Belin

  • Staline

    Oleg Khlevniuk

    Dans son dernier ouvrage, Oleg Khlevniuk renouvelle en profondeur, par une connaissance remarquable des archives personnelles de Staline et des archives du Politburo, le genre de la biographie politique du dictateur. A partir d'une analyse critique des sources, Oleg Khlevniuk démonte les innombrables légendes (Staline « commanditaire du meurtre de Kirov », Staline « paranoïaque », Staline, « adepte d'une frappe préventive contre l'Allemagne », etc) pour ne retenir que l'épure : les mécanismes politiques de l'ascension d'un « homme des confins de l'Empire », dépositaire d'une culture de « clan », puis les ressorts du mode de gouvernance stalinien, fondé sur un interventionnisme de tous les instants et un travail quotidien titanesque. Les chapitres sur le « Grand Tournant » du début des années 1930, la « Grande Terreur » de 1937-1938, la conduite de la « Grande guerre patriotique » ou le « second stalinisme » d'après-guerre, déconstruisent, sur des points capitaux, les deux grandes interprétations dominantes (« totalitariste » et « révisionniste ») de l'histoire soviétique de ces décennies. Au-delà de la biographie du dictateur, c'est une interprétation nouvelle du stalinisme, fondée sur une connaissance exceptionnelle des grands fonds d'archives, que nous propose Oleg Khlevniuk dans son dernier ouvrage qui a reçu le prestigieux 2016 Prose Award décerné par un panel des grandes universités américaines.

  • 400 cartes pour 1 500 ans d'histoire : de 481 à 2005, de Clovis à Chirac, cet atlas inédit permet de parcourir en tous sens l'espace-temps de ce qui deviendra, progressivement, la France. Il multiplie les perspectives, confronte les angles de visions et les jeux d'échelle (internationale, nationale, régionale, locale), afin de localiser, de représenter, le plus justement possible, une France plus que jamais plurielle, construite par la juxtaposition de mondes divers, ouverts ou cloisonnés. Au plus près du vécu. On y découvrira une histoire imprévisible et tourmentée, conflictuelle et mobile, avec des frontières vivantes, mouvantes, au fil des querelles, des guerres, des coups de main, des litiges, des successions, des rapports de force. D'autres cartes visualisent les paysages, les terroirs, les institutions, les coutumes, les activités économiques, les villes, les croyances, les cultures, afin de mettre en valeur l'infinie richesse de multiples France marquées du sceau de la diversité.

    « OEil de l'historien », la carte unit l'espace et le temps : de la particule élémentaire (quelques maisons de village, quelques champs, une seigneurie) qui compose le corps territorial, à « l'économie monde » qui connecte le territoire de la France aux autres espaces de la Terre, cet Atlas, fruit d'une somme impressionnante de reconstitutions historiennes, offre par la pluralité des thématiques cartographiées, le moyen de rendre compte et de visualiser la profusion des activités, des vies, des institutions, des événements qui ont construit, au fil des siècles d'une histoire en perpétuel mouvement, la « nation France ».

  • Depuis 500 ans, la renommée de Catherine de Médicis est livrée aux jugements les plus opposés. Dénoncée par les uns, exaltée par les autres, son nom est entaché de la violence des massacres de la Saint-Barthélemy. Sa réputation masque pourtant une personnalité complexe. Femme de réflexion et d'action, d'une indomptable énergie, soucieuse de préserver la grandeur de la monarchie, elle s'est engagée dans une politique intraitable en intervenant sans relâche auprès de ses fils, au nom desquels elle a régné pendant près de trente ans.
    Catherine de Médicis était certainement une diplomate de génie. En digne petite-fille de Laurent le Magnifique elle se manifesta aussi très tôt mécène, la bâtisseuse, collectionneuse d'objets d'art rares et précieux, s'entourant des plus grands artistes romains ou toscans.

  • L'histoire de Françoise d'Aubigné, épouse Scarron puis marquise de Maintenon, évoque ces contes de fées où les bergères épousent des rois. Elle constitue sans doute l'exception la plus spectaculaire à la règle des barrières sociales de l'Ancien Régime.
    Entrée dans l'histoire par la porte de service, Françoise y accomplit l'une des plus fabuleuses aventures du XVII siècle. Son éducation, son premier mariage, son veuvage, sa rencontre avec Mme de Montespan, ses premiers contacts avec la cour, sa mission auprès des bâtards royaux, l'affaire des Poisons ont été autant d'étapes sur le long chemin, que rien ne laissait prévoir, de l'incroyable ascension qui devait la rapprocher de Louis XIV, au point qu'elle finit par épouser le plus grand roi de l'époque, au faîte de sa puissance et à l'apogée de son règne.
    L'histoire de Madame de Maintenon s'envisage ici moins comme le portrait d'un caractère, d'une personnalité, d'un destin, que comme l'étude et l'exploration de l'époque à laquelle il a appartenu, de la société qu'il a fréquentée, des liens qu'il y a noués. La prodigieuse ascension de cette personnalité d'exception s'explore par l'analyse de son réseau de relations sociales, soigneusement constitué pendant son premier mariage et son veuvage, mais aussi le fonctionnement de la Cour : un nouveau système prêt à admettre ce type de profil social, qui évoque certains grands serviteurs de l'État.

  • Vainqueur de Marignan, prince de la Renaissance ou pantin manipulé par les femmes de son entourage, François Ier est en vérité bien autre chose que ce que les images d'Épinal ou les portraits à charge ont voulu faire de lui. Derrière la majesté et la stature du roi, on trouve un compagnon simple, amical et spontané.
    Derrière le géant sympathique et débonnaire, un roi autoritaire qui brise parlements, grands féodaux et favoris. Derrière le souverain absolu, un roi qui s'efforce de régner par consensus. Derrière le luxe des châteaux, les rudes campements de chasse ou de campagnes militaires.
    Nourri d'archives inédites, notamment italiennes, Cédric Michon nous livre à la fois une analyse du règne et un portrait empathique de François Ier. En évoquant le rôle de Louise de Savoie ou de la duchesse d'Étampes, en soulignant l'influence des favoris et en donnant à comprendre la portée de la bataille de Marignan comme du désastre de Pavie, il nous présente celui qui fut peut-être le dernier roi chevalier et le premier souverain absolu de l'histoire de France.

  • Des révolutions anglaises à nos jours, Mathilde Larrère et cinq spécialistes de l'histoire des révolutions dressent un panorama des grandes révolutions qui ont fait basculer l'histoire politique contemporaine. A travers le récit de chaque épisode, se dessinent des invariants et des spécificités, des circulations et des références communes. De la prise de la Bastille à la proclamation de la Commune de Paris, des soviets de Petrograd à l'entrée des barbudos à La Havane, du printemps des Peuples aux manifestations de la place Tahrir : d'une révolution à l'autre, les idées, les symboles, les tactiques, les mots d'ordre révolutionnaires circulent et se répondent. Cet ouvrage propose une histoire mondiale des révolutions pour mieux comprendre quand, comment et pourquoi les peuples se lèvent pour faire l'histoire.

  • L'au-delà, le devenir de l'âme, la mort, sont au coeur des pensées religieuses. Les chrétiens des premiers temps prient, cherchent à intercéder par leurs dévotions pour le salut de l'âme de leurs proches défunts. Le monde des vivants est intimement et quotidiennement lié à celui des morts. Au cours des IIIe et IVe siècles, alors que le christianisme, de religion persécutée, devient religion d'Empire, la richesse des grandes familles infléchit la conception du Salut : les dévotions s'accompagnent de donations fastueuses qui financent les plus riches trésors d'églises et les plus somptueuses constructions de marbre du monde occidental. Le blanc manteau d'églises se constitue, les chapelles funéraires se multiplient, la richesse personnelle et les actes de générosité envers l'Église et ses saints devenant un élément clé dans la recherche de la Rédemption. Ce retournement économique et social provoque des débats doctrinaires houleux au sein de l'Église sur l'argent et ses usages. Peter Brown éclaire ce lien entre Église, doctrine chrétienne et fortune séculaire en étudiant les pratiques et les controverses dans l'ensemble du monde occidental, de l'Afrique du Nord à l'Irlande, de l'Espagne à Babylone, entre le IIIe et le VIIe siècle. Il rend intelligibles, avec finesse, vivacité et une poignante clarté une pensée religieuse profonde et complexe, notamment celles de saint Augustin, saint Colomban ou encore Grégoire de Tours.

  • L ouvrage propose une histoire des femmes et du genre dans le cadre des programmes scolaires d histoire.

  • L'homme préhistorique était aussi une femme : cette évidence n'avait guère effleuré les premiers préhistoriens, et la question de la place et du rôle de la femme est longtemps restée marginale dans les enquêtes sur la préhistoire.
    C'est l'" homme préhistorique ", artisan, chasseur, artiste, conquérant, qui a surtout alimenté les débats scientifiques. la femme, elle, fut souvent considérée comme tristement passive et reproductrice, et livrée aux fantasmes, aux mythes inspirés de la bible, ou aux lieux communs colportés depuis le 19e siècle. aujourd'hui, la célébrité de " lucy " et de l'" eve africaine " témoignent d'un intérêt nouveau pour l'existence des femmes depuis les époques recalées du paléolithique.
    Il est temps, en effet, de s'intéresser à cet acteur essentiel du monde de nos origines, et de donner une visibilité à cette moitié de l'humanité prétendument " invisible " aux archéologues. cet ouvrage interroge de façon critique l'histoire des idées et des preuves - en particulier celles tirées des somptueuses représentations de femmes dans l'art préhistorique - pour tenter de dessiner une image plus vivante et plus vraie de nos lointaines ancêtres.

  • « Je suis fait pour combattre le crime, non pour le gouverner », s'exclamait Maximilien Robespierre à la barre de la Convention la veille de sa chute, le 8 thermidor an II : la formule est caractéristique de sa passion et de son emphase. Elle fait partie de l'abondant florilège qui alimente aussi bien les critiques contre le tribun intolérant que les louanges envers l'homme politique intègre. Tellement intègre d'ailleurs, qu'il finit par agacer le Danton imaginé par Georg Büchner, qui lui lance : « Robespierre, tu es d'une probité révoltante ». Instigateur des horreurs perpétrées sous la « Terreur », homme d'État rigide, implacable et déshumanisé pour les uns ; héros et héraut des droits de l'homme, dirigeant incorruptible, bouc émissaire pour les autres (moins nombreux cependant) : admirateurs ou contempteurs, rares sont les indifférents lorsque l'on évoque la figure de Robespierre.
    La Révolution française a transformé des anonymes en figures de premier plan. Robespierre est l'un de ces anonymes brusquement devenus célèbres. Comment un banal avocat d'Arras, promis à une traditionnelle carrière locale, s'est-il trouvé propulsé en quelques mois à l'avant-scène de l'actualité ? Comment a-t-il pu concentrer sur sa personne une bonne partie du ressentiment contre ce que l'on a appelé la Terreur ?
    Pour répondre à ces questions, Cécile Obligi a choisi de donner la parole au principal intéressé : Robespierre lui-même. Elle nous fait ainsi découvrir ou redécouvrir un orateur de grande classe et un penseur politique important, que la légende noire a fait oublier trop longtemps.

  • Une vie au goulag, récit autobiographique de Dimitri Vitkovski, est un document exceptionnel, cité pourtant par Alexandre Soljenytsine en ouverture de L'Archipel du Goulag.
    Écrit dans les années soixante, ce récit est une plongée dans l'univers concentrationnaire de la Russie soviétique. Il décrit, sur près de trente ans, une vie de captivité entrecoupée de très courts répits de liberté. Dimitri Vitkovski est pour la première fois arrêté en 1926, deux ans après la mort de Lénine. Il a vingt-cinq ans. Ce n'est qu'en 1954 qu'il sera autorisé à rejoindre enfin les siens à Moscou.
    Déportation dans les profondeurs des forêts sibériennes, travail de bagnard dans les îles Solovki, tortures, interrogatoires, peur et survie : Dimitri Vitkovski, ingénieur devenu zek, accusé sans preuve mais lourdement condamné, décrit le monde des persécuteurs et des prisonniers, les vagues de terreur, le monde du camp perdu au bout du monde, face à la nature belle et hostile. Un document pionnier, un texte poignant.

  • Les printemps arabes ont montré au monde que l'idéal révolutionnaire, qu'on avait cru enterré sous les décombres du mur de Berlin puis réservé aux manuels d'histoire, n'est pas mort : la révolution semble redevenue le moteur, ou du moins l'un des moteurs, de l'histoire. Or, parmi les acteurs, les témoins et tous les spectateurs de ces révolutions, se fait sentir un « besoin d'histoire ». Mots d'ordre, symboles et icônes : citoyens, militants, hommes politiques et journalistes n'ont de cesse d'en appeler au passé, de 1789 aux révolutions de fleurs ou de velours du début du XXIe siècle. Les révolutions semblent porter en elles le poids de l'histoire.
    En 240 pages, l'ouvrage aborde d'une part les révolutions dans le monde selon un fil chronologique et étudie, d'autre part, des objets transversaux dans des pages thématiques qui travaillent sur le temps long (les femmes, les modes de combats, les symboles, les figures de la Liberté guidant le peuple...). S'appuyant sur l'historiographie la plus récente, associant l'analyse d'images et le récit historique, il met en lumière la naissance et la circulation des idées, des symboles, des pratiques et des références révolutionnaires de la Glorieuse Révolution anglaise aux plus récents événements de Tunis ou du Caire.

  • Près d'un siècle après sa mort, Eugénie de Guzman, dernière souveraine des Français, reste largement une inconnue. Fille d'un officier espagnol rallié au Premier empire, élevée au rang d'impératrice des Français par le voeu de Louis-Napoléon Bonaparte, celle dont chacun loua en son temps la grâce autant que le fort caractère mérite mieux que le portrait réducteur, hostile par principe ou exagérément flatteur, qu'ont tracé d'elle ses nombreux adversaires ou ses rares partisans.
    Soucieuse de bien jouer son rôle d'impératrice, elle ambitionna comme souveraine de se hisser au niveau de Blanche de Castille et d'Anne d'Autriche. Mais en véritable héroïne de théâtre, elle ne put échapper à une destinée fatale marquée par l'effondrement du Second Empire, puis par la disparition de son mari et de son fils.
    Femme de courage et femme d'honneur, elle s'affirma alors dans le malheur et l'oubli autant qu'elle l'avait fait dans le bonheur et la lumière. Ultime représentante d'un passé révolu de fastes et de grandeurs, elle incarne encore la majesté tragique.

  • Histoire d'un mythe national.

    Jeanne d'Arc, patriote et martyre, héroïne féminine au sommet du panthéon national, est une figure centrale de l'histoire de France. Sa mémoire est au coeur d'enjeux politiques dont on sait peu qu'ils ont été mouvants : avant d'être la figure de proue de l'extrême droite, elle a été tour à tour fille du peuple en armes, restauratrice de la monarchie, patriote trahie par son roi et l'Église...

    Son histoire et sa mémoire ont été le jeu d'appropriations multiples et antagonistes qui prennent leur source dans ses procès même : condamnée au bûcher comme hérétique et réhabilitée quelques années plus tard afin de légitimer le règne de Charles VII qu'elle a soutenu. Gerd Krumeich retrace, à partir de la Révolution française, les usages de l'histoire de Jeanne d'Arc. Il nous rappelle qu'elle a un temps représenté le parcours d'une simple fille du peuple qui, par son action et ses souffrances, aurait donné naissance au nationalisme français. « Souvenons-nous toujours, Français, que la Patrie chez nous est née du coeur d'une femme, de sa tendresse et de ses larmes, du sang qu'elle a donné pour nous », écrit Michelet. Cependant, d'héroïne de gauche, elle devient, au cours du XIXe siècle, le symbole d'un nationalisme conservateur. Jeanne marque l'impossibilité de trouver un consensus politique qui aurait permis aux « deux France » de se réconcilier. Gerd Krumeich, en analysant les évolutions d'un mythe, fait finalement une histoire du nationalisme français.

  • Le général de Gaulle a été le législateur de la Ve République, fondée en 1958. De longue date, l'ancien chef de la France libre a voulu changer les institutions françaises, responsables de l'impuissance et de l'instabilité gouvernementales. Sa volonté était avant tout de donner au pouvoir exécutif, dans la personne du président de la République, une indépendance et une force dont le privait la république parlementaire. Par deux fois, il échoue, en 1944-1945, face à la nouvelle Assemblée constituante ; en 1947-1951, après avoir créé le Rassemblement du peuple français (RPF).C'est finalement l'enlisement dans la guerre d'Algérie, dû à la faiblesse des gouvernements de la IVe République, qui lui offre l'occasion d'instaurer un nouveau régime républicain selon ses voeux. À travers 25 textes choisis et commentés, on pourra mesurer l'importance et l'action du général de Gaulle qui a réussi à redresser un système politique impuissant.

  • La maîtrise du danger, jusqu'à la recherche vaine d'un « risque zéro », est devenue l'une des facettes de la modernité. Jadis, la mer a largement mais étrangement participé à l'appréhension du risque. Ce milieu a constitué pour les périodes anciennes une sorte d'immense réservoir où, aux sources de « la fortune », venait s'adjoindre un ensemble de constructions imaginaires, généralement monstrueuses, comme pour mieux souligner la malignité native du milieu océanique. À la violence des éléments à laquelle devaient faire face ceux qui prenaient la mer, s'ajoutait une inclination logique à le peupler de créatures horribles et diaboliques qui accroissaient l'éventail des aléas jusqu'à celui, ultime, d'être immergé définitivement dans les abysses de ce monde infernal.

    De l'imaginaire de la peur aux réalités du risque en mer, les auteurs nous entraînent dans un récit peuplé de naufrages, d'animaux fabuleux, de piraterie, de flibuste, et de la peur de l'autre aussi.

  • Détesté par les uns, adulé par les autres, Jean-Paul Marat est le plus controversé et le plus méconnu des grands acteurs de la Révolution française. Médecin et penseur au temps des Lumières, il subit l'hostilité ou l'indifférence de Voltaire et de Condorcet. Journaliste engagé, Marat illustre l'explosion de la presse d'opinion, le quatrième pouvoir, à travers son quotidien, l'Ami du Peuple, au fil de 685 numéros souvent censurés et publiés dans la clandestinité. Élu à la Convention, accusé d'aspirer à la dictature, associé à Danton et Robespierre, il est acquitté triomphalement par le Tribunal révolutionnaire, avant d'être assassiné, le 13 juillet 1793, par Charlotte Corday.

    Après sa mort, sublimée par le tableau de David, commence pour Marat une existence posthume, non moins agitée que la première. Héros d'un culte inouï rendu au « martyr de la Liberté » pendant la Terreur, il devient ensuite un anti-héros absolu, victime d'une « dépanthéonisation » spectaculaire. Dès lors, des mythes tenaces, des légendes inconciliables - dorée ou « maratiste », d'un côté, noire ou « anti-maratiste », de l'autre - s'affrontent et brouillent notre compréhension du personnage.

    Recentrant les analyses sur les documents et les archives, donnant la parole au principal intéressé, Serge Bianchi se propose de réduire, voire d'abolir, le fossé creusé entre ces mémoires si contrastées et la biographie de celui qui se voulut « l'Ami du Peuple ».

  • Acquapendente, janvier 1633. Galilée, convoqué par le Saint-Office pour « avoir tenu et cru la doctrine fausse et contraire aux Saintes Écritures que le Soleil est le centre du monde », se retrouve en quarantaine à cause d'une épidémie de peste. À Rome, son Dialogue sur les deux grands systèmes du monde a causé le scandale et provoqué l'ire de son protecteur Urbain VIII. Le savant toscan, malade et à moitié aveugle, va devoir répondre de ses écrits...

    Il met ce temps à profit pour repenser à sa vie, fantasmer le futur, tout en craignant de ne jamais revenir des mains de l'Inquisition. S'adressant directement au lecteur, il cherche à justifier sa version des faits avant d'être englouti à jamais par l'histoire... livrant ainsi un témoignage intime sur sa vie étonnante, ses découvertes, ses succès, ses combats, et la vie tumultueuse de son époque.

    Dans ces vrais-faux Mémoires, tour de force littéraire mêlant véracité historique et imaginaire, Daniele Vegro livre un portrait haut en couleur d'un Galilée plus vrai que nature, partageant sans retenue doutes, passions, émois et colères. Et nous révèle, derrière le savant de génie dont les découvertes en astronomie et en physique vont bouleverser le monde, l'homme, truculent, passionné, irrévérencieux... et impitoyable démolisseur de dogmes.

  • Jean Zay (1904-1944), jeune ministre de l'Éducation nationale et des Beaux-arts du Front populaire, a fait constamment l'objet d'attaques virulentes de la droite antisémite et anti-républicaine, pour qui il était l'homme à abattre. En octobre 1940 à l'issue d'une parodie de procès, il est condamné pour désertion par le régime de Vichy, alors même qu'en 1939, il s'était engagé volontaire pour partir se battre au front, ce dont le dispensaient ses fonctions ministérielles. Il restera 4 ans emprisonné, jusqu'au 20 juin 1944 où des miliciens le font sortir de la prison de Riom pour l'assassiner dans un bois et enfouir sommairement son corps.
    En prison, Jean Zay a écrit des milliers de pages pour combattre la solitude, témoigner et lutter contre l'anéantissement. Ce livre regroupe l'essentiel de ses écrits :
    - Plusieurs centaines de lettres écrites à sa famille, à ses amis (le résistant Marcel Abraham, Pierre Mendès France, etc.) qui montrent son ouverture au monde, en dépit de son emprisonnement ;
    - « L'affaire Jean Zay », un texte où Jean Zay, lui-même avocat, démonte de façon rigoureuse la parodie de procès et les accusations mensongères qui l'ont condamné ;
    - Ses Carnets de prison, tenus quotidiennement ;
    - De nombreux annexes : une chronologie biographique et historique, un glossaire des personnages cités et des noms cryptés utilisés par Jean Zay et un index ;
    - Un cahier hors-texte avec des documents inédits : photos, fac-similés et documents.

  • Pilier de l'islam, le pèlerinage à La Mecque est à l'origine du plus grand rassemblement humain au monde. Née aux premiers temps de l'islam, cette pratique n'a cessé de croître, s'inscrivant dans une histoire qui mêle les dimensions religieuses, politiques, sociales, économiques ou encore sanitaires. Au cours du xixe siècle, le voyage à La Mecque prend un essor inédit et cesse d'être une affaire exclusivement musulmane : les puissances coloniales s'attachent à gouverner administrativement ce vaste mouvement touchant chaque année plusieurs dizaines de milliers de leurs ressortissants. La communauté internationale se mobilise pour assurer un strict contrôle sanitaire de ces rencontres qui catalysent les risques d'épidémies. Avec la fin des empires coloniaux, le pèlerinage entre dans l'histoire de reconfigurations géopolitiques, qui demeurent jusqu'à aujourd'hui au coeur des enjeux de la région.
    En retraçant l'histoire du voyage à La Mecque, Sylvia Chiffoleau nous plonge dans le quotidien des pèlerins et nous montre que ces croyants, au fil du temps, expérimentent les territoires de la modernité.

  • Le mythe d'Oedipe

    Bettini/Guidorizzi

    • Belin
    • 24 Août 2010

    Héros, roi, incestueux, parricide, à la fois père et frère, fils et mari. Comment définir OEdipe ? A-t-il une place parmi les hommes ou, dès sa naissance, le destin l'a-t-il séparé à jamais des humains ? Mais, s'il est « hors de l'humanité », comment expliquer alors la remarquable pérennité du mythe ? Son importance pour Freud, Nietzsche ou Kafka ?
    C'est un OEdipe complexe, aussi énigmatique que le Sphinx qu'il a vaincu, qui apparaît à la lecture de cet ouvrage. Il nous montre combien il peut être difficile de répondre à la question « qui suis-je ? », tant les réponses sont nombreuses et contradictoires.
    « Son destin ne nous émeut que parce qu'il aurait pu être aussi le nôtre, parce qu'avant notre naissance l'oracle a lancé la même malédiction contre nous et contre lui. » Freud.

  • Les volumes de l'Histoire de France étant destinés à devenir des classiques, nous en proposons les grands thèmes sous une forme plus accessible et moins volumineuse.
    Clovis, le premier, s'est désigné comme le " roi des Francs ", un titre que s'attribuera encore, des siècles plus tard, Louis-Philippe, et qui sera gravé, en 1836, sur le socle de l'obélisque de place de la Concorde. Charles Mériaux montre ici comment s'est construit l'espace politique de la France. Il pose la question des origines de la nation, en confrontant origines fantasmées et réalités historiques. Ces royaumes des Francs dessinent un monde à la charnière de l'Antiquité et du Moyen Âge naissant, au moment où s'efface la gloire de Rome.

  • Sahara ; le grand récit

    Michel Pierre

    • Belin
    • 19 Novembre 2014

    Ce livre est un livre d'histoire. Histoire climatique d'abord, de la transformation d'un immense espace de savane peuplé d'hommes et de grands animaux en le plus grand désert du monde, à cause de la sécheresse croissante au cours des millénaires. Histoire aussi des différentes civilisations qui ont affronté ces changements de leur milieu de vie, qui ont vécu sur ses marges, l'ont conquis et traversé. Histoire politique enfin, qui retrace sur la très longue durée - des Égyptiens à Al-Qaïda - les différents régimes et empires qu'a connus le grand désert.

  • Nous connaissons le destin tragique de Vatel, cuisinier malheureux du Roi-Soleil, mais l'histoire des festins, du goût et de la convivialité de tout un chacun au siècle de Louis XIV restait à écrire. Cet ouvrage nous installe aux tables de fête, nous décrit les mets préférés des Français et les coutumes de table, de celle du roi à celles des noces villageoises.

    Qu'entend la population du Grand Siècle par « faire bonne chère » ? Où, quand et comment les festins se déroulent-ils dans la France des premiers Bourbons ? Et, surtout, que nous révèlent, sur le fonctionnement de la société française du XVIIe siècle, les pratiques de la bonne chère et les discours favorables ou hostiles qu'elles génèrent ? Les visages de la bonne chère et des plaisirs de table sont innombrables : ce sont ceux des vingt millions de Français et non des seules élites repues, ce sont des visages masculins et féminins, ceux d'enfants, d'adultes et de vieillards, de catholiques et de protestants plus ou moins dissemblables dans leur rapport à la bonne chère, de libertins et de (faux) dévots, même parfois ceux des « sauvages » de Nouvelle-France à la fois si loin et si proches. La pratique de la bonne chère est avant tout un rapport à l'autre, et à soi, une histoire de corps, celui parfois grotesque des romans comiques ou naturellement corpulent des marchands de bouche, celui du teint frais et printanier de l'individu en bonne santé au corps souffrant du goutteux.
    Aborder les cultures alimentaires du XVIIe siècle par et pour elles-mêmes à partir des visages de la bonne chère, autrement dit comprendre comment la définition et l'expression du bien boire et du bien manger ensemble contribuent à la construction des identités - sociales, sexuelles, générationnelles, religieuses, provinciales ou nationales -, permet d'aborder non seulement l'histoire de la (grande) cuisine mais aussi de celle d'un pan essentiel de la culture d'Ancien Régime.

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