Belles Lettres

  • Neil MacGregor propose une approche audacieuse et originale de l'histoire mondiale, explorant les civilisations du passé par les objets qui les caractérisent. Une Histoire du monde en 100 objets s'ouvre sur l'un des objets les plus anciens produits par la main de l'homme, un hachoir des gorges d'Olduvai en Afrique, et se conclut sur des objets emblématiques du monde dans lequel nous vivons aujourd'hui, comme la carte de crédit ou la lampe solaire.
    Vue par les yeux de l'auteur, l'histoire est un kaléidoscope :
    Changeante dans le temps et dans l'espace, interconnectée, toujours surprenante, elle conditionne notre contemporain en des termes que nombre d'entre nous sont loin d'imaginer. Une colonne de pierre nous raconte comment un grand empereur indien invitait son peuple à la tolérance, une pièce de huit espagnol nous montre la naissance de la monnaie unique, un service a thé du début de l'ère victorienne nous montre le poids d'un empire.

  • Ce livre est un récit. L'auteur raconte, « comme si nous passions un moment ensemble dans un café », l'histoire du monde vue par la tradition musulmane :
    Quand commence-t-elle ? quels sont ses grands moments, ses bouleversements, sa direction ?
    Tamim Ansary met devant les yeux du lecteur occidental l'ensemble des éléments (position géographique, patrimoine littéraire, grandes figures, tradition religieuse) conditionnant la perception de l'histoire du monde et des civilisations par la société musulmane.
    Jusqu'au XVIIe siècle, le monde musulman et l'Occident se sont développés indépendamment l'un de l'autre. Ils ont constitué deux univers séparés, chacun préoccupé par ses affaires internes et dépositaire d'une tradition propre. L'Occident a périodisé son histoire, avec par exemple une Renaissance succédant au Moyen Âge, avec la marche contemporaine vers un capitalisme démocratique aux yeux duquel l'essentiel du monde musulman apparaît comme un ensemble de « pays en développement », tentant péniblement de rester dans la course. Le monde musulman a fait le même travail : il a organisé son récit historique, donné un sens au mot « civilisation », forgé une forme et une direction à son histoire. Tamim Ansary montre combien ce « récit mondial » islamique diffère de son homologue européen. Il explique pourquoi ces deux mondes sont restés si longtemps étrangers l'un à l'autre. Il évoque enfin le moment où ces deux mondes sont entrés en contact, et l'émergence dans le monde musulman du sentiment que l'Occident - longtemps perçu comme arriéré et désordonné - avait en quelque sorte pillé son destin.

  • Aujourd'hui encore, Jacques de Molay fascine. Parmi les vingt-trois grands-maîtres qui se sont succédé à la tête de l'ordre du Temple entre 1120 et 1312, il est sans doute le seul dont le public intéressé par l'histoire conserve la mémoire. Les Rois maudits de Maurice Druon l'ont immortalisé et de récents supports, du Da Vinci Code à Assassin's Creed, ont répandu son nom dans le monde entier. Pourtant, s'il est ancré dans le mythe, Jacques de Molay n'a guère captivé les historiens. Il est un « inconnu célèbre », d'ordinaire déprécié, sur lequel bien des incertitudes persistent jusque pour ses dates essentielles - sa naissance, son élection ou même sa mort. Les traces de son action, toutefois, sont loin d'être indigentes. Ces sources, étudiées de façon systématique et confrontées aux différentes mémoires existantes, offrent un nouvel éclairage sur le grand-maître : débarrassé des stéréotypes, Jacques de Molay peut enfin sortir de l'ombre.
    Trois parties structurent le livre. La première traite des images du dignitaire, révélant comment, à partir du début du XIXe siècle, un archétype du héros tragique s'est mis en place. La seconde s'attache à l'homme et analyse son parcours pour établir la manière dont il s'est élevé jusqu'au sommet du Temple au sort duquel, de la Terre sainte aux geôles de Philippe le Bel, il s'est identifié. Les engagements de Jacques de Molay, enfin, sont au coeur de la troisième partie. Le soutien à l'Orient latin et la défense de son ordre, qu'il s'est efforcé d'adapter au mieux à une conjoncture lourde de périls, ont été les priorités de cet homme ferme et entreprenant, bien loin de l'incapable que trop d'auteurs décrivent. Ainsi, jusque dans la tourmente du procès du Temple, il a cherché à sauvegarder son institution puis arrêtée la perte de celle-ci, à en préserver la mémoire face aux juges et à la mort : il le fit, le 11 mars 1314, en rétractant des aveux arrachés six ans et demi plus tôt sous la torture, prêt à affronter le bûcher et à réaliser ce sacrifice ultime de sa vie dont la postérité l'a vengé en y trouvant, au fil des siècles, l'assurance croissante du martyre.

  • La mesopotamie

    Glassner J-J.

    Les guides belles lettres des civilisations proposent un voyage dans le temps et l'espace (egypte, grèce, rome, inde, chine, japon.
    ) et s'adressent aux étudiants, aux curieux d'histoire et de civilisations, aux voyageurs. ouvrages pratiques et raisonnés de culture générale sur les principales civilisations anciennes qui nous ont laissé une trace écrite, ils proposent au lecteur les clés nécessaires pour comprendre un texte ancien ou un livre d'histoire, ils l'aident à en déchiffrer les allusions, à en élucider les difficultés.
    Oubliée pendant de longs millénaires, l'histoire de la mésopotamie est reconstituée progressivement par les chercheurs depuis le milieu du xixe siècle.
    Loin du despotisme oriental et des fastes exotiques, trois civilisations, sumer, assur et babylone, revoient le jour grâce aux efforts conjugués des historiens et des archéologues. ce livre propose une rencontre avec des hommes d'un autre temps.
    Leur conception pratique permet à chacun de les utiliser de trois façons : soit les lire en suivant, comme un livre traditionnel, pour découvrir les divers aspects de la civilisation présentée, soit recourir directement à l'une des rubriques qui composent chaque chapitre grâce à une table des matières très détaillée, soit encore se servir directement de l'index très fourni afin de trouver rapidement une information précise.
    Les cartes, tableaux, schémas, permettent, en outre, d'aller à l'essentiel. et une bibliographie choisie et récente offre à qui le souhaite d'amorcer une recherche plus approfondie.
    Les guides belles lettres des civilisations ne sont pas des dictionnaires. toute information recherchée s'y trouve replacée dans le contexte des mentalités de chacune des civilisations étudiées. car il n'est pas possible de comprendre un événement, une loi morale ou le caractère d'un personnage si rien n'est restitué des valeurs qui les justifient.
    J. -n. r.

  • Le présent ouvrage a pour ambition de mieux faire connaître l'histoire complexe de la Turquie, autrefois un immense empire. Il cherche à faire le point sur les recherches en cours, principalement sur l'émergence et l'affirmation de l'identité turque à la fin de l'Empire ottoman et lors de la transition de l'empire à la république. Au cours de cette période, on assiste au renforcement de l'État central, alors que l'empire subit une perte de ses territoires et est soumis à la pression impérialiste des grandes puissances ; dans le même temps, comment un empire multinational et multireligieux peut-il survivre face à la poussée des nationalismes et au désir d'émancipation de certains groupes ethniques ?
    L'ensemble du guide porte sur une durée d'environ un siècle, de la fin du XVIIIe siècle à la naissance de la république de Turquie. Une longue durée donc, qui, bien qu'elle enjambe le passage d'un empire multinational à un État « national », révèle une continuité : c'est en effet une période de réformes impulsées par les élites dirigeantes ottomanes d'abord, puis turques. Elles commencent à l'époque de Selim III, qui monte sur le trône en 1789 au moment où débute notre Révolution française, sont relancées sous Mahmud II (1808-1839), se concrétisent à l'époque des Tanzimat (1839-1876), sont poursuivies sous les régimes suivants (Abdülhamid II [1876-1909], puis les jeunes-turcs [1908-1918]), et enfin trouvent leur apogée à l'époque de Mustafa Kemal Atatürk.

  • Le mythe cosmogonique, qui demande à la vie le secret de ses origines, oscille toujours, dans le recours à l'imaginaire, entre la théorie de l'évolution et celle de la construction du monde.
    Pendant sept ou huit années, Jean-Pierre Otte s'est attaché à rassembler les mythes de l'origine et de la création du cercle Arctique (peuples esquimaux et sibériens), de l'Amérique du Nord, de l'Afrique noire, de l'Océanie et de l'Australie de l'« Ere du rêve ».
    A découlé de cette recherche un premier volume, les Aubes sauvages. Ces dernières sont peu connues, inconnues, introuvables, dispersées ou fragmentaires ;
    Souvent, elles n'ont jamais été traduites de la langue dans laquelle les grands voyageurs, les missionnaires, les premiers ethnographes les rapportèrent. Jean- Pierre Otte s'est efforcé d'amener progressivement cette tradition orale et disparate du monde de l'origine à l'existence écrite. Son travail dans la rigueur n'en est pas moins une transposition poétique, aussi vivante et passionnée que possible.
    Un second volume, Les Aubes enchantées, poursuit l'entreprise étonnante menée par J-P Otte à travers la notion d'enchantement de l'auditoire, nécessaire à la transmission orale. Ces aubes sont aussi celles du désir et de l'amour, comme chez les Tucanos, où le premier homme s'unit à la fille de la Truite ; en Polynésie, c'est encore un héros qui, à chaque étreinte amoureuse, révèle une nouvelle réalité du monde.

  • L'heure qu'il est constitue le premier essai d'une histoire générale de la mesure du temps et de son influence décisive sur la formation de la civilisation moderne. Histoire culturelle tout d'abord : pourquoi l'horloge mécanique a-t-elle été inventée en Europe et pas en Chine ? Histoire des sciences et des techniques ensuite : comment est-on passé des garde-temps primitifs aux chronomètres de haute précision ? Puis histoire économique et sociale : qui a fait ces instruments ? Comment ? Qui s'en est servi et pourquoi ?
    Vaste enquête qui mobilise les domaines les plus variés : religion et folklore, mathématiques et mécanique, astronomie et navigation, agriculture et industrie. Vaste odyssée, qui entraîne le lecteur des cours du Grand Khan à celles du Saint Empire germanique, des observatoires prétélescopiques de la Renaissance aux sociétés savantes de l'Ancien Régime. Vaste aventure, qui passe des routes interminables et mortelles des galions de Manille aux combats chronométriques aussi farouches que silencieux des observatoires de Kew, de Genève ou de Neuchâtel. Quel chemin, de l'atelier encombré de l'artisan du Jura suisse aux usines aux mille fenêtres du Massachussetts ou de l'Illinois et aux sweatshops horlogers de l'Asie du Sud-Est !
    On comprend l'ivresse intellectuelle de l'auteur, David Landes : « Tomber sur un aspect majeur du développement de la société, de l'économie et de la civilisation modernes et constater que, pour l'essentiel, la carte du pays 'a pas été faite, c'est un coup de veine assez rare... »

  • À partir de la Renaissance, la dépréciation des sens et du corps bestial s'élargit à divers cercles laïques. La civilisation des moeurs décrite par Norbert Elias développe le savoirvivre, la pudeur, le refus des inconvenances. Vue et ouïe deviennent de plus en plus les sens nobles, évocateurs du divin, au contraire des sens de proximité, trop liés à l'animalité et à la sexualité.
    L'odorat est le plus visé par les moralistes, car pour eux le diable est dans les déchets, les vapeurs de peste, les excréments humains, le bas du corps, féminin en particulier.
    Si bien que l'autocontrôle de ces enfers, notamment de celui du nez (dont la forme et la longueur sont réputées traduire celles des organes sexuels masculins et féminins), fait l'objet de tous les discours savants, alors que les puanteurs règnent dans cet univers, surtout dans les grandes villes comme Paris ou Naples. Un mécanisme de culpabilisation multiforme invite à rejeter et à sublimer cette part puissamment animale de l'humain.
    Mais il ne s'agit pas encore de faire disparaître les mauvaises odeurs. On traite en effet le mal par le mal, en chassant la peste par l'odeur encore plus épouvantable d'un bouc et en protégeant les orifices du corps et de la peau par des substances odoriférantes fortes. Les parfums, souvent d'origine animale (musc) servent à chasser le démon, mais sont aussi considérés comme des pièges sataniques. Cette ambivalence ne cesse qu'à partir du milieu du XVIIIe siècle, lorsque les parfums, de plus en plus floraux, prennent une place nouvelle dans un monde plus hédonique. Ils participent alors à un processus de sublimation en produisant une barrière olfactive contre les puanteurs externes et les odeurs corporelles.

  • Les purges et la terreur installée par Staline dans l'Union Soviétique des années 1930 ont découragé, chez la majorité des officiers gouvernementaux, toute velléité de témoignages écrits.
    Le journal tenu par Ivan Maïski entre 1932 et 1943 avec une remarquable assiduité, alors que ce dernier se trouvait en poste à l'ambassade soviétique de Londres, fait figure d'exception.
    Gorodetsky, en exhumant et sélectionnant les pages de ce journal, révèle de manière inédite les tensions de l'entre-deux-guerres en Angleterre et en Europe, l'apaisement de l'ère de Munich, les négociations menant à la signature du pacte entre Ribbentrop et Molotov, l'ascension de Churchill au pouvoir, l'invasion de la Russie par l'Allemagne et l'orageux débat à propos de l'ouverture d'un second front.
    La densité historique de ces événements mise à part, c'est l'extraordinaire personnalité de Maïski, reconnu pour sa grande sociabilité lui donnant accès aux personnalités clés de la vie publique britannique, qui se profile entre ses récits. Dans son proche entourage, on rencontre de nombreux politiciens (dont Churchill, Chamberlain, Eden et Halifax), des barons de la presse comme Beaverbrook, des ambassadeurs (Joseph Kennedy), des intellectuels de renom (Keynes, Sidney et Béatrice Webbs), des écrivains (Bernard Shaw, H. G. Wells), sans oublier des membres de la royauté.

  • L'histoire a pu devenir une science ; elle doit rester le théâtre du colloque qui nous permet de dialoguer en tête à tête avec les morts.
    Notre monde connecté nous livre sans défense à la tyrannie de l'instant. L'histoire pourrait en être l'antidote, dans la mesure où elle rassemble l'expérience des peuples. Elle fait lever des ombres venues de la profondeur des âges pour nous faire partager les leçons tirées de la pratique de notre condition. Nous avons entamé un dialogue sans limite avec les vivants. Ce livre se propose de restaurer le dialogue avec les morts en revisitant dans une succession de textes brefs, en forme de courts essais, de nouvelles, un certain nombre d'épisodes de l'histoire universelle pour tenter d'en tirer des leçons. À l'heure où les progrès de l'histoire ont débouché sur une spécialisation à outrance qui a conduit nombre d'universitaires à se retirer dans leur tour d'ivoire pour y jouir entre experts des fruits de leur science, il se propose de renouer avec la méditation des exemples qui a nourri, depuis l'Antiquité, la réflexion.

  • En l'an 166 de notre ère, l'Empereur des Han reçut, dans sa capitale Xian, une "ambassade" annales chinoises l'attestent et en rendent compte avec précision. Mais, cet événement tout à fait extraordinaire pour l'époque est pourtant resté méconnu du public.
    C'est avec un remarquable talent de conteur que Jean Noël Robert nous écrit cet étonnant périple. Après avoir présenté au lecteur une synthèse des connaissances géographiques dont disposaient les Romains et, surtout, la représentation qu'ils pouvaient avoir du Monde et de l'Autre lointain, il 'attache à nous montrer l'image de la C impériale. Les ères ("producteurs de soie") s'étaient fait connaître par l'intermédiaire des commerçants indiens qui livraient à Rome, outre la soie (d'une valeur inestimable), diverses denrées alimentaires ou artisanales. C'est la perspective e telles richesses qui conduisit quelques commerçants à entreprendre un périple absolument stupéfiant, plein d'inconnues et de dangers. L'auteur analyse l'ensemble des voies empruntées, terrestres ou maritimes, les étapes obligées, les difficultés de parcours, l'importance des vents de mousson, les actes de piraterie etc.
    Parfaitement, documenté, écrit de façon attrayante pour un large public, il séduira à la fois les amateurs de récits de voyage, d'histoire antique et, bien sûr des mystères de l'Empire du Milieu.

  • Rome, civilisation des spectacles, est connue pour les jeux du cirque, mais on ignore que le théâtre y tint une place au moins aussi importante.
    Les romains, dès la république, allaient au théâtre dix fois plus que les athéniens.
    Ce livre veut donc rendre justice à la tragédie, la comédie, mais aussi au mime et à la pantomime romaine. car ce théâtre fut aussi profondément original. par la place qu'il tint dans la vie du citoyen romain, comme espace de libertés - liberté politique et libération de l'imaginaire. parle statut ambigu des acteurs véritables stars, ils fascinent les romains, reçoivent des cachets somptueux et sont suivis par des foules d'admirateurs, en même temps qu'ils sont marqués d'infamie et assimilés à des prostitués.
    Par le caractère musical des représentations, chantées et dansées, oú il faut voir l'origine de l'opéra.
    Il est impossible de comprendre ce que fut véritablement rome si l'on ne reconstitue pas ce loisir privilégié du citoyen, qui peu à peu dévora sa vie privée et publique, au point que saint augustin, à la fin de l'empire, définira le romain comme un spectateur, pour ainsi dire, " drogué " de théâtre.

  • On trouvera ici un jeu biographique très libre sur Ernst Kantorowicz (1895-1963), auteur du fameux livre Les Deux Corps du roi. Son parcours avait de quoi intriguer : de la Posnanie à Princeton, en passant par l'Allemagne de Weimar, ce médiéviste autodidacte, essayiste devenu érudit, fut un réactionnaire volontaire dans les corps francs, mais se mêla plus tard aux libéraux et marxistes américains dans la résistance au maccarthysme. En outre cet homme, sans doute plus hautain que discret, effaçait ses traces et ne s'était guère expliqué sur cet itinéraire. L'auteur propose alors des vies parallèles, pour faire entrer le possible aux côtés du réel, miner le privilège de l'individu par une prolifération de personnages, empruntés à des contextes ou des occurrences historiques ou fictionnelles. En rapprochant Kantorowicz de Toller, von Salomon, Scholem, etc., on tente d'extraire l'individu de sa bulle artificielle, sans pour autant le jeter dans la multitude.
    Il s'agissait alors de retrouver un schéma existentiel dominant, au fil des textes, en recherchant moins le secret ou le caché que l'implicite, les plis d'une vie. En effet, la formule existentielle majeure, dans cette oeuvre, semblait être celle de l'appartenance : il importait à Kantorowicz d'appartenir à une totalité souveraine, l'Allemagne, ou l'Empire, ou l'Université. Ce désir d'appartenance, qui traduit une tension entre l'être-dans et l'être-dehors, est à la racine de la métaphore corporelle dans l'oeuvre de Kantorowicz. Cette thématique de l'appartenance construite peut contribuer à faire pièce à la désastreuse notion d'« identité ».

  • En 269 avant Jésus-Christ, les Romains ne craignent pas de s'embarquer sur des bateaux, qu'ils ne savent ni commander, ni manoeuvrer, pour attaquer la puissance maritime des Carthaginois. Devenus les maîtres de la Méditerranée, ils la débarrassèrent des pirates et y fondent même leur Empire, quand Octave met en fuite les navires d'Antoine et de Cléopâtre.

    Ils savent installer des chantiers navals, rénover les ports, entretenir une flotte militaire, favoriser l'essor de la pêche et des compagnies de navigation, développer jusqu'en Inde, en Chine et en Atlantique leurs grandes lignes maritimes.

    Pourtant terriens dans l'âme, ils cuisinent avec raffinement les poissons de mer, consommèrent les huîtres avec passion, raffolent des perles et de la pourpre nées des coquillages ils découvrent les plaisirs de la plaisance, les charmes de la plage et les bienfaits d'une certaine thalassothérapie.

    Les plus riches se font construire de magnifiques résidences en bord de mer, les plus savants réfléchissent aux questions que soulèvent les marées de l'Atlantique les poètes, les philosophes et les orateurs reprennent les thèmes du pirate, du pilote, de la tempête ou du voyage en mer.

  • Cette biographie du fondateur l'empire romain propose, à travers le récit des événements historiques, une réflexion sur les pratiques du pouvoir dont auguste donne un exemple universel.
    L'oeuvre d'auguste est considérable : héritier de césar, il met l'ordre dans l'empire après un siècle de guerres civiles, y maintient la paix, orne rome de grands complexes urbains. pourtant, il n'a cessé d'avancer masqué, d'oú la personnalité complexe et fascinante du personnage: un masque de douleur et de clémence pour une obstination froide et calculée, une apparence éternelle de beauté et de sagesse pour un corps constamment souffrant et infirme, une sérénité de façade pour un esprit anxieux et torturé par le remords.
    Ses rapports avec ses proches sont tout aussi tourmentés, avec, notamment, son épouse livie, enlevée à un premier mari, ou sa fille julie, bannie pour tentative de complot. cette biographie, la première en français depuis 1930, rend enfin justice à l'un des personnages essentiels, et pourtant assez mal connu, de toute l'antiquité romaine.

  • La tradition historiographique dans sa diversité considère la conversion de Constantin au christianisme comme un moment décisif tant pour l'histoire de la Chrétienté occidentale et de Byzance que pour celle de l'Empire romain. Sa victoire sur Maxence, le 28 octobre 312 au pont Milvius, est restée célèbre car c'est à la veille de la bataille que Constantin aurait vu une croix lumineuse. Les conséquences idéologiques sont immenses et l'Empire donne ainsi à l'église chrétienne une position officielle (édit de Milan, 313). En 325, est réuni, à son initiative, le premier concile oecuménique à Nicée pour mettre un terme à l'hérésie arienne qui déchirait l'Église.
    Cet empereur au long règne (306-337), maître tout puissant de l'Empire après plusieurs guerres contre ses rivaux, met fin au système tétrarchique en rétablissant la monarchie héréditaire. Homme politique d'exception, Constantin est aussi un grand bâtisseur. Constantinople, la ville qui porte son nom, sera pour onze siècles la capitale politique, culturelle et artistique de l'Empire romain d'Orient, le centre d'une brillante civilisation.
    À sa mort, après avoir favorisé de nombreuses réformes politiques, monétaires et fiscales, sociales et religieuses, Constantin laisse derrière lui un empire pacifié. De ce personnage pragmatique et efficace que disent les sources controversées tant païennes que chrétiennes ? On trouvera dans ce livre le récit des grandes étapes de sa vie, au travers des témoignages favorables ou défavorables de Lactance, Eusèbe de Césarée, Libanios, Zosime et bien d'autres.

  • D'où viennent notre République, notre État-nation ? Au moment où les nostalgies de ces formes politiques prennent un tour dramatique, ce livre propose une hypothèse nouvelle : loin de constituer une étape inévitable dans une construction graduelle de l'État, la notion, selon l'expression de l'auteur, de République étatique, qui combinerait l'universalité du genre humain et la considération d'un ensemble particulier, serait née au Moyen Âge, en son moment scolastique. La théologie et la philosophie ont produit au XIIIe siècle une vaste pensée politique bien au-delà des maigres et rares esquisses de science politique, bien au-delà de « précurseurs » isolés. Le livre analyse ces composantes qui convergent vers l'idée de bien commun et de nature humaine, éminente et fragile. Les réflexions sur le péché originel, sur l'Au-delà, sur le bonheur, sur l'individu contribuèrent à cette pensée politique mal connue. Cette orientation rencontra, dès la fin du siècle, des résistances rivales, avec la souveraineté affirmée et concurrente des institutions (Église ou État). Mais cette efflorescence ne fut pas vaine et, au fil des siècles, la pensée politique a été hantée par cette idée scolastique de la République.

  • L'amour n'a jamais connu de loi, chante la Carmen de Bizet. L'affirmation était particulièrement vraie aux temps de l'Espagne médiévale et aurait assurément été corroborée par les chrétiens, les juifs et les musulmans qui vivaient alors sur le territoire de l'ancienne Hispanie. Convaincus que la Création était bonne et avait été faite par Dieu pour que l'homme en jouisse, les Espagnols du Moyen Âge n'ont jamais considéré le sexe comme un péché, tout au plus comme une peccadille, et, appuyés en cela par les médecins, n'ont écouté ni les moralistes ni les hommes de loi à l'heure de donner libre court à leurs sentiments ou à leurs désirs.

    L'ouvrage propose une visite déconcertante dans ce labyrinthe des passions espagnoles depuis l'union mystique recherchée par Ibn Arabi et les kabbalistes aux bordels de Valence, en passant par l'exaltation de l'amitié, le mariage, l'homosexualité ou l'union libre.

  • La civilisation romaine est née avec la fondation de la ville de rome.
    La postérité a surtout retenu l'extraordinaire extension d'une cité qui s'est imposée comme la maîtresse du monde antique. et rome fut, il est vrai, le phare de la méditerranée, le forum symbolisait par excellence la scène de la politique mondiale. mais c'est en coulisses qu'il faut aller chercher les racines de cette culture, jusque dans les bourgs obscurs de l'italie. avant d'être un citadin, le citoyen romain fut un paysan.
    Rome s'est fortifiée de la campagne, au physique comme au moral, et la plupart des grands noms qui ont tracé son destin ne sont souvent que des provinciaux montés pour réussir (ou échouer) dans la capitale. que sait-on de ces hommes de la terre, des paysans libres comme des esclaves ruraux ? que connaissons-nous de leur vie quotidienne au service de leurs champs ou de leurs troupeaux, de leurs soucis économiques, de leurs croyances religieuses ? l'auteur propose une plongée dans ce monde rural méconnu, à la rencontre de ceux qui ont oeuvré anonymement, et souvent douloureusement, pour que resplendisse la gloire de rome.
    Il nous entraîne aussi à la découverte de ces domaines mythiques dans lesquels les grands du monde romain viennent se ressourcer et toucher un peu, en privé, à la magnificence des rois orientaux qu'ils ont réduits à merci,.

  • Le concept de communication n'a pas été inventé par notre époque ! Rome, avec des moyens techniques relativement limités, a rapidement dépassé la Grèce et atteint une efficacité remarquable en ce domaine, décloisonnant le monde antique et mettant en contact toutes les parties d'un empire immense. Guy Achard brosse ici un panorama complet et particulièrement vivant du développement de cette entreprise.
    Cet aspect de la civilisation romaine peut-il nous concerner, nous qui, grâce à des inventions remarquables, avons tissé un réseau d'information et de communication prodigieux qui permet presque à quiconque d'entrer sans délai en relation avec pratiquement quiconque dans le monde oe
    Guy Achard répond à cette question en observant que Rome a placé l'homme au coeur des échanges et qu'elle a porté très haut l'art de parler, offrant ainsi des clefs précieuses non seulement pour comprendre la communication moderne, mais aussi peut-être pour déjouer ses ruses et ses habiletés.

  • Vitale pour toute société humaine, l'eau est pour les Romains le symbole même de leur existence depuis que Romulus, le fondateur, a été sauvé des eaux du Tibre - ainsi que de leur pouvoir sur les forces naturelles et sur les hommes.
    Ce livre montre comment ils ont répondu aux nécessités immédiates, mais aussi joint l'utile au plaisir, le futile à la grandeur. Avec une précision qui surprendra les ingénieurs et une simplicité dont les profanes lui sauront gré, l'auteur retrace la quête obstinée de techniques souterraines et aériennes, qui permettent de capter les eaux dans les lointaines montagnes, de les conduire jusqu'aux villes, de les purifier, de les conserver et de les évacuer.
    On rencontre ici les Romains dans leur intimité, on entend leurs bavardages autour des fontaines, ou dans les latrines, on surprend leur admiration pour les empereurs évergètes qui leur offrent des thermes somptueux, mais on y trouve aussi les calculs des ingénieurs, leurs tâtonnements, leurs échecs et leurs réussites, et surtout la volonté de puissance d'un peuple qui, pour maîtriser la source de la vie, jetait à travers les plaines et par-dessus les vallées profondes les arches puissantes et élégantes de ses aqueducs.

  • Né en 37 après J.-C., Néron est porté au pouvoir à 17 ans par les intrigues de sa mère Agrippine. Conseillé par le grand Sénèque, le dernier empereur de la dynastie julio-claudienne se montre bon administrateur au début de son règne. Il rétablit le Sénat dans ses prérogatives, procède à d'importantes réformes et se veut le bienfaiteur de son peuple. Après le grand incendie de 64, il conçoit des projets grandioses pour rebâtir Rome.
    Mais on ne lui pardonnera jamais l'assassinat de son demi-frère Britannicus, de sa mère et de son épouse Octavie. Ni la répression sanglante de la conspiration de Pison quand il pousse Sénèque au suicide et élimine une partie de l'élite politique romaine. L'Histoire retient aussi qu'il fut l'instigateur des premières persécutions contre les Chrétiens. Ses débauches, son goût immodéré pour les festivités et ses cabotinages sur scène finissent par lasser. Confronté à la révolte de grands chefs militaires, le dernier empereur de la lignée julio-claudienne est déclaré ennemi public par le Sénat et contraint de se suicider en 68.
    Tacite, Suétone, Sénèque, Dion Cassius nous racontent.Textes réunis et présentés par Alain Rodier.

  • 480 avant J.-C., après le sacrifice désespéré du roi Léonidas et de ses 300 meilleurs guerriers au passage des Thermopyles, les soldats perses de l'empereur Xerxès Ier se ruent par milliers à travers le Péloponnèse pour aller saccager Athènes.
    Les habitants s'enfuient et vont se réfugier sur l'île de Salamine au large d'Athènes.
    Malgré le profond découragement des Grecs, l'Athénien Thémistocle, aidé du Spartiate Eurybiate, décide de livrer bataille en mer. Après 12 heures de combat acharné, malgré l'aide fougueuse de la reine d'Halicarnasse, Artémise Ière, les Perses battent en retraite en ayant perdu 200 trières contre 40 pour les Grecs.
    Eschyle écrit dans Les Perses :
    « Une plainte mêlée de sanglots règne seule sur la mer au large jusqu'à l'heure où la nuit au sombre visage vient tout arrêter. » Xerxès s'enfuit pour retourner en Perse en laissant son beau-frère Mardonios à la tête d'une armée de 300 000 hommes selon Hérodote.
    En 479, la bataille de Platées sera le dernier affrontement terrestre des Guerres médiques qui verra la défaite sanglante de l'armée perse et la mort de Mardonios.
    La flotte grecque portera l'estoc à la bataille du cap Mycale. Le Perse est définitivement vaincu.

    Hérodote, Diodore de Sicile, Eschyle et Plutarque racontent.

  • Les grecs, dit-on, sont des marins-nés.
    La remarque passe pour une certitude. pour l'appuyer, on évoque le fait qu'aucun point de la grèce n'est à plus de 100 km des côtes, les tribulations d'ulysse, les colonies implantées dans le bassin méditerranéen, la thalassocratie, l'hégémonie maritime qui fut l'objet de tant de rivalités entre les cités grecques, la flotte de thémistocle, ou encore le célèbre " thalassa, thalassa ! ", prononcé, assure xénophon, par les troupes des mercenaires grecs lors de l'expédition des dix-mille.
    C'est faire bon marché d'une réalité pourtant évidente ; l'univers marin est un milieu inhospitalier, un élément hostile qui effraya les grecs et qu'ils durent s'approprier au moyen d'un effort sans cesse renouvelé. jean-nicolas corvisier raconte l'histoire de cette conquête à l'issue incertaine depuis ses origines créto-mycéniennes jusqu'à la période hellénistique. au fil de cette odyssée qui dura plusieurs siècles, le lecteur découvrira la vie quotidienne des pêcheurs, l'organisation du commerce maritime, la place de la mer dans l'imaginaire et la religion grecs, assistera à nombre d'expéditions insolites, de batailles périlleuses et de naufrages fameux et ira à la rencontre de pirates, de voyageurs audacieux ou des mythiques sirènes.

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