Ethnologie

  • Au fondement des sociétés humaines, il y a du sacré.
    Autant le savoir, et apprendre le secret de fabrique de ce qu'en Occident on appelle le " politico-religieux ", en ces temps où le lien social se distend, où la logique communautariste et identitaire semble l'emporter sur ce qui rassemble. Ce livre est le fruit de quarante années de recherches menées par l'anthropologue français le plus discuté à l'étranger après Claude Lévi-Strauss, et dont le parcours a été marqué par quatre étapes majeures sur le chemin de cette conclusion fondamentale, chacune d'elles faisant ici l'objet d'un chapitre : il est des choses que l'on donne, des choses que l'on vend, et d'autres qu'il ne faut ni vendre ni donner mais garder pour les transmettre; nulle société n'a jamais été fondée sur la famille ou la parenté ; il faut toujours plus qu'un homme et une femme pour faire un enfant; la sexualité humaine est fondamentalement a-sociale.
    Sans jamais cesser de s'interroger sur l'histoire, les méthodes et le sens de l'anthropologie, Maurice Godelier livre ici un ouvrage de référence, qui vaut introduction à l'ensemble de son oeuvre.

  • A partir des recherches de Marcel Mauss, cet ouvrage évalue l'importance et le rôle du don dans le fonctionnement des sociétés et dans la constitution du lien social.

  • Vers quoi nous mènent les bouleversements en cours au sein de la famille ? Le contexte de cette interrogation est bien connu : on se marie de moins en moins, le taux de divorce augmente, les familles éclatent et se recomposent.
    Et si la filiation résiste lorsque les alliances se défont, la revendication du mariage gay (et lesbien) et du droit à l'adoption par les couples homosexuels modifie complètement la donne. Pour comprendre ce qui nous attend, Maurice Godelier rouvre ici le dossier de la parenté. à travers l'étude de l'expérience accumulée par l'ensemble des sociétés connues en matière d'alliance, d'organisation de la descendance, de sexualité et d'interdits sexuels.
    Revisitant parallèlement l'histoire de l'étude de la parenté depuis le XIXe siècle, il élabore des hypothèses fortes : nulle part un homme et une femme ne suffisent à faire un enfant ; nulle part les rapports de parenté ou la famille ne constituent le fondement de la société. Et si l'homosexualité n'avait jamais encore été revendiquée comme fondement de la famille, ce à quoi nous assistons depuis trente ans n'est pas la disparition de la parenté, niais une formidable métamorphose qui, paradoxalement, nous rapproche des sociétés " traditionnelles ", le terrain privilégié des ethnologues.
    Trois index, un glossaire. plusieurs cartes et une bibliographie accompagnent cette édition.

  • Les baruya sont une société tribale de nouvelle-guinée, découverte en 1951 seulement, et qui, à cette époque, abandonnait ses outils de pierre pour des haches et des machettes d'acier dont elle ignorait totalement la provenance.
    En 1975, la nouvelle-guinée devint indépendante, et les baruya se retrouvèrent citoyens d'un etat membre des nations unies. maurice godelier a effectué chez eux de fréquents et longs séjours à partir de 1967, alors que les principes de l'organisation traditionnelle de leur société étaient encore présents dans toutes les mémoires des baruya. il nous livre, dans cet ouvrage classique, une fascinante reconstitution de leur ancien mode de vie ainsi que l'analyse des transformations qui ont suivi l'instauration de l'ordre colonial, l'arrivée du marché et de l'argent, celle des missionnaires et du christianisme.
    On y voit cette petite société, productrice de grands hommes, s'intégrer peu à peu dans le nouvel ordre mondial.

  • Cet essai de René Girard présente et résume les concepts clés de sa théorie : le désir mimétique, le mécanisme victimaire et la révélation judéo-chrétienne.
    Comparant l'histoire de Milomaki, héros des Indiens yahunas, avec la légende d'OEdipe et les textes de persécution du Moyen Âge, l'auteur démontre l'origine persécutrice de tous les mythes et l'universalité du phénomène du bouc émissaire. Pour la seule fois dans toute son oeuvre, René Girard débat ensuite avec trois anthropologues : Walter Burkert, Renato Rosaldo et Jonathan Z Smith. Cette discussion concerne le sacrifice et la domestication, mais aussi les " chasses aux têtes " et aux animaux sauvages.
    Répondant de façon très convaincante aux objections que soulève sa théorie, l'auteur éclaire d'un nouveau jour les origines sacrificielles de l'humanité. À l'heure où l'anthropologie connaît un regain d'intérêt, notamment dans le sillage du centenaire de Claude Lévi-Strauss, la traduction de ce texte majeur s'imposait. René Girard aura en effet remis l'anthropologie religieuse au premier plan en révélant le mécanisme victimaire au fondement de la culture.
    On se persuadera sans mal, en le voyant ici défendre son hypothèse, qu'elle constitue un apport scientifique essentiel.

  • Le chamanisme et la possession n'appartiennent pas au passé, bien au contraire.
    Partout, que ce soit en Sibérie, en Asie du Sud-Est, en Afrique ou aux Amériques, l'idée d'une alliance possible avec la surnature est vivante. Le désenchantement annoncé du monde tarde, car, lorsque le malheur frappe et ébranle les certitudes, le recours aux spécialistes des esprits demeure privilégié. En quoi le vaudou haïtien ou le chamanisme coréen permettent-ils de faire face à l'infortune, de surmonter l'adversité? Comment le tambour du chamane bouriate ou le couteau ensanglanté du possédé marocain peuvent-ils faire refluer la maladie ? Confrontant sa connaissance approfondie des cultes de possession au Maroc, en particulier celui des Gnawa, avec d'autres études, Bertrand Hell met en évidence le fondement anthropologique de ces pratiques.
    Pour cela, il nous invite à comprendre la place extraordinaire réservée, dans chaque société, à l'allié des esprits. Alors se dessine la figure universelle d'un maître du désordre associé à l'ambivalence, à la transgression et au «bricolage». Rompant avec les a priori réducteurs, cet ouvrage livre un éclairage original sur l'efficacité symbolique du chamanisme et de la possession.

  • Les hommes, contrairement aux autres animaux sociaux, ne se contentent pas de vivre en société, ils produisent de la société pour vivre.
    Ils fabriquent de l'histoire, et ce, parce qu'ils ont dans leur nature propre la capacité de s'approprier la nature et de la transformer. S'approprier la nature, c'est, pour l'homme, inventer des moyens matériels et idéels pour disjoindre certains éléments des écosystèmes qu'il exploite et les faire servir à ses besoins. Cette action implique la mise en oeuvre de rapports sociaux qui lui servent de cadre et de support et qui, quelle que soit l'instance où ils se situent, fonctionnent comme des rapports sociaux de production, ou, selon un parler plus commun, comme des rapports économiques.
    Quel est le poids des réalités matérielles et quel est le rôle de la pensée dans la production des rapports sociaux ? Tout le mouvement du livre est là : de l'analyse des rapports sociaux de production à celle de la production des rapports sociaux. Où l'on verra que des deux forces qui composent celle d'un pouvoir de domination et d'exploitation, la plus forte n'est pas la violence exercée par les ordres ou les classes qui dominent une société mais le consentement des dominés à leur domination.

  • Black museum

    Alexandre Kauffmann

    A l'occasion d'un reportage sur les Hadza, dans le bush tanzanien, un journaliste parisien découvre l'envers du décor habituellement présenté aux touristes. Il décrit une véritable comédie destinée à alimenter les fantasmes des visiteurs autour des chasseurs cueilleurs de la savane africaine. Il montre que ces peuples chassent en effet, mais n'ignorent rien du monde occidental.

  • Philippe Descola est l'anthropologue français aujourd'hui le plus étudié et le plus commenté dans le monde. Il revient dans ces entretiens sur sa trajectoire intellectuelle, qui l'a mené des bancs de l'École normale supérieure au Collège de France en passant par les forêts amazoniennes.
    Il décrit son expérience du terrain dans les années 1970 et 1980, aux côtés des Indiens Jivaros de Haute-Amazonie ; il développe ensuite les enjeux principaux de sa pensée :
    L'héritage du structuralisme, mais surtout la genèse et l'ambition de son maître-livre Par-delà nature et culture (2005), qui montre comment se composent les sociétés humaines dans leurs relations aux non-humains. Il n'hésite pas enfin à s'engager sur des questions plus controversées, comme celle de l'environnement et du droit des sociétés indigènes.

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