Littérature traduite

  • Après «24 Heures dans l'Égypte ancienne», de Donald P. Ryan (Payot, oct. 2019), voici de nouveau 24 chapitres et un personnage par chapitre, cette fois pour raconter chacune des 24 heures d'une journée à Athènes en 416 av. J.-C., lors d'une pause dans la guerre du Péloponnèse. En ce temps-là se trouvaient réunies dans la cité plusieurs grandes figures du monde grec, dont Alcibiade, Aristophane, Sophocle, Euripide, Hippocrate, Platon et bien sûr Socrate. Mais l'historien britannique Philip Matyszak n'oublie pas les Athéniens ordinaires, qui ont contribué eux aussi à forger une civilisation dont nous sommes les héritiers. Mieux, c'est à travers le regard et le quotidien de ces petites gens qu'il fait revivre les célébrités de l'époque.

  • Comment Rome est-elle passée d'un million d'habitants à vingt mille, soit à peine un tiers du Colisée ? À Constantinople, qu'est-ce qui a permis que 70% de la population succombe à la peste bubonique ? On ne peut plus désormais dépeindre l'histoire de la chute de Rome en faisant comme si l'environnement était resté stable pendant tout le temps de l'Empire. Grâce à des techniques comme l'étude des sédiments, des carottes de glace, des cernes des arbres, de l'ADN prélevé dans les dents et les ossements humains, on peut désormais réexaminer des périodes clés de l'histoire du monde en redonnant aux changements naturels le rôle qui a été le leur. On apprend ainsi que l'Empire romain tardif a été le moment d'un changement décisif : la fin de l'Optimum climatique romain qui, plus humide, avait été une bénédiction pour toute la région méditerranéenne.

    Les changements climatiques ne sont jamais sans conséquence. Ils favorisent l'évolution des germes, comme dans le cas de Yersinis pestis, le bacille de la peste bubonique. Mais les Romains ont été aussi les complices de la mise en place d'une écologie des maladies qui ont assuré leur perte. Les bains publics étaient de véritables bouillons de culture ; les égouts stagnaient sous les villes ; les multiples greniers à blé étaient une bénédiction pour les rats. Les routes commerciales qui reliaient tout l'Empire ont permis la propagation des épidémies de la mer Caspienne au mur d'Hadrien à une vitesse jusque-là inconnue. Le temps des pandémies était arrivé.

  • Un portrait très vivant de l'Egypte d'Amenhotep II (vers 1442 av. J.-C.) sur 24 heures, avec un personnage par heure, du pharaon au simple potier, de l'embaumeur au voleur de tombes, en passant par la sage-femme et la pleureuse - ou comment un archéologue de renom nous aide à comprendre une civilisation complexe au moyen d'un docufiction sur papier, dans l'esprit des livres d'Alberto Angela sur l'Antiquité romaine.

  • Rome et le monde romain comme on ne vous les a pas racontés, et comme les manuels ne peuvent pas les raconter.
    Depuis Romulus jusqu'à la chute de l'empire, ce livre secoue nos certitudes et tend parfois un miroir à nos préoccupations contemporaines, parlant de fake news et de politique-spectacle, d'accès à la citoyenneté entre asile généralisé et fermeture, d'images paradoxales de l'Urbs, de génocides étalés avec complaisance à côté de quelques discours humanitaires, d'une hostilité prétendue au progrès scientifique, de représentations du limes construites en fait au XIXe siècle, d'une extraordinaire et bien réelle capacité à gérer de terribles défaites (parlera-t-on de résilience ?), de l'escamotage des langues de l'empire autres que le latin et le grec, du moins jusqu'aux prêcheurs chrétiens, de l'importance des prodiges et de la multiplicité des cultes locaux, ou encore des « invasions barbares » et du foisonnement des hypothèses sur la chute de l'empire... L'érudition et la familiarité s'associent en un récit passionnant et décapant.

  • Tout à la fois archéologue et homme de télévision, l'Italien Alberto Angela reprend la formule du "docufiction sur papier", qui a fait le succès d'«Empire» (Payot, 2016), pour nous offrir un reportage au coeur du quotidien de Pompéi durant les deux jours ayant précédé le réveil du Vésuve, en 79 de notre ère, puis pour nous décrire la colère destructrice du volcan dans un film catastrophe qui durera l'équivalent d"une troisième journée. Un livre d'histoire qui brise bien des idées reçues à partir des dernières découvertes scientifiques (la catastrophe aurait eu lieu à l'automne et non en août), mais qui possède aussi un tel souffle romanesque qu'on se croirait embarqués à bord d'un «Titanic» de l'Antiquité.

  • Les Amazones

    Adrienne Mayor

    Depuis l'Iliade où Homère (VIIIe siècle av. J.-C.) les présente comme les « égales des hommes » jusqu'à Pompée et ses expéditions militaires en Orient (Ier siècle apr. J.-C.), en passant par Alexandre le Grand, les Amazones ont fasciné les Grecs puis les Romains : des guerrières, souvent l'équivalent des héros grecs par leur courage et leurs prouesses militaires, mais aussi des Barbares dont la légende voulait qu'elles se coupent le sein gauche et se débarrassent de leurs enfants mâles. Au Ve siècle av. J.-C., elles vont devenir un des sujets favoris sur les vases peints athéniens. Au même moment, Hérodote décrit avec une foule de détails la vie des Amazones en les assimilant aux tribus nomades scythes à la frontière nord et est de la Grèce. On a longtemps cru qu'elles étaient un pur fruit de l'imagination grecque, un mythe qui ne pouvait être interprété que dans la langue des mythes, sans référence dans la réalité des civilisations avec lesquelles les Grecs étaient en relation commerciales ou guerrières.

    Les choses ont commencé à changer avec les découvertes archéologiques faites dans ces immenses étendues où nomadisaient des tribus apparentées aux Scythes. Les archéologues ont longtemps considéré qu'un squelette accompagné d'armes était celui d'un homme, et qu'on avait affaire à une femme quand on trouvait des bijoux. Les analyses modernes (en particulier génétiques) ont montré que c'était faux dans 25 à 40 % des cas ! Il n'y a jamais eu de guerrières se mutilant la poitrine ou tuant leurs fils, mais il y a eu des tribus scythes où les femmes étaient les égales des hommes, en particulier à la guerre. Dans ce livre d'histoire mené tambour battant, les guerrières, réelles, mythiques ou légendaires constituent le fil conducteur. Adrienne Mayor nous invite à un fabuleux voyage toujours plus loin vers l'Est.

    Arrivé au terme de cette histoire aux multiples rebondissements, on ne sera plus prisonnier des mythes grecs et l'on pourra tourner le regard depuis la Grande Muraille de Chine, et voir l'immensité sauvage du monde des steppes sous un nouveau jour. Pour les Grecs de l'époque classique, les Amazones étaient inexorablement condamnées à mourir sous les coups des héros (Achille, Héraclès) qui s'apercevaient, mais trop tard, qu'elles auraient pu être leur égale, la femme de leur rêve. A la même époque, les Chinois témoignent aussi du mode de vie des femmes des tribus nomades des steppes...

  • Un ouvrage unique en son genre, relation écrite par l'acteur principal du drame qu'elle fait revivre, et publiée pendant cette guerre de huit ans, à des fins de propagande personnelle : un tour de force, qui ne fut jamais répété. Cette histoire d'un conflit prolongé est un livre de combat, en même temps que le témoignage le plus ancien et le plus important sur les origines de la France, la Belgique, la Suisse, l'Allemagne rhénane et la Grande-Bretagne.
    C'est bien un grand peuple celtique en pleine évolution que César a gagné à la civilisation latine, ce fut aussi une culture dont nous commençons à entrevoir l'originalité et le raffinement.

  • En suivant l'itinéraire d'une pièce de monnaie à l'effigie de l'empereur Trajan, nous sillonnons tout l'Empire romain à l'époque de son extension maximale et découvrons toutes les couches de la société au travers de ses propriétaires successifs : un véritable docufiction sur papier qui rend l'Histoire plus passionnante qu'un roman et s'est vendu à 200 000 exemplaires en Italie.

  • Une journée dans la Rome antique sous le règne de Trajan, quart d'heure par quart d'heure, par l'auteur d'«Empire» et des «Trois Jours de Pompéi; »après ces deux succès et avec un même talent de conteur, Alberto Angela immerge si bien ses lecteurs dans l'Antiquité romaine qu'il fait presque d'eux des Romains afin qu'ils la comprennent mieux. Un livre qui s'est vendu à plus de 500 000 ex. en Italie.

  • La Perse et l'Egypte antique, comme si vous y étiez, telles qu'elles ont été décrites au Ve siècle avant notre ère par Hérodote d'Halicarnasse.
    Si vous voulez savoir ce que furent les folies de Cambyse et les moeurs du crocodile nilotique, reportez-vous à l'enquête. Lire Hérodote, c'est voyager dans le monde ancien, en compagnie d'un esprit aimable et curieux de tout, apprendre ce que l'on disait à Sardes, Suse, Memphis, Milet ou Athènes, ce que les conteurs dans les rues, les guides dans les sanctuaires narraient aux passants ; c'est voyager en compagnie d'un auteur qui est pour nous le père de l'ethnographie, de la géographie, du reportage et du roman, comme il est, pour nous comme pour toute l'Antiquité, le père de l'histoire.

  • Dans la première partie de l'enquête (livres I à IV), Hérodote a relaté la naissance et le développement de la puissance perse avec le roi Cyrus et ses successeurs Cambyse puis Darius.
    Au livre V commence le conflit qui, de 511 à 479 avant notre ère, oppose les Perses à la Grèce. dans ce passionnant récit - la première grande oeuvre en prose de la littérature grecque -, Hérodote nous dit pourquoi et comment les deux mondes de son temps, l'Est et l'Ouest, se sont toujours heurtés et puis, deux générations avant lui, se sont engagés dans la plus grande guerre de leur histoire, les guerres médiques.
    Le conflit de l'Est contre l'Ouest, des Barbares contre les Grecs, de l'orient contre l'Occident, a des résonances très actuelles, et ce n'est pas la moindre raison de lire la dernière partie de cette étonnante "enquête".

  • L'ancienne Rome était une métropole tentaculaire de plus d'un million d'habitants, un « mélange de luxe et de saleté, de liberté et d'exploitation, de fierté civique et de guerre civile meurtrière ». Mais comment ce qui n'était qu'un village insignifiant dans le centre de l'Italie est-il devenu le siège d'un empire dominant la Méditerranée ?
    Mary Beard, historienne de renommée mondiale, raconte ici l'émergence d'une culture sans précédent, qui a façonné nombre de nos concepts fondamentaux sur le pouvoir, la citoyenneté, la guerre, la violence politique, l'empire, le luxe ou la beauté. Du mythe fondateur de Romulus et Remus (VIIIe av. J.-C.), à l'édit de l'empereur Caracalla offrant la citoyenneté romaine à tous les habitants libres de l'empire (IIIe siècle), Mary Beard retrace toute l'histoire de l'Urbs. Ce faisant, elle conteste les perspectives historiques confortables en vogue depuis des siècles. Elle montre que l'histoire romaine, loin d'être figée dans le marbre, est constamment révisée et réécrite, grâce à de nouvelles connaissances.
    Notre perception de la Rome antique a considérablement changé au cours des cinquante dernières années. SPQR en fait la synthèse et façonnera probablement à son tour notre regard sur l'histoire de Rome pendant les décennies à venir.

  • Dans son petit village près d'Oxford, Graham Robb trouve un jour au fond de son jardin une broche datant de l'âge du fer. Au fil d'une quête passionnée, il découvre une cartographie rigoureuse, orchestrée par la science des druides autour de la mythique « voie héracléenne ».
    Croisant sources antiques et outils modernes, l'auteur lève le voile sur la civilisation celtique, hautement raffinée et injustement éclipsée par son successeur romain. Ni ésotérique ni académique, il privilégie le plaisir de la narration : calculs et tracés savants côtoient amphores découvertes en plantant des endives, machines astronomiques dormant au fond de l'eau et vieilles cartes jamais décodées...

  • Les mots de la poésie exercent un pouvoir hors du commun sur l'auditeur. Introduits dans la prose par l'intermédiaire de la tragédie, les procédés poétiques ont joué un rôle de premier plan dans la naissance et le développement de la rhétorique. Plus que tous ses contemporains, le sophiste Gorgias a utilisé les rythmes et les styles poétiques pour conférer à ses discours en prose le pouvoir de captiver le public et de l'émouvoir, mais aussi celui de le charmer à la manière des sortilèges d'un magicien.
    Cet usage du discours pour charmer les auditeurs fut au coeur des critiques de Platon contre les sophistes et les orateurs. Pour Platon, la rhétorique est un art de l'illusion qu'il convient de classer parmi les faux arts.
    Remettant en cause la vision de Platon, Isocrate et Aristote tentèrent de séparer le discours non-poétique de l'inspiration et de la magie, mais ce faisant ils transformèrent l'art du discours en science.

  • Le 25 août 79, l'éruption du Vésuve détruisit la cité romaine de Pompéi, ensevelissant sous une pluie de cendres les fugitifs dont les corps, saisis sur le vif à l'instant de leur mort, ont été conservés jusqu'à nous. Qui étaient ces personnes emportant avec elles leurs biens les plus précieux et ces habitants recroquevillés dans leur maison n'ayant pas eu le temps, la possibilité de s'enfuir ? Comment vivaient-ils ?
    S'appuyant sur les enseignements de l'archéologie d'un site étudié de longue date et sur les références aux historiens, aux philosophes, aux romanciers et aux poètes latins, Mary Beard retrace la vie de la cité antique au moment de la catastrophe.

    Mary Beard est professeur d'Histoire antique à l'université de Cambridge. Elle collabore régulièrement au Times Literary Supplement. Elle a publié plusieurs ouvrages, notamment : The Parthenon (2002), The Colosseum (2005) et The Roman Triumph (2007).

  • Dans les derniers siècles de l'Empire romain d'Occident, Rome fut à plusieurs reprises saccagée par les Barbares. Le plus célèbre de ces sacs reste celui de 410 par les Goths d'Alaric mais il y en eut d'autres : par des Vandales venus de Carthage, par les Barbares du général Ricimer et du chef ostrogoth Totila qui faillit bien raser la Ville.

    Fondé sur une relecture serrée des sources et sur les dernières trouvailles de l'archéologie, ce livre retrace cette succession d'assauts et les moyens mis en oeuvre par les Romains pour y faire face et en réparer les blessures.

    Se démarquant du cliché de la « décadence » romaine et des lectures qui gomment la violence des événements, Umberto Roberto brosse ici un vivant tableau des dernières décennies de la Rome impériale et signe un ouvrage captivant.

  • Qui sont les Phéniciens ? Un peuple de l'Antiquité auquel les Grecs auraient emprunté l'alphabet ? Des commerçants et des navigateurs exceptionnels partis du Levant (Tyr, Sidon, le Liban actuel) pour fonder Carthage, dont l'empire concurrencera les cités grecques en Sicile ou en Sardaigne, jusqu'à sa destruction par Rome ? Un peuple pratiquant une religion cruelle avec un dieu exigeant l'immolation d'enfants, source d'inspiration du Salammbô de Flaubert ? Pourquoi, comparés aux Grecs et aux Romains, sont-ils finalement presque insignifiants dans nos histoires et nos récits de l'Antiquité ?
    Comme dans une enquête policière, l'auteure retrace tout ce que l'on sait sur eux et qui renverrait à une « identité » phénicienne, à un peuple original. Elle explore successivement la langue, la religion, les colonies, l'influence régionale de Carthage. Elle s'appuie sur l'épigraphie, la numismatique, l'architecture, les dernières découvertes archéologiques. À chaque fois que l'on croit saisir cette identité, elle s'échappe... On n'est désormais même plus du tout certain que Carthage ait été une colonie de Tyr ou de Sidon...
    Les Phéniciens constituaient-ils un véritable peuple ? Étaient-ils reconnus comme tel par leurs contemporains ? Ce qui est certain, c'est qu'ils ont fait l'objet d'une multitude d'opérations d'instrumentalisation (et de fantasmes !) : par les Grecs, les Romains et, quelques siècles plus tard, par les Irlandais puis les Anglais et, enfin, les Français !

  • Héritier par adoption de la couronne du royaume de Numide, le jeune Jugurtha n'hésite pas à corrompre les dirigeants romains pour éliminer tout rival et s'emparer seul du trône. Mais bientôt la grogne se lève au sein du peuple de Rome, indignation de la plèbe qui se révolte contre les massacres en chaîne et les manoeuvres de la noblesse. Obligée, par crainte d'une guerre civile, de combattre le roi barbare, celle-ci l'emporte grâce à Marius, général aux origines modestes. Cette victoire marqua l'entrée dans les hautes sphères politiques de personnalités issues des classes populaires. Par une attaque sévère contre l'aristocratie romaine, vénale et corrompue et le récit de la première victoire du "parti populaire", Salluste écrit l'une des toutes premières luttes des classes de l'Histoire.

  • Premier d'une série de quatre ouvrages consacrés à l'histoire de la guerre du Péloponnèse (431-404 avant J.-C.), ce livre étudie les causes du conflit et prend le contrepied de la thèse de Thucydide.
    Dans les cinq parties qui composent l'ouvrage, Donald Kagan examine le fonctionnement institutionnel et informel des systèmes d'alliance en place et retrace l'histoire de la constitution de l'alliance spartiate et de la ligue de Délos ; puis, il restitue le contexte troublé du milieu du ve siècle en rappelant les événements de ce qu'on a appelé la « première guerre du Péloponnèse » (vers 460-445) et de la paix de Trente ans, jusqu'aux trois crises de l'année 433 (l'affrontement entre Corcyre et Corinthe autour d'Épidamne, le siège de Potidée, le « décret de Mégare ») qui allaient précipiter les deux blocs dans la guerre. Une série de conclusions examinent et critiquent les différentes thèses sur les causes du conflit et notamment celles de Thucydide sur « la cause la plus vraie », sur la responsabilité de Périclès et sur l'inéluctabilité de la guerre.

  • Flavius Josèphe est un Juif, né en Judée dans la première moitié du Ier siècle après J.-C, où il y reçoit une formation traditionnelle. Lors du déclenchement de la guerre contre Rome, il est choisi pour conduire les opérations militaires en Galilée. Assiégé, il trouve un moyen pour échapper à la mort et décide de passer dans le camp des Romains. Il vit la suite de la guerre avec les empereurs flaviens, témoin des combats du côté romain.
    Sa Guerre des Juifs, qui comporte sept livres, commence là où s'achève son autre ouvrage majeur, les Antiquités bibliques, réécriture de la Bible, depuis l'origine jusqu'au déclenchement du conflit avec Rome. Le livre V est consacré au siège de Jérusalem et à la prise de la Ville (la prise du Temple et leur destruction étant narrées au livre VI).
    Le livre V présente un puissant intérêt : longue description centrale de la Ville, du Sanctuaire et du Temple de Jérusalem, constituant, avec le traité Middot du Talmud de Babylone, notre principale source documentaire ; grand discours aux insurgés où, Josèphe, émissaire de Titus, mêle réflexions sur l'histoire et sur l'histoire sainte. Avant ce bloc central, le livre décrit les disputes entre des factions juives, maîtresses de Jérusalem, que l'auteur assimile à des « brigands ». Après la digression centrale, Josèphe raconte la prise des trois murs d'enceinte, la résistance des combattants juifs, réconciliés, face au péril extérieur. Enfin, en un tableau pathétique, il évoque les souffrances de la population et la progression du principal ennemi des Juifs, la famine.
    L'écho de ce texte dans l'Antiquité chrétienne - réécriture suivie chez Eusèbe de Césarée au livre III de son Histoire ecclésiastique et moderne (reprises chez Agrippa d'Aubigné comme paradigme de ses Tragiques) - sera détaillée.
    L'écriture de Josèphe, particulièrement soignée, mobilise des réminiscences nombreuses : littérature grecque, textes apocryphes, nombreux emprunts au judaïsme lettré de langue grecque (Philon d'Alexandrie) mais aussi traditions et procédés de l'exégèse rabbinique.

  • Moyen Âge, la richesse se révèle un fil conducteur hautement significatif. L'ouvrage dresse un panorama fouillé et contrasté des attitudes des païens et des chrétiens à l'égard de la richesse pour en préciser l'impact sur la position sociale des églises chrétiennes dans l'Occident latin à l'époque du déclin de Rome et de la montée du christianisme (entre 350 et 550). Peter Brown aborde la question par périodes successives en croisant les sources les plus diverses (littéraires, juridiques, théologiques, archéologiques, épigraphiques...) Le christianisme, avec son exigeant idéal de pauvreté, apparut dans une société païenne qui connaissait une très forte compétition entre les riches pour manifester ostentatoirement leur générosité envers leur cité et leurs concitoyens (notamment en cas de crise céréalière), mais pas spécialement envers les pauvres. La largesse et la noblesse des riches justifiaient leur richesse. Le christianisme bouleversa profondément cette conception. Les privilèges que Constantin octroya aux églises chrétiennes, après sa conversion, ne leur permirent pas de s'enrichir. Longtemps, les lieux de culte et le souci des pauvres continuèrent à dépendre de la générosité des couches assez basses de la société. Dans le dernier quart du IVe siècle, des riches accédèrent à de hautes positions en tant qu'évêques ou écrivains influents, ce qui constitua un tournant décisif dans le christianisme de l'Europe et permit ainsi à cette nouvelle religion d'envisager la possibilité de son universalité. Les formes chrétiennes du don eurent pour effet de briser les frontières traditionnelles de la cité antique. Tous les croyants, quelle que fût leur condition, furent encouragés à contribuer à l'entretien de l'Église et de son clergé ainsi qu'au soin des pauvres, dont la notion s'étendit désormais à tous les démunis. Renoncer à sa richesse sur terre, c'était participer à l'instauration d'une société de « frères » et permettait de se constituer un trésor dans le ciel. À la fin du IVe siècle, l'entrée dans les communautés chrétiennes habituées à un style modeste de charité, d'une nouvelle classe d'hommes enrichis au service de l'empire ne se fit pas en douceur.
    Les écrits et les actions d'hommes tels qu'Ambroise, Jérôme, Augustin, Paulin de Nole ou les partisans de Pélage (favorables à un ascétisme rigoureux) sont les preuves des fortes controverses qui traversèrent les Églises chrétiennes au sujet du bon ou du mauvais usage des richesses. Lorsque les aristocraties au service de l'empire s'effondrèrent avec lui, elles laissèrent place aux évêques administrateurs de la fin du Ve et du VIe siècles avec une Église disposant d'abondantes richesses dans un monde appauvri et fragmenté. Dans ce paysage, les moines apparurent comme des pauvres professionnels intercédant pour que les riches dont ils attirèrent les richesses pussent passer à travers le trou de l'aiguille.
    Cette nouvelle forme de l'échange de la richesse contre le salut ouvre déjà vers la chrétienté médiévale.

  • Eva Cantarella, Les plus belles histoires d'amour de l'Antiquité. Du ciel à la terre, de Zeus à César Les émotions ont-elles une histoire ? L'amour est-il un sentiment immuable ? Pour y répondre, Eva Cantarella nous invite à revenir vers les Grecs et les Romains, nos ancêtres à la fois proches et lointains. Cette pittoresque peinture des moeurs des Anciens fait renaître les amoureux les plus célèbres de la mythologie grecque, Orphée et Eurydice, Ariane et Thésée, Médée et Jason, sans oublier les innombrables aventures extraconjugales de Zeus, le premier prédateur sexuel. Elle nous donne aussi l'occasion de partager l'intimité de personnages tout aussi illustres mais bien réels, qui ont laissé leur empreinte dans l'histoire romaine : Caton et Marcia, Lucrèce et Collatin, Livie et Auguste, sans compter César, le séducteur par excellence, « le mari de toutes les femmes et la femme de tous les maris ». À la lumière du mythe et de l'histoire, Eva Cantarella souligne les similitudes mais aussi les différences dans la manière de concevoir et de vivre, d'une société à l'autre et de l'Antiquité à nos jours, un sentiment aussi complexe que l'amour.

  • Lorsque les colonies grecques ont commencé à essaimer autour de la Méditerranée et de la Mer Noire (VIIIe-VIe s. av. n.è), il n'existait pas de « Grèce » au sens strict ; les traits culturels et les discours caractéristiques de ce qui constitue pour nous la Grèce antique ne se sont structurés qu'au fil de cette période où les colons s'installaient dans des régions de plus en plus distantes les unes des autres.
    C'est dans l'éloignement que les Grecs semblent avoir construit ce qui les désigne historiquement comme « Grecs », c'est par la distance qu'ils paraissent avoir tissé les liens les plus forts et les plus durables.
    L'ouvrage d'Irad Melkin propose une relecture originale de ces phénomènes de fondations coloniales en ayant recours à la théorie des réseaux. Dépassant la valeur descriptive des réseaux, il exploite leur versant concret et interactif afin d'approfondir la nature des flux qui les parcourent et les constituent. Les colonies sont analysées comme un ensemble de noeuds non hiérarchisé, non centralisé et dynamique, qui émerge en raison de l'intensité et de la multiplicité des relations qui les lient à travers une grande distance et non en dépit de celle-ci.

  • De l'Écosse jusqu'à la Mésopotamie, de l'embouchure du Rhin jusqu'aux contreforts de l'Atlas, Rome a dominé durant près de cinq siècles un immense territoire. Le démembrement rapide de sa partie occidentale a d'autant plus frappé les esprits que l'empire a remporté jusqu'au bout des succès décisifs, notamment contre Attila en 451.

    Pour faire comprendre ce paradoxe, Peter Heather rouvre le dossier en déplaçant le point de vue. Brassant une superbe documentation avec un art consommé du récit, il s'intéresse autant à la vie culturelle, économique et politique de l'Empire qu'à celle des « barbares ». Ceux-ci, en effet, ne viennent pas de nulle part. Qu'il s'agisse des peuples germaniques ou, plus encore, des Huns, Peter Heather fait revivre de l'intérieur la logique des adversaires de Rome. Une logique qui, tout autant que celle des héritiers d'Auguste, façonnera le Moyen Âge européen. On découvre ici l'histoire de la fin de l'empire d'Occident autant que celle des débuts de l'Europe.

    On appréciera notamment les pages puissantes sur la constitution de l'autre empire rival : celui des Huns. L'auteur raconte la géopolitique d'Attila, la déstabilisation des empires d'Orient et d'Occident puis la victoire finale (mais trop tardive) d'Aetius, le dernier grand consul et stratège romain. On découvrira aussi de nombreux personnages que Heather fait revivre à partir d'archives peu connues: diplomates de Rome et de Byzance toujours sur les routes, généraux, chefs barbares, impératrices ambitieuses, poètes, philosophes, théologiens...

    Publiée en 2005, considérée comme un classique, cette « histoire nouvelle » est enfin traduite en français.

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