosophie ; Aphorismes ; Anatomie ; Anatomie comparée ;
    Physiologie ; Histoire naturelle ; Proportions de l'homme ; Médecine ; Optique ; Acoustique ;
    Astronomie ; Botanique ; Géologie ; Géographie physique ; Notes topographiques ;
    Atmosphère ; Du vol ; Machine volante ; Mouvement et pesanteur ; Mathématiques ; De la nature de l'eau ; Hydraulique ; Canalisation ; Expériences ; Inventions ; Balistique ; Armement naval ; Comparaison des arts ; Préceptes du peintre ; Couleur ; Paysage ; Ombre et lumière ;
    Perspective ; Matériel de l'Artiste ; Commandes ; Sculpture ; Fonte ; Architecture ; Musique ;
    Récits ; Facéties ; Fables ; Bestiaire ; Allégories ; Prophéties ; Notes personnelles ; Lettres ;
    Notes datées ; Livres ; Divers.
    Dossier : « Miroirs de Léonard, Léonard en miroir ».
    Index des noms propres - Index thématique - Bibliographie indicative.

  • Hervé Fischer a fait sa thèse avec Raymond Aron sur la « Sociologie artistique ». Parallèlement, il a peint lui-même, en s'attachant a l'art numérique et aux ressources des nouvelles technologies.
    Il a émigré au Québec et s'est écarté de tout le marché de l'art, mais le musée Pompidou l'a découvert et lui a consacré de juin 4 septembre 2017 une exposition intitulée « Hervé Fischer et l'art sociologique », rétrospective sur toute son oeuvre.
    L'activité principale de Fischer est cependant restée fixée sur la réflexion théorique du système des couleurs dans son rapport avec les évolutions des sociétés.
    Les couleurs possèdent une expressivité qui va bien au-delà de la simple sensation, qui relève du mythe et qui cependant s'encadre dans l'institution sociale. Les couleurs obéissent en effet à des codes, elles possèdent un pouvoir auquel l'institution sociale ne peut que s'intéresser. En fait elle en édicte les codes et les usages, elle en sanctionne même les transgressions.
    Ce livre vise à en apporter la démonstration historique. Ce n'est pas une histoire des couleurs (comme l'ont très bien faite Michel Pastoureau, John Cage et d'autres en Angleterre et en Allemagne).
    C'est une réflexion sur le système des couleurs selon les types de société et leur évolution.
    Deux dates, deux faits pourraient la circonscrire : la Bible qui ne mentionne jamais les couleurs mais seulement les ténèbres ou la lumière. Gagarine, en 1961, qui déclara à son retour: « j'ai vu le ciel sombre et la terre bleue ». Du bleu qui, au même moment, fascinait Yves Klein.
    Depuis les pigments colorés des peintures préhistoriques jusqu'a l'explosion chromatique du XXe siècle qui correspond à des formes d'explosion des règles sociales, Fischer développe un parallèle enrichissant des évolutions sociales et chromatiques.

  • Parce que l'histoire nationale et internationale a marqué de ses traces l'espace français, voici un premier inventaire de ce que le promeneur peut encore en voir. Grottes, rues, ruines, bâtiments, plaques, monuments commémoratifs, sites guerriers ou paysages champêtres retournés à l'agriculture après avoir été labourés par les guerres, le lecteur trouvera au fil des pages comme à celui de ses pas les lieux qui à leur manière racontent des événements - majeurs ou secondaires Car la grande histoire et ses violences ont parfois détruit toute trace alors que des événements de portée plus limitée se lisent toujours dans notre environnement. Telle est la raison de cette anthologie des notices extraites des diverses éditions du célèbre Guide Vert Michelin : que le lecteur, de l'espace qu'il visite, puisse remonter à l'histoire qui s'y raconte.

  • Faire de l'histoire, c'est marquer un rapport au temps.
    Depuis plus de quatre siècles, l'historiographie occidentale se définit par la coupure qui d'un présent sépare un passé. le geste qui met à distance la tradition vécue pour en faire l'objet d'un savoir est indissociable du destin de l'écriture. écrire l'histoire, c'est gérer un passé, le circonscrire, organiser le matériau hétérogène des faits pour construire dans le présent une raison ; c'est exorciser l'oralité, c'est refuser la fiction.
    C'est, pour une société, substituer à l'expérience opaque du corps social le progrès contrôlé d'un vouloir-faire. ainsi, depuis machiavel, l'histoire se situe-t-elle du côté du pouvoir politique qui, lui, fait l'histoire.
    Michel de certeau s'attache, dans cet ouvrage classique, à caractériser ici les opérations qui règlent l'écriture de l'histoire : la fabrication d'un objet, l'organisation d'une durée, la mise en scène d'un récit.

  • Rédigée au début du xiiiè siècle par l'éminent historien islandais snorri sturlson, l'edda constitue le recueil de mythologie nordique le plus complet que nous ait légué le moyen age scandinave.
    Au cours de récits souvent hauts en couleur, l'auteur retrace tout d'abord la création de l'univers à l'origine des temps, avec notamment l'épisode du démembrement d'ymir, le géant primitif ; puis il présente les principaux dieux de l'antiquité païenne et raconte leurs exploits, dont la description particulièrement saisissante constitue le point d'orgue de l'ouvrage.
    Bien qu'il ait été conçu plus de deux siècles après la conversion officielle de l'islande au christianisme, ce traité témoigne d'une intime connaissance des poèmes mythologiques composés à l'époque païenne tant en norvège que dans l'île des sagas.
    A ce titre, l'edda offre un intérêt capital pour l'étude de l'ancienne religion scandinave, de même que pour les enquêtes de mythologie comparée indo-européenne.
    Cette nouvelle traduction repose sur un examen approfondi de la tradition manuscrite de l'oeuvre, en sorte qu'à la différence des traductions précédentes, elle tient largement compte des principales variantes fournies par les manuscrits de l'edda.

  • Spécialiste mondialement renommé d'Akkad, de l'Assyrie et des civilisations mésopotamiennes, Jean Bottéro lit en historien , mais sans étalage d'érudition, les premiers chapitres de la Genèse (dont il date et distingue les contributions diverses), Job, l'Ecclésiaste. Il nous livre de très antiques réflexions sur le sens de l'existence, et le pourquoi du Mal, et montre comment Israël en est arrivé à se convaincre de l'unicité et de la transcendance de Dieu.

  • Dans ces textes, Jacques Le Goff, qui a marqué de ses idées et de ses oeuvres l'historiographie contemporaine, veut expliquer le travail de l'historien selon les rapports entre ces outils de la réflexion historique que sont la mémoire et les oppositions passé/présent, antique/moderne. C'est à la fois une histoire de l'histoire et des théories de l'histoire et un essai de méthodologie historique à travers quelques concepts clés. C'est une recherche des continuités et des similitudes dans l'évolution de l'esprit historique, de l'Antiquité à nos jours, dans l'ensemble des civilisations, y compris celles des sociétés qui ont relevé plus de l'ethnologie que de l'histoire, mais aussi des mutations et des ruptures qui ont constitué autant de modernités successives. C'est aussi un livre engagé où Jacques Le Goff a voulu aider les historiens et le public à mieux comprendre le travail historique, à mieux penser l'histoire, à mieux «faire de l'histoire».

  • De Vercingétorix, on connaît surtout le nom, sa lutte héroïque contre Rome, sa défaite à Alésia et le récit biaisé qu'en donnera Jules César. Mais d'autres écrits et les trésors exhumés par l'archéologie invitent à le redécouvrir et, au miroir de ce destin hors du commun, à explorer des pans enfouis de l'histoire de l'ancienne Gaule. Cet adolescent arverne, fils de roi, tôt formé à la chose militaire, s'est hissé tout jeune au commandement suprême de la résistance gauloise au conquérant romain. Revers militaire qui recouvre une victoire politique - l'unification des peuples gaulois - dont il deviendra le symbole.
    Cette biographie, la première qui lui est consacrée, n'entend céder ni aux hagiographies complaisantes, ni aux légendes controuvées, ni aux appropriations idéologiques. Elle retrace à nouveaux frais, à partir de sources souvent oubliées, l'itinéraire singulier de cette figure d'exception : son enfance au sein d'une lignée aristocratique ; l'éducation reçue par ses maîtres druides ; sa formation, surtout, auprès de César dont il est devenu l'otage ; la rébellion enfin où il se découvre grand leader politique et redoutable chef militaire. Une vie si brève qui aura nourri une si longue postérité.
    En suivant ses pas, au fil des chapitres, c'est une nouvelle lecture de l'histoire du peuple et de la civilisation gaulois que ce livre fait découvrir ; une société en plein essor, déjà bien structurée, agitée par des assemblées remuantes et ouverte au monde, à l'ombre menaçante de l'impérialisme romain.

  • La disparition rapide de notre mémoire nationale appelle aujourd'hui un inventaire des lieux où elle s'est électivement incarnée et qui, par la volonté des hommes ou le travail des siècles, en sont restés comme ses plus éclatants symboles : fêtes, emblèmes, monuments et commémorations, mais aussi éloges, archives, dictionnaires et musées.
    Du haut lieu à sacralité institutionnelle, Reims ou le Panthéon, à l'humble manuel de nos enfances républicaines. Depuis les chroniques de Saint-Denis, au XIIIe siècle, jusqu'au Trésor de la langue française ; en passant par le Louvre, La Marseillaise et l'encyclopédie Larousse.
    Plus qu'une exhaustivité impossible à atteindre, comptent ici les types de sujets retenus, l'élaboration des objets, la richesse et la variété des approches et, en définitive, l'équilibre général d'un vaste ensemble auquel ont accepté de collaborer plus de cent historiens parmi les plus qualifiés. La matière de France est inépuisable.
    Au total, une histoire de France. Non pas au sens habituel du terme ; mais, entre mémoire et histoire, l'exploration sélective et savante de notre héritage collectif.

    Ce volume contient : La République : Symboles - Monuments - Pédagogie - Commémorations - Contre-mémoire. La Nation : Héritage - Historiographie - Paysages - Le Territoire - L'État - Le Patrimoine.
    Édition publiée sous la direction de Pierre Nora. Avec la collaboration de Charles-Robert Ageron, Maurice Agulhon, Christian Amalvi, Bronislaw Baczko, Colette Beaune, Avner Ben-Amos, Françoise Bercé, Françoise Cachin, Jean Carbonnier, André Chastel, Georges Duby, André Fermigier, Bruno Foucart, Marcel Gauchet, Raoul Girardet, Jean-Marie Goulemot, Bernard Guenée, Jean-Yves Guiomar, Hélène Himelfarb, Hervé Le Bras, Jacques Le Goff, Emmanuel Le Roy Ladurie, Anne-Marie Lecoq, Pascale Marie et Jean-Clément Martin.

  • Féodalité

    Georges Duby

    La société " féodale " se révèle à nos yeux par la rénovation de son vocabulaire.
    Les formules désuètes enfin délaissées, le rideau tendu sur la réalité sociale depuis l'époque carolingienne se déchire, usé jusqu'à la trame, dévoilant les vraies césures, le jeu de forces depuis longtemps actives, mais qui se développaient jusqu'alors dans le privé, hors du champ légal et dont, pour cela, nous ne savions rien. révélation pour l'historien qui date de ce moment la révolution féodale.
    Mais révélation pour les contemporains aussi, qui durent admettre que tout décidément n'était plus comme avant.

  • Est-il encore nécessaire et utile de parler d'Alexandre le Grand - dira-t-on peut-être -, alors même que le rythme et l'ampleur des publications qui lui sont consacrées paraissent incontrôlables? André Aymard, l'un des plus perspicaces parmi les historiens de l'Antiquité, eut en 1953 une formule lapidaire : «Alexandre ne manque pas d'historiens, et ceux-ci ne manquent pas d'Alexandres.» Le moment est venu, non pas tant de faire un bilan des connaissances que de proposer une réflexion sur les manières variées et contradictoires selon lesquelles, au cours des siècles, de l'Islande à Java, ont été échafaudées, contestées, déconstruites et reconstruites les images et interprétations sur lesquelles les historiens continuent de se disputer et leurs lecteurs de rêver.
    On ne sera donc pas désarçonné de voir fleurir, dans cette analyse critique des lieux communs et de leurs usages selon les époques, des entrées telles que «Croisade», « Mission civilisatrice», « Sikandar», « Maison de Bourgogne» ou « Chute de Constantinople», «Heavy Metal», «Mali», «Maudit Aliksandar» ou encore «Napoléon». Chacune traite de la mémoire d'Alexandre et de ses différentes strates, manifestations et instrumentalisations au cours des siècles, d'Est en Ouest et du Couchant au Levant.

  • L'Orphée de Marcel Detienne n'est pas celui, de loisir, qui chante le voyage d'hiver des Argonautes, ni celui qui descend aux Enfers, mais un Orphée qui vit absolument séparé de ceux et de celles qui naissent citoyens programmés, dressés à s'entre-tuer autour de leurs autels ensanglantés. Orphée dénonce le meurtre et le sang versé. Cette violence est celle de la vie quotidienne, visible dans les histoires des dieux et des déesses que se plaisent à écouter ses contemporains dans les banquets, dans les joutes poétiques comme dans des gestes aussi simples que planter un olivier, dresser la table ou faire l'amour. Il faut à Orphée une vie sans concessions, mais aussi des dieux radicalement différents. Alors, pour l'historien sagace et attentif, se lève un coin de la mythologie grecque, celle qu'Orphée voyait, en dissident extrême.

  • Septembre 1940, Montignac, en Dordogne. Quatre jeunes garçons repèrent l'entrée d'une cavité inconnue et l'explorent, éblouis. La grotte ornée de Lascaux est ainsi révélée au monde. Une profusion de fresques monumentales aux couleurs somptueuses et à la puissance visuelle inégalée fait revivre un bestiaire où dominent chevaux, aurochs, cerfs et bisons. Au Paléolithique supérieur, il y a dix-huit mille ans, de grands artistes ont magistralement mis en scène près d'un millier de figures animales, créant le plus beau sanctuaire d'art pariétal du monde, désormais patrimoine de l'humanité.

  • Philippe Buc examine dans ce livre comment la théologie chrétienne a façonné des siècles de conflits, depuis la première guerre judéo-romaine (66) jusqu'à l'invasion de l'Irak (2003), en passant par la première croisade (1096) ou la Révolution française. Même dans les sociétés sécularisées ou explicitement non chrétiennes, comme l'Union soviétique stalinienne, les formes qu'ont prises de nombreux séismes politiques (guerres civiles, purges, déportations, terrorisme, etc.) sont selon lui en grande partie explicables par le christianisme et les très anciens concepts religieux qui influencent la façon dont la violence est perçue et perpétrée.
    Ce que veut comprendre Philippe Buc c'est non seulement la logique par laquelle une personne saine d'esprit est amenée à tuer ou mourir pour un principe, mais aussi les raisonnements qui légitiment l'imposition de la liberté par la contrainte ou le pardon des atrocités de la guerre. Analysant l'idéologie américaine contemporaine de la guerre, qui place la violence sous l'empire d'idées abstraites, comme la liberté ou la paix mondiale, il met au jour son profond enracinement dans l'Écriture sainte.
    Fruit de quinze années de recherches d'une ampleur peu commune, Guerre sainte, martyre et terreur montre combien les pieux idéaux de sacrifice, de pureté et de rédemption n'ont cessé de donner sens à la violence, depuis les premiers siècles chrétiens jusqu'aux temps inquiets que nous vivons.

  • On retrouve dans ces neuf essais les thèmes de prédilection de l'auteur : le rapport entre morphologie et histoire, le statut du témoignage et de la preuve, les relations, toujours reformulées, du mot et de l'image. Ainsi que ses héros culturels : Wartburg et Gombrich, Bloch, Auerbach et Spitzer, - mais aussi Tolstoï et Proust.

    Quatrième de couverture Le lecteur Familier de Carlo Ginzburg retrouvera dans ces neuf essais ses thèmes de prédilection : le rapport entre morphologie et histoire, le statut du témoignage et de la preuve, les relations, toujours reformulées, du mot et de l'image. Il y retrouvera ses héros culturels : Warburg et Gombrich, Bloch, Anerbach et Spitzer, mais aussi Tolstoï et Proust. Mais comme l'auteur a l'art de varier ses effets, ses cadrages, ses échelles, ses formats, le dépaysement l'emporte sur le sentiment de familiarité d'autant que ce sont précisément les procédés de l' "estrangement" qui font l'objet du premier essai et les implications cognitives de l'éloignement qui courent à travers tous les autres, consacrés à la notion de mythe, à celle de représentation, à l'attitude à l'égard des images et à la distinction entre les images et les idoles, à la notion de style, aux métaphores de la distance et de la perspective. Le dernier essai, qui porte sur une équivoque d'un discours du pape actuel, peut paraître étranger à cet ensemble. Mettant en cause, de proche en proche, les rapports des chrétiens et des juifs avec, en arrière-plan, les effets meurtriers d'un excessif éloignement et d'une tout aussi excessive proximité, il suggère la clé de ces réflexions ou, pour mieux dire, de ces variations sur la distance.

  • Il fut l'homme le plus haï de la vie politique française. Mais son oeuvre, comme législateur et comme penseur de la République, continue à tisser nos vies.
    Son idée de la France procède d'un constat douloureux : l'impossibilité de la République, depuis la Révolution française, à s'enraciner dans un pays perpétuellement divisé et à vaincre l'épreuve de la durée. Il faut donner aux Français une vision pacifiée de leur passé pour leur dessiner un avenir commun. Tâche immense. Grâce à l'École et au suffrage local, la politique doit pouvoir irriguer le plus chétif des villages ; avec l'aventure coloniale, la République comme civilisation doit pouvoir rayonner sur le vaste monde. C'est ce qui s'appelle refaire la France.
    La singularité de Jules Ferry? C'est d'incarner tout à la fois l'autorité de l'État et l'autonomie de l'individu, l'accomplissement de la promesse républicaine et la critique du maximalisme républicain. Il veut faire vivre conjointement la nation comme héritage et la nation comme volonté - la tradition et la liberté.

  • « Le monde luxuriant des images de religion [compose] un imagier de lecture platonicienne de l'univers et des mystères de l'exister humain. » Alphone Dupront, Du Sacré , p. 105. Cet essai inédit d'Alphone Dupront n'est pas seulement posthume, comme presque tous ceux que nous avons publiés : c'est son testament. Conçu comme la première ébauche d'un très vaste sujet, il a été écrit « de crises cardiaques en infarctus (au pluriel) », dit sa veuve, « de sursis en sursis », disait Dupront. Jeté sur le papier ou dicté sous perfusion lors de longues hospitalisations ou entre celles-ci, c'est le travail de presque une vie de méditations et d'observations, un monument qui grandit encore l'oeuvre de l'historien du sacré.Pour Alphonse Dupront, il s'agissait non d'un « traité », mais d'un essai, une « méditation tâtonnante d'artisan en oeuvre de découverte d'une discipline neuve ». Il en parlait comme de sa « rhapsodie iconologique » et faisait ce constat : « Nous en sommes aux éléments du psychisme individuel et tout ignorants du psychisme collectif. »Invitant à une exploration approfondie de l'art religieux, il centre son approche phénoménologique sur les images de l'Occident chrétien, France et Italie surtout. Et ses interrogations, comme toujours chez lui, se nourissent de questions non seulement historiques, mais anthropologiques, psychanalytiques, sociologiques, phislophiques et même théologiques.Alphonse Dupront a toujours dénoncé « les simplifications faciles », partielles et surtout « réductrices ». Il ne déroge pas ici encore à son attention à toute complexité et au respect de la « pluralité des sens ». Ce livre n'est certes pas à la portée du plus grand public. Mais lequel des précédents l'a-t-il été ? D'une écriture plus fluide que les autres, il vise en tout cas un lectorat qui va bien au-delà des milieux

  • Le pouvoir absolu épouse la longue histoire de la monarchie. On l'imagine souvent inscrit dans une logique immuable, jusqu'au procès d'indignité que vont lui intenter les Lumières. C'est cette double image de la continuité du système absolu et de son caractère fatalement subversif de toute justice que cet ouvrage met à mal. Absolu, écrit Arlette Jouanna, signifie la transgression légale des lois au nom d'une légitimité supérieure ; et cette idée du pouvoir, loin d'être immuable, n'a cessé de s'infléchir à l'épreuve des bouleversements qui agitent l'histoire politique de la royauté.
    Avant les guerres de Religion, on l'ignore trop, le monarque ne pouvait déroger aux lois qu'au titre de l'exception et de l'urgence. Et, même délié des lois, il restait lié par la Raison, cet ordre juste que Dieu faisait régner dans le monde. Mais la déchirure religieuse, en désagrégeant la cohésion sacrale du corps politique, a fait perdre le sens de la correspondance - jusque-là si évidente - entre la cité céleste et la cité terrestre : seul le roi en personne pouvait désormais incarner l'unité des communautés désunies.
    L'originalité radicale de la voie française aura été cette construction, à la fois intellectuelle et institutionnelle, d'un espace politique extérieur et supérieur aux passions humaines.

  • Ce fut la bataille la plus longue de la Grande Guerre et l'une des plus meurtrières. À Verdun, à la faveur d'un déluge d'obus et de gaz, l'armée allemande investit le nord et l'est de la ville. Dix mois plus tard, le carnage durait toujours. Verdun sera célébré comme le symbole même de la ténacité de toute une nation. Mais la place emblématique qu'elle occupera dans la mémoire nationale recouvre des interrogations et des incertitudes longtemps occultées. Pourquoi ce lieu d'une importance stratégique douteuse et cette bataille à l'issue moins décisive que d'autres ont-ils acquis un statut mémoriel sans pareil? Comment Verdun a-t-elle «fait la France»? Pour répondre à des questions primordiales, Paul Jankowski reconstitue l'événement dans la longue durée jusqu'à nos jours. Il éclaircit le mystère, toujours débattu, des motifs qui avaient poussé les Allemands à attaquer Verdun. Il analyse la logique infernale qui allait conduire les deux belligérants à perpétuer une bataille aussi meurtrière qu'elle restait indécidable. Il sonde, auprès des poilus comme des feldgrauen, les conduites héroïques, les souffrances indicibles, les opinions, les haines, les révoltes... Il explore, enfin, les inscriptions culturelles de Verdun des deux côtés du Rhin.

  • Louis XIV intime

    Hélène Delalex

    En constante représentation, Louis XIV manie l'art de la dissimulation à la perfection. Derrière les fastes, l'étiquette et la mécanique du pouvoir, deviner la personnalité véritable du souverain semble être une tâche difficile. Pourtant, la frontière entre l'homme et le roi est ténue et Louis XIV applique la même exigence dans son apprentissage de la danse et de la guitare que dans la pratique de son «métier de roi». Le courage dont il fait preuve sur les champs de bataille est le même que celui qui lui permet de surmonter les drames de la fin de sa vie. C'est la réalité cachée derrière l'image léchée du souverain que cet ouvrage permet de découvrir au fil de cinquante thèmes. De son amitié avec son jardinier à sa passion pour les petits pois, de son obsession pour les orangers à ses amours déçues, on découvre l'intimité du plus célèbre roi de France illustrée par des tableaux, des sculptures, des vêtements et des photographies inédites de Versailles. Au fil des pages, on pousse les portes dérobées des châteaux, on ouvre les lettres cachetées, pour découvrir la personnalité et les goûts de celui qui fut considéré comme le plus grand monarque du monde.

  • Comment la Gaule, qui depuis cinq siècles vivait bon an mal an sous la domination romaine, est-elle devenue la France ? Comment a-t-elle tiré son nom de celui d'un peuple " barbare " d'origine germanique ? Comment la première dynastie des rois francs, inaugurée par Clovis, fut appelée mérovingienne, en référence à son ancêtre présumé, Mérovée ? Tantôt unifiant, tantôt divisant les territoires, le royaume franc donna une identité commune à des peuples d'origines diverses -Gaulois, Romains, Burgondes, Wisigoths.
    -, liés par une mythique ascendance, sous la houlette d'un roi converti au christianisme. Françoise Vallet retrace ces trois siècles de grand brassage de races, de langues, d'arts et de cultures.

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