Langue française

  • L'opération Barbarossa, qui s'ouvre le 22 juin 1941 par l'entrée des Panzers de l'Allemagne hitlérienne en Union soviétique, est une guerre d'idéologies : le nazisme et son armée donnent alors la pleine mesure de leur potentiel de destruction. En face, le bolchevisme stalinien radicalise sa violence : la guerre ne change pas le stalinisme, elle l'exalte. En 1941, Wehrmacht et Armée rouge sont, de loin, les deux plus gros instruments militaires de l'époque. Dix millions d'hommes s'affrontent et se détruisent lors d'opérations militaires aux proportions monstrueuses : les plus gros encerclements, les percées les plus spectaculaires, les retournements les plus improbables aussi.
    Combats, exécutions, exactions, famines délibérées tuent en 200 jours plus de 5 millions d'hommes, femmes et enfants, soldats et civils.
    Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri brossent la fresque du plus terrible affrontement de la Seconde Guerre mondiale, passant du Kremlin au QG du Führer, des états-majors des Fronts à ceux des groupes d'armées, du NKVD aux Einsatzgruppen, des unités en marche aux usines et aux fosses d'exécution. Une somme unique et exceptionnelle.

  • « Ces pages seront-elles jamais publiées ? Je ne sais. Il est probable, en tout cas, que, de longtemps, elles ne pourront être connues, sinon sous le manteau, en dehors de mon entourage immédiat. Je me suis cependant décidé à les écrire. L'effort sera rude : combien il me semblerait plus commode de céder aux conseils de la fatigue et du découragement ! Mais un témoignage ne vaut que fixé dans sa première fraîcheur et je ne puis me persuader que celui-ci doive être tout à fait inutile. Un jour viendra, tôt ou tard, j'en ai la ferme espérance, où la France verra de nouveau s'épanouir, sur son vieux sol béni déjà de tant de moissons, la liberté de pensée et de jugement. ».

  • A l'ère de la révolution numérique et des réseaux sociaux, chaque jour apporte son lot de fausses nouvelles, de manipulation, de rumeurs et de théories du complot. Afin de comprendre ce phénomène complexe et en réalité ancien, ce livre retrace l'histoire de la propagande moderne, de Pékin à Palo Alto, en passant par Moscou et Paris. L'auteur en explique les fondements, en expose les principales techniques et donne à comprendre les rouages comme le rôle de la « fabrique du consentement ». Il montre ainsi que la propagande n'a cessé de se perfectionner à mesure que les sciences sociales et les neurosciences permettaient d'améliorer l'efficacité des techniques de persuasion, d'influence ou de manipulation.
    A travers une synthèse acce ssible et percutante, David Colon livre une contribution essentielle pour mieux cerner les ravages causés par la désinformation, hier comme aujourd'hui.

  • Dans son testament dicté à Sainte-Hélène, Napoléon met la dernière touche à la geste impériale en chargeant Edouard Bignon (1771-1841), un de ses diplomates les plus fidèles, d' "écrire l'histoire de la diplomatie française de 1792 à 1815" . L'Empereur s'assure ainsi du jugement de la postérité. Dès 1829-1830 paraissent les six premiers tomes d'une Histoire de France qui en comptera quatorze et se clôturera en 1846.
    A l'ampleur de cet ouvrage répond la brillante analyse d'abondantes sources documentaires. Conformément au voeu de son commanditaire, l'Histoire de France est la première histoire du Consulat et de l'Empire jamais publiée. Loin d'être une apologie des conquêtes du grand homme, elle propose une réflexion inédite sur les années 1799-1815. L'intuition brillante de son auteur est de mettre en lumière une des tensions fondamentales de l'Empire : l'impossibilité pour Napoléon d'obtenir une paix en Europe sans amoindrir la position française et donc sa propre légitimité.
    Jusqu'ici indisponible, voici la première anthologie de cette Histoire de France, laquelle restitue deux spécificités : l'étude de la France et de son empire au sein de l'Europe, et sa narration par un acteur impérial, attaché aux valeurs de 1789 et à la Charte de 1814.

  • Explorer la diversité des pratiques guerrières sur tous les continents depuis la préhistoire jusqu'à nos jours, telle est l'ambition des Mondes en guerre. Dès l'Antiquité, objet du premier volume, la formation d'empires alimenta un vaste processus de confrontations et d'échanges militaires, avant que l'ère des Grandes Découvertes, au départ du second volume, ne déclenche l'intégration de tous les continents dans un espace martial unifié. La séquence des guerres mondiales et impériales, de 1870 à 1945, introduisit finalement la sujétion du globe aux grandes puissances militaires.
    Au terme de cette histoire des Mondes en guerre, l'arme nucléaire change la donne et les défis de sécurité se mondialisent. Nous entrons dans une période de « longue paix », qui ne signifie pourtant pas l'absence de conflits : de la guerre froide et des guerres de décolonisation aux opérations de maintien de la paix sous l'égide de l'ONU, en passant par la lutte contre le terrorisme et la cyberguerre, la guerre reste en effet quotidienne. À travers une diversité d'études - culturelles, politiques, juridiques, stratégiques, techniques -, conjuguée à une diversité des approches - anthropologique, économique, sociologique -, c'est une histoire d'un monde en guerre qui se dessine, dont les frontières semblent abolies.

  • Le 2 juillet 1816, la frégate La Méduse s'échoue sur un banc de sable au large de la Mauritanie, avec à son bord 400 passagers. Cent cinquante d'entre eux sont abandonnés sur un radeau construit à la hâte qui dérive pendant treize jours. Sans provisions, les naufragés de La Méduse s'entre-tuent pour survivre, les rescapés dévorant la chair des cadavres gisant à leur côté. Quinze seulement survivent. Quatre témoigneront de cette expérience hors du commun. Leur récit bouleverse et divise la France de la Restauration. À travers la mise en cause du capitaine, dont l'incapacité est avérée, c'est le gouvernement lui-même qui est attaqué. Mais, au-delà de cette dimension politique, les Français découvrent avec stupeur et horreur cette aventure tragique et macabre qui touche les replis les plus sombres de l'âme humaine. Les souvenirs des guerres de l'Empire rejaillissent. La catastrophe de La Méduse, immortalisée par le peintre Géricault au salon de peinture et sculpture de 1819, permet d'exprimer un indicible refoulé pendant quinze ans.
    Reprenant, à partir des récits des témoins et d'archives inédites, le déroulement du naufrage et de ses suites, l'auteur emprunte les détours romanesques de l'aventure des naufragés et explore les profondeurs d'une société marquée par un quart de siècle de violences de guerre.

  • Qui, en dehors d'Haïti, a déjà entendu parler de la bataille de Vertières, point d'aboutissement spectaculaire et sanglant de la guerre d'indépendance haïtienne? Qui sait que cet affrontement s'est soldé, en 1803, par l'une des pires défaites napoléoniennes? Que les Noirs s'y réclamaient des idéaux de la Révolution? Ceux qui connaissent cette histoire sont peu nombreux, car la France vaincue s'est employée à effacer les traces de sa déconfiture. Pourtant, cette bataille aurait dû faire date : son issue, désastreuse pour la puissance coloniale française, allait fissurer de manière irrémédiable les assises de l'esclavage.

  • « Nous étions fermement persuadés que le vaisseau coulerait sous peu d'heures et, néanmoins, le feu continuait avec la plus grande vivacité, aux cris de «Vive l'Empereur !». » Malgré le panache et la bravoure des marins de l'Empire, pour les Français la bataille de Trafalgar signifie désastre et renoncement. Pour les Anglais, c'est une apothéose : ce 21 octobre 1805, la flotte commandée par l'amiral Nelson parvient à défaire l'armée navale franco-espagnole. Nelson en sort déifié, la Royal Navy en tire un immense prestige, et continue au XXIe siècle de célébrer son anniversaire avec une ferveur religieuse. En France, même si Napoléon construit encore des navires de guerre, c'est l'abandon de tout espoir de contester la maîtrise des mers aux Anglais et le début d'une amnésie volontaire.

    L'amiral Rémi Monaque dresse un tableau complet de la bataille, depuis ses prémices jusqu'à ses conséquences lointaines. Grâce au portrait des principaux acteurs du drame, à l'étude des trois marines impliquées et à la description des conditions de vie à bord comme des techniques de combat, il permet au lecteur de vivre la terrible journée dans toute son horreur et sa complexité. Il met aussi en pleine lumière le rôle joué par l'Empereur et offre à travers cette nouvelle édition le livre de référence sur Trafalgar.

  • À l'heure du 'changement' et de la 'mondialisation', le 'village' continue d'être présent dans la mémoire et l'imaginaire des Français. Mais le divorce entre le mythe et la réalité n'a jamais été aussi flagrant. À l'ancienne collectivité, rude, souvent, mais solidaire et qui baignait dans une culture dont la 'petite' et la 'grande patrie' étaient le creuset, a succédé un nouveau monde bariolé où individus, catégories sociales, réseaux et univers mentaux, parfois étrangers les uns des autres, coexistent dans un même espace dépourvu d'un avenir commun.
    Telle est la conclusion de l'enquête menée par Jean-Pierre Le Goff pendant plusieurs années sur les évolutions d'un bourg du Luberon depuis la Seconde Guerre mondiale. Il s'est immergé dans la vie quotidienne des habitants, a interrogé beaucoup d'entre eux, consulté des archives, recueilli les documents les plus divers. Le tableau qu'il brosse est saisissant. À rebours des clichés et d'une vision idéalisée de la Provence, les anciens du village ont le sentiment d'être les derniers représentants d'une culture en voie de disparition, face aux modes de vie des néo-ruraux et au tourisme de masse. Animation culturelle et festive, écologie et bons sentiments, pédagogie et management, spiritualités diffuses se développent sur fond de chômage et de désaffiliation. Les fractures sociales se doublent de fractures culturelles qui mettent en jeu des conceptions différentes de la vie individuelle et collective.
    C'est donc un microcosme du mal-être français que l'auteur décrit au plus près des réalités, en s'interrogeant sur ce qu'il est advenu de l'ancien peuple de France et sur les défis qu'un nouveau type d'individualisme pose à la vie en société.

  • En 1898, Louise Michel achève la rédaction de son histoire de la Commune : « Écrire ce livre, annonce-t-elle au lecteur, c'est revivre les jours terribles où la liberté nous frôlant de son aile s'envola de l'abattoir ; c'est rouvrir la fosse sanglante où, sous le dôme tragique de l'incendie, s'endormit la Commune belle pour ses noces avec la mort, les noces rouges du martyre. Dans cette grandeur terrible, pour son courage à l'heure suprême lui seront pardonnés les scrupules, les hésitations de son honnêteté profonde. » Quelque vingt-cinq années après les événements, cette figure de la Commune de Paris n'a pas perdu de sa fougue.
    Dans ce récit passionné, elle raconte, jour par jour, les épisodes de ce drame qui lui valurent d'être emprisonnée puis déportée pendant près de dix ans en Nouvelle-Calédonie. La richesse et la précision de ses informations font de ce texte un document exceptionnel sur la Commune et ses acteurs. De plus, ses qualités stylistiques et la force de son écriture élèvent ce témoignage émouvant au rang des grands classiques de notre littérature politique.
    Cette nouvelle édition, entièrement revue, est augmentée de nombreux éclaircissements critiques, d'un index et d'un dossier photographique.

  • Dans ce dernier tome, c'est peut-être plus à travers l'événement que par le
    dépaysement des lieux, que l'auteur recrée le mystère et les limites d'une
    époque. Broadway 1959, c'est par le biais du théâtre que les signes avant-
    coureurs des affrontements raciaux se manifestent. Et puis, toujours aux États-
    Unis, c'est la société des alcooliques anonymes. Enfin, le procès Eichmann, en
    1961, résurgence d'un passé qui marque le présent. Journaliste, aviateur,
    résistant, romancier (La Passante du Sans-Souci, L'Armée des ombres, Les
    Cavaliers, Le Lion), Joseph Kessel (1898-1979) fut l'un des grands reporters du
    xxe siècle. Ami de Malraux, de Saint-Exupéry, de Monfreid, il a couvert les
    guerres civiles irlandaise et espagnole, les premières tensions en Palestine,
    les vols transsahariens de l'Aéropostale comme la traite négrière en mer Rouge.

  • Ce livre, vendu à plus de 65 000 exemplaires depuis sa réédition en 1967 dans la « Petite collection Maspero », reste un grand classique. Son auteur, acteur et témoin de la Commune de Paris, se mit au travail au lendemain de la défaite et ce travail dura vingt-cinq ans. Il a enquêté avec acharnement auprès de tous les survivants, dans l'exil à Londres, en Suisse, puis consulté tous les documents disponibles à l'époque.
    Le résultat est cette « somme », qui n'est pas seulement un récit historique événementiel, de l'insurrection à la répression : elle est un tableau de tous les courants de la pensée sociale, de tous les affrontements internes, un bilan des réalisations ou des tentatives, « mesures éparses, tôt dispersées au vent de la lutte et des divergences, mesures significatives pourtant », qui caractérisent, pour Jean Maitron, cette Commune qui fut « un trait d'union plutôt qu'une coupure dans l'histoire du mouvement ouvrier français ».
    « La dernière barricade des journées de Mai, écrit Lissagaray, est rue Ramponneau. Pendant un quart d'heure, un seul fédéré la défend. Trois fois il casse la hampe du drapeau versaillais. Pour prix de son courage, le dernier soldat de la Commune réussit à s'échapper. » La légende veut que ce dernier combattant anonyme ne fut autre que Lissagaray lui-même : tant il est vrai que chez lui la modestie de l'historien va toujours de pair avec la ténacité et l'intransigeance du militant.

  • Les scientifiques nous l'annoncent, la Terre est entrée dans une nouvelle époque : l'Anthropocène. Plus qu'une crise environnementale, nous vivons un basculement géologique d'origine humaine. Comment en sommes-nous arrivés là ? Faisant dialoguer science et histoire, les auteurs revisitent l'histoire globale des derniers siècles au prisme de l'environnement : le manifeste d'une nouvelle génération d'historiens.

  • 1948. Le monde vit dans une paix fragile. Et voici qu'au Proche-Orient les
    armes recommencent à faire feu. On pouvait cependant espérer que l'indépendance
    et la reconnaissance de l'État d'Israël allaient enfin mettre un terme
    pacifique aux deux mille ans d'errance et de persécutions d'un peuple qui
    venait, précisément, de connaître le drame le plus sanglant de son histoire.
    Mais cette fois ce sont les pays arabes qui entendent priver Israël de la vie.
    C'est sur cette première guerre palestinienne que s'ouvre le quatrième tome de
    ses Grands reportages. Journaliste, aviateur, résistant, romancier (La Passante
    du Sans-Souci, L'Armée des ombres, Les Cavaliers, Le Lion), Joseph Kessel
    (1898-1979) fut l'un des grands reporters du xxe siècle. Ami de Malraux, de
    Saint-Exupéry, de Monfreid, il a couvert les guerres civiles irlandaise et
    espagnole, les premières tensions en Palestine, les vols transsahariens de
    l'Aéropostale comme la traite négrière en mer Rouge.

  • Plus de 80 cartes et infographies pour comprendre une période charnière de l'histoire du monde : la Première Guerre mondiale.
    - La Grande Guerre, traitée dans sa dimension internationale, des combats en Europe aux tensions au Moyen-Orient, en passant par les révolutions russes et l'implication des États-Unis.
    - La Marne, les Dardanelles, Verdun, la Somme : le déroulement des grandes batailles qui ont marqué la guerre.
    - La chute des empires, la création de nouveaux États, les rapports entre vainqueurs et vaincus sèment les germes du prochain conflit mondial.

    À l'occasion du centenaire de la Première Guerre mondiale, cette nouvelle édition décrypte les origines, les enjeux et les conséquences de la Grande Guerre, participant ainsi au devoir de mémoire.
    />

  • Oublions les westerns. Durant trois siècles, l'Amérique du Nord a été sillonnée, à l'échelle continentale, par des aventuriers de langue française. Coureurs de bois, trappeurs, interprètes, ces hommes, en quête de fourrures, se sont constamment mêlés aux Amérindiens.
    En partant sur la piste de dix voyageurs, natifs de la France ou du Canada, Gilles Havard fait surgir des scènes saisissantes : adoption d'un jeune Français par des Iroquois du XVIIe siècle, pirogues chargées de peaux de castor ou de bison descendant la rivière Missouri, fêtes du nouvel an empruntant aux cérémonies indiennes, retrouvailles lors des grandes haltes de caravanes... À travers ces destins hors du commun se dessine une autre histoire de la colonisation européenne, occultée par le récit américain de la conquête de l'Ouest : une histoire d'échanges, de métissages, mais aussi de violences, dont les têtes d'affiche sont des Français et des Amérindiens.
    Cet ouvrage explore une Amérique oubliée, fantôme - effacée des mémoires, absente des livres d'histoire. S'appuyant sur des récits de voyage, les archives des deux continents et les témoignages de descendants, enrichi de cartes et d'images inédites, il donne vie à un monde jusqu'ici invisible.

  • La proclamation de la Commune est un livre comme on n'en fait plus : un livre d'histoire, écrit par un philosophe qui multiplie les incursions dans l'économie et la sociologie, et adopte une perspective totalisante où transparaissent les débats politiques de son temps.
    En choisissant la journée du 26 mars 1871 comme objet et borne de son étude, Henri Lefebvre ne se contentait pas de répondre à une exigence éditoriale*, mais entendait arracher la Commune à ses interprétations mécanistes et téléologiques - bourgeoise ou stalinienne -, pour lui rendre toute sa puissance créatrice.
    S'il analyse, en marxiste, les conditions économiques, politiques et historiques de l'événement, c'est pour en souligner l'imprévisible, le contingent et l'exceptionnelle nouveauté. Pas plus que ses victoires, l'échec de la Commune n'était écrit d'avance. Et l'horizon des possibles qu'elle ouvrit au mouvement ouvrier dépasse de loin la conscience historique de ses acteurs. « Restituer non seulement les faits, mais leur signification aujourd'hui obscurcie », telle est la tâche que se donne Lefebvre dans ce livre foisonnant.
    Le tableau qu'il dresse de la période, de l'effondrement du second Empire à la proclamation de la Commune est multiscalaire : la mémoire et les aspirations des contemporains y comptent autant que les données macroéconomiques. On y retrouve des thèmes chers à l'auteur : l'urbain (« l'insurrection parisienne de 1871 fut la grande et suprême tentative de la ville pour s'ériger en mesure et norme de la réalité humaine »), la vie quotidienne (« la quotidienneté se transforme en fête perpétuelle ») et le problème, resté irrésolu, de l'État, que les communards abordèrent avec un mélange de naïveté, de sensibilité fédéraliste et d'inventivité sociale. Son récit n'élude pas les grandes questions stratégiques qui traversent l'historiographie de gauche de la Commune : le rôle du Comité central de la garde nationale, les contradictions du « complexe idéologique » constitué par les différents courants (blanquistes, proudhoniens, républicains et internationaux), l'organisation militaire, l'habileté et la bassesse de l'adversaire (Thiers), etc. Mais ce livre est avant tout un hommage, dont la valeur prospective reste intacte, à l'« extraordinaire mélange de grandeur et de folie, de courage héroïque et d'irresponsabilité, de délire et de raison, d'exaltation et d'illusion » qui fait le « style » de la Commune.

  • Les chiffonniers de Paris au XIXe siècle : un sujet original et inattendu. Un sujet d'une grande richesse, entre histoire, économie, urbanisme, littérature et art.
    Morceau de vieux linge, le chiffon sert à la fabrication du papier. Or la demande explose après la révolution industrielle, avec l'essor de l'instruction et l'abondance de la presse. Le chiffonnier est à la fois l'inquiétant rôdeur des nuits de la capitale et l'agent indispensable des progrès de la société. Sa figure hante l'oeuvre des écrivains et des peintres, d'Hugo à Baudelaire et Théophile Gautier, de Daumier à Gavarni.
    Dans son Tableau de Paris, Louis-Sébastien Mercier repérait en 1781 sa montée en puissance : «Le voyez-vous, cet homme qui, à l'aide de son croc, ramasse ce qu'il trouve dans la fange et le jette dans sa hotte?... Ce vil chiffon est la matière première qui deviendra l'ornement de nos bibliothèques, le trésor précieux de l'esprit humain. Le chiffonnier précède Montesquieu, Buffon et Rousseau».
    On voit les dimensions que prend le sujet. Antoine Compagnon les explore avec une érudition inépuisable. De l'hygiène des rues de Paris à l'administration des déchets ; de la prostitution, dont le monde recoupe celui des chiffonniers, à leur recrutement et aux mythes qui les entourent.
    C'est à une plongée toujours surprenante dans le Paris nocturne que nous convie l'auteur, le Paris des bas-fonds et celui de l'imaginaire collectif. Qui croirait que le premier dessin cité dans le Grand dictionnaire universel de Pierre Larousse à l'article «Caricature» montre un chiffonnier?
    Le crépuscule du chiffonnage parisien date de la fin du Second Empire : on fabrique maintenant le papier avec la fibre de bois et, en 1883, le préfet Eugène Poubelle décrète que les ordures seront déposées dans des récipients, lesquels prendront son nom.
    Mais le malfaisant marchand d'habits des Enfants du paradis, le film de Carné, suffit à illustrer la survivance du chiffonnier dans les représentations de Paris.

  • Ecrire et photographier ? La question est d'une étonnante modernité. Mais elle n'est pas nouvelle et elle accompagne depuis les origines du livre l'histoire de l'édition. Sylvain Venayre saisit l'occasion de réfléchir au rapport du texte et des images, de l'art de la description des lieux face à l'art de les représenter visuellement, par l'approche des relations entre deux grands artistes du xixe siècle : Gustave Flaubert et Maxime Du Camp. Ces deux-là sont à peine âgés de 25 ans, en ce milieu du siècle, quand ils entreprennent de partir en voyage : destination le Moyen Orient. C'est une destination toute trouvée dans un contexte favorable aux voyages et aux expéditions.
    La France a découvert l'égypte avec l'expédition de Bonaparte (1798-1801), l'égyptologie avec Jean-François Champollion et de nouveaux accès avec l'entrepreneur Ferdinand de Lesseps. L'« égyptomanie » s'inscrit durablement dans le paysage culturel du nouvel empire aussi bien dans les oeuvres de l'esprit que dans les monuments. Il importe donc d'enrichir la documentation scientifique et architecturale, de s'intéresser aux usages et aux moeurs des populations et des nouvelles contrées à coloniser et surtout d'apporter des preuves et des images fiables de ces « ailleurs » pleins de promesses de profit. Celles-ci vont se multiplier jusque dans les années 1930 sur toutes sortes de supports imprimés.
    Ce milieu du siècle de l'industrie est marqué par l'exotisme, la conquête de nouveaux passages et de nouvelles terres. L'Orient est à la mode. À ce moment d'apogée du romantisme, la littérature s'est « orientalisée » avec le goût de l'ailleurs, du voyage, sous l'influence des écrits de Byron, Chateaubriand et Lamartine, qui auront aussi de l'influence sur Flaubert, Du Camp ou Nerval. C'est une époque charnière d'une histoire « contemporaine » avec l'ouverture des temps « modernes » et le développement du goût pour la science et la technique en liaison avec l'industrialisation de l'Occident. C'est notamment le début d'un cycle d'inventions de ce nouvel art de la représentation qu'est la photographie.
    Dix-neuvièmiste éclairé, historien du voyage, lecteur et rassembleur assidu de toutes sortes d'archives et de sources d'histoire culturelle, Sylvain Venayre, connu et reconnu pour ses travaux d'histoire culturelle sur Pierre Loti, suit ici de près les deux protagonistes qu'il nomme familièrement « Gustave » et « Maxime » dans leur voyage en Orient et ses conséquences sur la perception qu'ils ont respectivement de l'écriture et de la photographie. Ce débat engagé entre eux en amont de ce voyage par la publication des travaux de Maxime se poursuivra plus tard comme en atteste, dans la correspondance de Flaubert, ses parti pris et ses refus de l'illustration pour ses romans, notamment Salammbô.
    Le choix s'est porté ici, dans cet petit ouvrage, sur une relecture à la fois textuelle (avec des extraits de la Correspondance de Flaubert) et visuelle (avec une vingtaine de photographies choisies de Du Camp) de ce moment clé d'une expérience de terrain propice à une philosophie des usages de l'image.

  • En 1870, les populations rurales du Périgord recourent à de nombreuses formes de cruauté. L'auteur étudie ce phénomène à partir d'un fait divers à Hautefaye, où un jeune noble accusé d'avoir crié Vive la République est torturé puis brûlé par des villageois, et montre l'impuissance du pouvoir politique en la matière.

  • Les Jours de l'aventure, second tome de son anthologie Témoin parmi les hommes, est imprégné de cet esprit d'aventurier, propre au journaliste français. Témoin lucide sur les événements et la nature humaine de son époque, Joseph Kessel décrit d'abord sa lutte contre les derniers marchands d'esclaves dans le bassin de la mer Rouge. " Je venais de songer à des hommes noirs, taciturnes et résignés que j'avais remarqués trois ans plus tôt en terre arabe... Ces hommes étaient des esclaves. " Il ne s'agit pas du siècle dernier, mais de 1930 ! Puis c'est une autre grande aventure, européenne celle-là : l'Allemagne avant Hitler et la prise du pouvoir par le Führer. Kessel enchaînera sur New-York, l'Amérique de 1933 au bord de " l'abîme ", celle de la crise. Et pour finir, l'Espagne : " Ce fut à Port-Bou que je passai la frontière le 3 octobre 1934. Pour une fois je n'allai pas vers la tragédie ou l'aventure, elles m'attendaient au rendez-vous. " Journaliste, aviateur, résistant, romancier (La Passante du Sans-Souci, L'Armée des ombres, Les Cavaliers, Le Lion), Joseph Kessel (1898-1979) fut l'un des grands reporters du XXe siècle. Ami de Malraux, de Saint-Exupéry, de Monfreid, il a couvert les guerres civiles irlandaise et espagnole, les premières tensions en Palestine, les vols transsahariens de l'Aéropostale comme la traite négrière en mer Rouge.

  • Dans ce cinquième tome, entièrement consacré à l'Afghanistan, Joseph Kessel
    nous livre ses impressions de voyage, nous relate ses rencontres insolites,
    nous révèle les rites violents et magnifiques de ce peuple qui lui a inspiré
    l'un des plus célèbres de ses romans, Les Cavaliers. Outre l'attrait fascinant
    de découvrir un monde inconnu dans les pas d'un tel guide, il y a, pour
    quiconque s'intéresse aux cheminements de la création littéraire, un parallèle
    à établir, et une impression d'émerveillement à assister à la naissance d'un
    chef d'oeuvre. Journaliste, aviateur, résistant, romancier (La Passante du Sans-
    Souci, L'Armée des ombres, Les Cavaliers, Le Lion), Joseph Kessel (1898-1979)
    fut l'un des grands reporters du xxe siècle. Ami de Malraux, de Saint-Exupéry,
    de Monfreid, il a couvert les guerres civiles irlandaise et espagnole, les
    premières tensions en Palestine, les vols transsahariens de l'Aéropostale comme
    la traite négrière en mer Rouge.

  • Au début du XXe siècle apparait une catégorie nouvelle de journalistes : les grands reporters. Leur métier était l'aventure, la découverte permanente. Ils avaient pour mission de faire connaître à des millions de lecteurs, emprisonnés dans leur routine quotidienne, des lieux pour eux inaccessibles et des spectacles humains auxquels ils ne pouvaient même pas rêver d'assister. Par vocation, peut-être même par prédestination, Joseph Kessel est l'un d'entre eux. Sa soif de comprendre et sa curiosité l'ont conduit sur les grands chemins de l'univers et l'ont amené à vouer sa vie entière à l'aventure.
    Couvrant les lendemains de l'armistice de 1918 jusqu'à 1929, Le Temps de l'espérance relate la vision d'un jeune homme au cuur de l'Irlande insurgée, de l'Israël en passant par la Syrie des Tcherkesses, la ligne aérienne de Didier Dauriat ou encore les russes réfugiés à Paris après la révolution d'Octobre 1917. Au milieu d'eux, Joseph Kessel, témoin lucide, bienveillant, complice, nous livre un témoignage exceptionnel.
    Journaliste, aviateur, résistant, romancier (La Passante du Sans-Souci, L'Armée des ombres, Les Cavaliers, Le Lion), Joseph Kessel (1898-1979) fut l'un des grands reporters du XXe siècle. Ami de Malraux, de Saint-Exupéry, de Monfreid, il a couvert les guerres civiles irlandaise et espagnole, les premières tensions en Palestine, les vols transsahariens de l'Aéropostale comme la traite négrière en mer Rouge.

  • « Ce ne sont pas des mémoires. C'est trop tôt. Ce n'est pas un journal. Je ne vois pas assez de choses. Ce sont des notes, des notes dont je veux me souvenir et que seul, peut-être, j'aurai du plaisir à relire. » Lorsque Maurice Garçon (1889-1967) inaugure par ces mots le premier cahier de son journal, en 1912, il ne se doute pas qu'au cours du demi-siècle à venir et jusqu'à la veille de sa mort, il va en remplir 41 autres. Il a vingt-trois ans et vient de prêter serment au barreau de Paris. Ses cahiers deviennent ses confidents quotidiens : il se précipite presque chaque soir sur les pages à noircir. Il note, raconte ses journées avec verve. La période de l'Occupation lui donne l'occasion de déployer tous ses talents de chroniqueur. Il sillonne Paris et la province, enquête, furète, recoupe : nous voici conviés à une ahurissante traversée des années noires, histoire immédiate haletante. Maréchaliste de la première heure, il fait volte-face après l'armistice et, après le vote des pleins pouvoirs à Pétain, le 10 juillet 1940 : il ne cessera plus de fustiger « le Vieux ». Fureur patriote, chagrin sans pitié, colère, espoir, désespoir. Honte de la collaboration. Virulence contre les nouvelles lois de Vichy. Son journal déborde. Portraits, détails méconnus, anecdotes, parfois révélations, Maurice Garçon se livre avec une enviable facilité d'écriture et le mérite constant de s'interdire toute retouche. Car ce qu'on découvre est un premier jet, un premier jet presque sans ratures, qui ne sera jamais repris ni retravaillé. On lit sur le vif.

empty