Fayard

  • En croisant mémoires, presses et documents déclassifiés, Matthieu Rey éclaire les fondements de la Syrie contemporaine et son histoire tumultueuse. Il nous invite à suivre le devenir toujours incertain d'une communauté politique réunissant des populations variées, des hommes et des femmes qui s'installent et s'organisent sur un territoire.
    Récit de la renaissance des campagnes environnant les villes au détriment des mondes nomades, histoire des migrations des Druzes du Liban vers la Syrie, des Montagnards vers les plaines, des campagnes vers les villes, c'est aussi une narration politique ponctuée par des révolutions et des guerres qui donnent naissance à un État dont le cours de l'histoire se révèle dans la crise révolutionnaire. Depuis 2011, la Syrie, chasse gardée de la famille Assad, se trouve au coeur d'une dramatique actualité internationale, déchirée par la guerre civile.
    Son histoire n'est-elle pas finalement celle d'espoirs, de heurts, d'essais, d'attentes, de luttes, de violences et de projets partagés entre groupes humains qui tentent de créer les conditions d'un vivre-ensemble dans lequel chacun ait sa place ?

    Chargé de recherche au CNRS et chercheur associé au Collège de France, Matthieu Rey consacre ses recherches à la question de la construction de l'État dans l'Orient arabe et persan.

  • L'abbé Bethléem est surtout connu pour avoir publié en 1904 un brûlot, Romans à lire et romans à proscrire, futur best-seller. Mais la force de frappe de son magazine culturel, la Revue des Lectures, qui parvint à s'imposer dans le paysage culturel de l'entre-deux guerres, l'est beaucoup moins. Ce grand intellectuel catholique, soutenu par le Saint-Siège, fut la bête noire des surréalistes qui refusaient ses oukases, et il n'hésita pas non plus à s'attaquer à Gide ou à Mauriac. Après sa mort, il inspira la loi du 16 juillet 1949 sur les publications pour la jeunesse qui tenta d'empêcher les jeunes éditeurs Pauvert, Losfeld ou Tchou, de publier Sade et les auteurs maintenus dans l'Enfer de la Bibliothèque Nationale.
    Jean-Yves Mollier raconte avec brio l'histoire de cet abbé chargé de mettre au pas les écrivains - y compris catholiques - au XXe siècle, et de les contraindre à respecter les lois relatives aux bonnes moeurs. Menacée dans ses certitudes et ses croyances à l'époque de l'Encyclopédie, l'Église souhaitait reconquérir les âmes perdues et traquer le Mal partout où il sévissait. L'abbé Bethléem s'attaqua au roman, au théâtre, à l'opéra, à la bande dessinée, à l'annonce publicitaire et enfin au maillot de bain féminin, pourtant bien loin du sulfureux bikini de l'après-Seconde Guerre mondiale. Fondé sur un important dépouillement d'archives et de journaux, cet ouvrage édifiant montre que la censure, présente encore au XXIe siècle, et refuge de tous les extrémismes, doit beaucoup à l'abbé Bethléem, et au-delà de sa forte personnalité, à l'Église catholique et à sa difficulté à laisser l'individu déterminer librement sa destinée.

    Spécialiste de l'histoire des livres et des médias, auteur de nombreux ouvrages, Jean-Yves Mollier a publié notamment Pierre Larousse et son temps (avec Pascal Ory, Larousse, 1995), Louis Hachette (1800-1864). Le fondateur d'un empire (Fayard, 1999) et Edition, presse et pouvoir en France au XXe siècle (Fayard, 2008).

  • L'auteur :
    Né à Paris en 1970, Jean-Marc Hovasse est ancien élève de l'École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud, agrégé et docteur ès lettres. Après sept ans d'enseignement au lycée français de Belgique (coopération) puis aux Universités Charles-de-Gaulle Lille III et Paris VII Denis-Diderot, il est maintenant chargé de recherche au Centre d'Études des Correspondances et Journaux intimes des XIXe et XXe siècles du CNRS. Il est l'auteur d'un essai sur Victor Hugo et d'une pièce de théâtre publiés à Bruxelles, d'une édition commentée des Châtiments et d'une thèse sur Victor Hugo et les poètes parnassiens. Il prépare pour 2002 les deux parties qui formeront le second volume de cette biographie : « Pendant l'exil et Depuis l'exil ».

    Présentation du livre :
    De Bonaparte premier consul à Louis Napoléon Bonaparte président de la Deuxième République, les cinquante premières années de Victor Hugo forment le premier acte de la trilogie à laquelle il résuma lui-même sa vie (avant l'exil, pendant l'exil, depuis l'exil), mais c'est à la fois le plus long et le plus éclairant. Du juvénile poète ultra-royaliste qui avait Chateaubriand pour idole au représentant du peuple de gauche qui avait Lamartine pour modèle, il aura fallu à Victor Hugo une vie d'homme équivalente, en nombre d'années, à celle de Balzac ou de Napoléon, pour que l'exil lui permette de devenir lui-même. Toute son oeuvre ultérieure sera écrite à la lumière de ce demi-siècle où il avait déjà pour ambition de conquérir, dans la littérature universelle, le rang qu'il attribuait à Balzac dans la littérature française : « un des premiers parmi les plus grands, un des plus hauts parmi les meilleurs. » Toujours représenté avec sa barbe comme s'il l'avait portée de toute éternité, Victor Hugo devait rencontrer, au seuil d'un troisième millénaire prêt à faire de lui un auteur anonyme de comédies musicales, le regard d'une nouvelle génération détachée tout autant des préjugés du XIXe siècle partisan que de ceux du XXe siècle militant. C'est l'une des raisons pour lesquelles ce livre est un événement. Rythmé à ses débuts par l'épopée napoléonienne dans une Europe en guerre, il se termine comme un roman policier, dans les jours qui ont suivi le coup d'État du 2 décembre 1851, par une chasse à l'homme dans les rues de Paris. Entre temps, son découpage en deux cents chapitres, comme il convient pour un bicentenaire, permet de suivre pas à pas, sans rien négliger ni de l'histoire de France ni de celle des oeuvres, les étapes d'une existence particulièrement mouvementée, qui a connu toutes les souffrances, tous les honneurs et toutes les indignités.
    Avec nul autre parti pris que celui de revenir au plus près des textes de l'auteur, et d'utiliser avec un oeil circonspect tous les autres documents, les plus anciens comme les plus récents, cette biographie a pour souci constant de préserver, en vers et en prose, le plaisir de la lecture et de la redécouverte. Elle pousse même ce soin jusqu'à ne pas s'achever, contrairement aux lois du genre, par la mort de son héros.

  • Il est temps que l'histoire de la Grande guerre devienne véritablement mondiale. Elle n'est le plus souvent qu'une histoire européenne, à l'exception de l'entrée en guerre des Etats-Unis. L'Amérique latine semble n'y avoir aucune place, comme si elle s'était tenue en marge du conflit. Pourtant l'Argentine et le Brésil ont bien été confrontés à la guerre. Les populations, largement composées d'immigrants européens, se sont senties concernées par l'issue des combats, d'autant que de nombreuses communautés étaient appelées à rejoindre leur patrie en Europe et à prendre les armes. L'impact de la guerre se fit sentir aussi dans le domaine économique et transforma en profondeur les sociétés latino-américaines. Spectatrices à distance du suicide de l'Europe, elles ont été choquées par cet effondrement d'une civilisation qu'elles admiraient. Les intellectuels, jusque-là convaincus de la nécessité d'imiter la culture européenne, s'en sont détournés pour la seconde fois, après les indépendances du début XIXe siècle, et ont commencé à promouvoir d'autres modèles, d'autres idéaux culturels, du panaméricanisme à l'affirmation nationale.
    Il n'est pas ici question des sempiternelles histoires de poilus ou des débats sur les résistances à l'effort de guerre. L'Adieu à l'Europe propose une histoire décentrée, depuis cet ailleurs si proche et si lointain qu'est l'Amérique latine. A ce titre, il ne se contente pas de renouveler notre géographie de la guerre, il offre aussi un plaidoyer pour une autre histoire du XXe siècle latino-américain.

  • La IIIe République a duré soixante-dix ans. Cette longévité exceptionnelle par rapport aux deux précédentes rompt avec la fatalité qui vouait jusque-là le régime républicain à succomber aux attaques des ennemis de la liberté. Elle permet aussi de l'enraciner dans la nation. L'école primaire, en particulier, contribue à diffuser l'amour de la République identifié à celui de la Patrie.

    Certes, l'attachement aux institutions n'est pas unanime. La nécessité de les défendre entretient le débat démocratique et lui donne une vigueur aujourd'hui oubliée. Cependant, enfantée dans une défaite, cette république, trop coûteusement victorieuse en 1918, s'effondre dans une autre.

    De 1870 à 1940, on passe de la lampe à pétrole à l'électricité, du cheval à l'auto, de l'art nouveau à l'art-déco, de Monet à Picasso, de Verlaine à Breton, de Zola à Aragon, de Bizet à Ravel. Le cinéma naît, apprend à parler, grandit. Grâce à lui, on peut voir et entendre certains des personnages qui ont façonné notre modernité.

    C'est à une remontée aux sources que les auteurs nous invitent. Les grands-parents d'aujourd'hui sont nés sous la IIIe République. Ce livre a pour ambition de faire découvrir à leurs petits-enfants quelle fut leur jeunesse, ce jasmin du temps, selon Apollinaire.

    Jocelyne George, docteur d'Etat, est professeur en classes préparatoires au lycée Jules-Ferry à Paris.
    Jean-Yves Mollier est professeur d'histoire contemporaine à l'université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines.

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