Editions Du Linteau

  • Bien que Kahn ait construit tous ses bâtiments en Amérique et en Asie, son oeuvre a aussi connu un grand retentissement en Europe ; sans doute parce que, à côté des querelles d'école, il s'est façonné une architecture personnelle, qui allie les apports de l'architecture moderne aux formes élémentaires qui nous viennent du fond des âges. Silencieuse et lumineuse, elle préfigure certaines tendances majeures de la création artistique de la seconde moitié du siècle. Il est en outre le dernier des grands théoriciens dans la mesure où il pose les questions fondamentales : qu'est-ce que le projet ? comment lier les différentes parties d'une oeuvre ? quelle est la substance et le rôle de l'espace ? quels rapports unissent la forme, la structure, la lumière et la matière ?

  • Au milieu de ce siècle, l'architecture moderne n'avait pas très bonne presse en France. Seule la chapelle de Ronchamp construite par Le Corbusier était généralement reconnue. Par contre, aux Etats-Unis, poussés par le grand vent de la lutte contre le nazisme, les grands architectes européens, Mies van der Rohe, Gropius, Breuer, étaient bien accueillis. Travaillant aux Etats-Unis mais devant rentrer en France, Éric et Sylvie Boissonnas voulurent dans cet esprit de modernité et de progrès promouvoir quelque part « un chef d'oeuvre ». Promouvoir un chef d'oeuvre, dans la France des années 1960 ne va pas sans problèmes, embûches et chausse-trapes. Éric Boissonnas raconte comment il a parcouru ce slalom peu connu du public.

  • Au cours d'entretiens pour la première fois réunis ici, Fernand Pouillon aborde les thèmes qui lui sont chers, l'architecture, la ville, l'histoire, l'Islam, la maîtrise de l'ouvrage, avec toujours son franc-parler et jamais trace de rancoeur. Est-ce la singularité de sa démarche, totalement à l'écart du courant moderne et du courant traditionnel ? La force de caractère nécessaire pour maintenir un cap aussi personnel ? Ou tout simplement la pertinence de son jugement ? Toujours est-il que ses réflexions, ses appréciations, ses critiques sont d'une pertinence qui les rend toujours actuelles.

  • Il a construit mieux, plus vite et moins cher que le prix courant. À Alger, Aix ou Marseille, cela ne tirait pas trop à conséquence. À Paris, cela déclencha le scandale du CNL (Comptoir national du logement) en 1961.
    Maladresse de l'architecte, vindicte de la profession sur fond de lutte des partisans de l'Algérie française contre les libéraux. Pour la première fois, le « scandale » est étudié et tiré au clair.

  • Wright est un phénomène étonnant : sa première oeuvre personnelle date de 1889; sa dernière, le musée Guggenheim, de 1959. En soixante-dix ans, il a construit 650 bâtiments, révolutionnant tour à tour l' " art nouveau" et l'"art moderne", mais à sa façon. C'est peut-être ce qui explique que sa pensée soit aussi actuelle. À la lecture, on a du mal à imaginer que la plupart de ces textes ont soixante-dix ans - et même un siècle pour l'un d'eux - tant les préoccupations sont les nôtres et les réponses proposées toujours pertinentes. Opposé au côté mécaniste du mouvement moderne, proche de la nature dans son far-west, il devance nos inquiétudes écologiques. Comme l'a justement appelé Lewis Mumford, il est le Fuji-Yama de l'architecture.

  • Il fallait un Danois pour parler si simplement de l'architecture.
    Loin des démonstrations savantes et de nos références culturelles, rasmussen nous fait découvrir ce que sont les espaces que nous traversons tous les jours, ce qui fait la qualité d'un lieu, le pourquoi du charme des bâtiments anciens les plus anodins. ce qu'est en fait fondamentalement l'architecture. c'est écrit dans une langue simple, jamais insignifiante, fruit de quarante ans d'expérience et d'enseignement au danemark, en angleterre et aux etats-unis.

  • Figure majeure et originale des landscape studies anglo-saxonnes, Jackson (1911-1996), fut successivement touriste-reporter un Europe, romancier, cow-boy, officier de renseignement, ranchero, éditeur, et visiting professor dans quelques-unes des plus grandes universités américaines. Les nombreux essais qu'il a consacrés à la lecture des paysages occidentaux et a leurs mutations conjuguent une observation de première main avec une culture historique exceptionnelle et une grande indépendance d'esprit qui s'exprime dans une prose souple et maîtrisée. Dans la Nécessité des Ruines, l'un de ses recueils les plus aboutis, ce précurseur de l'enseignement du paysage livre une sorte de testament : de la balade considérée comme un des beaux-arts.

  • Un esprit libre et critique, érudit et militant, dit ce qu'est la ville et ce qu'elle pourrait être si la spéculation était jugulée et la circulation automobile maîtrisée ; il admire les bâtiments qui allient la qualité des espaces et leur convenance à ses habitants, mais critique - sévèrement - ceux qui privilégient l'image sans se soucier de  l'usage. C'est écrit dans les années 1950, mais spéculation et pollution n'ont fait que croître et les bâtiments sont toujours là ; certains (l'Unesco, l'immeuble de Le Corbusier à Marseille) sont familiers du lecteur français. « La ville existe - écrivait-il - non pour la circulation des automobiles mais pour le bien-être et la culture des hommes. »

  • Né à Gênes en 1919, l'auteur est un des architectes italiens les plus connus et appréciés dans le monde, notamment pour la finesse de l'insertion de ses réalisations moderne dans des centres ancien comme ceux d'Urbino, Pavie, Catane et Venise. Témoin attentif et critique du Mouvement moderne en architecture, il est resté fidèle à son esprit mais en étudiant toujours préalablement et minutieusement le contexte social et géographique dans lequel il intervient et en y adaptant ses projets, ce qui l'en a fait bannir par les " gardiens du temple". Rigoureux et ouvert comme peuvent l'être ceux qui approchent de la pensée anarchiste, il est l'auteur d'innombrables essai et articles. Il livre ici sa réflexion sur le métis d'architecte, indissociable selon lui, de son engagement social.

  • À Zurich, une longue tradition de construction de logements par des coopératives, crée des ensembles qui comportent des espaces destinés à des usages communs, comme le bricolage, la lecture ou la garderie d'enfants.

  • Bras droit de Jean Prouvé pendant plus de dix-huit ans, Serge Binotto partage avec lui les traits d'un découvreur autodidacte, passionné de construction. Son maître, devenu ami, lui confie d'importants projets et lui permet d'enseigner, très jeune, à ses côtés.
    Sans complexe, seul et sans appuis, il se lance par la suite dans des entreprises risquées, menées à bien à force de ténacité et d'esprit d'invention. En témoigne notamment la construction d'un bateau à voiles de 29 mètres de long qu'il réalise à ses frais, risques et périls.

  • Epuisé depuis de longues années, cet ouvrage de Bernard MARREY est richement illustré de gravures et de photographies d'époque. Il présente l'histoire des grands magasins parisiens (et quelques autres comme Toulouse ou Rennes). A l'heure des grandes surfaces, et des ventes dématérialisées, il permet de se plonger dans l'histoire des grands magasins et de penser le rapport entre la consommation et l'architecture.

  • Loin d'être l'autodidacte solitaire qu'il a interprété sur le tard, Le Corbusier a été, dans sa jeunesse, un élève modèle : d'autant plus studieux, ardent, endurant, qu'il se choisissait lui-même son parcours, hors des sentiers scolaires.
    Très attaché aux maîtres qu'il avait élus, dans les domaines qu'il jugeait nécessaires à sa culture d'architecte, d'artiste et d'homme de lettres, il entretint avec chacun d'eux une correspondance passionnée. À son maître en architecture, Auguste Perret, Le Corbusier a écrit une cinquantaine de lettres dans les années qui ont suivi leur rencontre, à l'occasion du stage de formation que le jeune étudiant avait fait chez son aîné, en 1908-1909.
    Ces lettres, des plus enflammées aux plus insolentes, des plus techniques aux plus lyriques, forment un témoignage inédit et capital sur la formation et la pensée de celui qui révolutionna l'architecture moderne, et nourriront les réflexions sur l'enseignement de l'architecture contemporaine.

  • Les années folles, la garçonne, Saint-Tropez port de pêche et havre de paix, c'est tout cela l'hôtel Latitude 43. Dès son ouverture en 1932, le bâtiment fait figure d'icône de l'architecture moderne. En réalité, l'hôtel ne fonctionnera que cinq années. À partir du témoignage de celle qui fit confiance à Georges-Henri Pingusson pour construire ce « monastère laïc » voué aux plaisirs du corps et de l'esprit se dessine une histoire aussi folle que les années durant lesquelles elle s'est déroulée.

  • Notes d'un curieux, d'un arpenteur des villes, un architecte qui appréhende la ville comme une bibliothèque à ciel ouvert et qui s'interroge sur ce qu'il voit.

  • L'amour du travail bien fait, l'observation et la compréhension des matériaux ont conduit Freyssinet à une invention qui a révolutionné l'art de bâtir : le béton précontraint.
    Aux ignorants, il l'expliquait en prenant dans sa bibliothèque une vingtaine de livres et en les pressant horizontalement entre ses mains comme un presse livres : " Si j'étais assez fort, vous pourriez tenir sur ces volumes comme sur un pont, ajoutait-il. Mais que je lâche et tout s'écroule. " De façon aussi simple, aussi claire, Freyssinet amène le lecteur à comprendre comment l'idée germa dans sa tête : une idée neuve décrite de l'intérieur.

  • Deux mille logements sociaux aux espaces chaque fois différenciés, accompagnés chacun de terrasses plantées en étage, dans une douzaine de quartiers piétons peu denses, mixtes, aux formes diversifiées.
    Vingt collèges pourvus d'espaces ouverts aux pédagogies nouvelles, des centres commerciaux intégrés en centre ville, deux parcs, une zone d'activité à l'architecture maîtrisée par la collectivité, une première oeuvre offerte à vingt jeunes architectes, tel est le bilan de la société d'aménagement de la Seine Saint-Denis animée de 1974 à 1994 par l'auteur. Dans les rapports complexes et parfois conflictuels avec les autres partenaires : architectes, Villes, Etat, banques, entreprises, cet outil d'économie mixte a expérimenté la construction d'un tissu de ville différent, des cités-jardins contemporaines, à la manière d'un laboratoire urbain.
    /> Quand les banlieues abusives construites depuis quarante ans implosent, ses enseignements interpellent chaque citadin-citoyen.

  • De Brunelleschi à nos jours, l'architecte a perdu la plus grande partie de son pouvoir. Entre normalisation et flatterie, le pouvoir politique l'a marginalisé, pas toujours volontairement. L'évolution technique a fait le reste. Accentuée dans les années 1950 par l'industrialisation de la construction et l'émergence des bureaux d'étude, cette « marginalisation » écarte l'architecte de la réelle maîtrise d'oeuvre, laissant la décision au tête-à-tête de la finance et de la technique.

  • La construction, de ces dix-huit logements HLM dans les ruines d'un petit village du Vaucluse reste exemplaire au moins à trois titres.
    Elle est une leçon d'architecture par la façon dont Pingusson a respectueusement inséré une architecture moderne dans un tissu et des " pans de murs " anciens. Elle fut aussi une leçon pédagogique, car réalisée avec ses élèves comme chantier d'apprentissage, et de désintéressement, car il le fit gratuitement. Grâce aux lettres qu'il adressa à ses élèves, c'est presque un journal de l'opération que le lecteur est invité à suivre.

  • A l'origine de la vocation d'architecte de Le Corbusier, il n'y a ni une détermination personnelle, ni une tradition familiale, mais l'autorité d'un professeur. Enseignant le dessin à de futurs graveurs de montres, dans cette capitale de l'horlogerie qu'était La Chaux-de-Fonds vers 1900, Charles L'Eplattenier avait entrepris de détourner ses meilleurs élèves d'un métier appelé à disparaître, pour les orienter vers les arts décoratifs du bâtiment, et constituer ainsi le fer de lance d'un style local, quoiqu'inscrit dans la mouvance internationale de l'Art nouveau. Au sein de l'équipe, le jeune Charles-Édouard Jeanneret avait reçu le rôle pivot d'architecte, mission difficile qui l'avait obligé à un long périple d'apprentissage loin de chez lui. Les lettres qu'il écrit à son maître, durant ces années d'itinérance, sont un document poignant sur la formation de l'architecte, comme sur le mouvement d'art suisse dont il était la pierre angulaire et qui fut torpillé en 1914.

  • À l'écart de la « communication » qu'il exécrait, Riboulet a construit une oeuvre qui frappe par sa cohérence : une continuelle adaptation de « la révolution moderne » des années 1920 aux hommes de notre temps. Alors qu'il sait que ses jours sont comptés, il retrace ici son itinéraire avec l'humilité de celui qui sait « ce qu'il reste à faire, à construire dans tous les sens du terme » et la fierté de celui qui pense qu' « un architecte doit garder cette capacité de révolte qui fonde son travail. »

  • Cet ouvrage est le troisième de la série intitulée Lettres à ses maîtres, dont le premier, Lettres à Auguste Perret, est paru en 2003 et a déjà été traduit en italien, le deuxième, Lettres à Charles L'Eplattenier, est paru en 2006.


    À la différence des deux premiers livres toutefois, ce livre reproduit aussi les lettres de son correspondant, William Ritter (1867-1955), qui fut pour Le Corbusier une sorte de confesseur et de confident tout autant qu'un maître. Mal connu en France, sans doute par ce qu'il était davantage tourné vers l'Europe centrale, Ritter était un écrivain voyageur, romancier, poète et essayiste, de vingt ans l'aîné du jeune architecte. Il fut son véritable mentor intellectuel, dégrossissant ce « sauvageon » venu de ses alpes romandes qui le fascinait par son aplomb et par ce qu'il pressentait en lui de génial. Le Corbusier lui est resté fidèle jusqu'à sa mort, survenue vingt ans avant la sienne.

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