Points

  • Longtemps en Europe, le roi des animaux ne fut pas le lion mais l'ours, admiré, vénéré, pensé comme un parent de l'homme. Les cultes dont il a fait l'objet plusieurs dizaines de millénaires avant notre ère ont laissé des traces dans l'imaginaire et les mythologies jusqu'au cour du Moyen Âge chrétien. De bonne heure, l'Église chercha à les éradiquer, effrayée par la force brutale du fauve, et surtout par la croyance selon laquelle il était sexuellement attiré par les jeunes filles.
    Michel Pastoureau retrace les différents aspects de cette lutte de l'Église contre l'ours pendant près d'un millénaire : massacres, diabolisation, humiliation et promotion du lion sur le trône animal. Inscrivant l'histoire culturelle de l'ours dans la longue durée, il tente ainsi de cerner ce qui, jusqu'à nos jours, a survécu de son ancienne dignité royale et retrace l'étonnante transformation d'un fauve en ours en peluche, dernier écho d'une relation passionnelle venue du fond des âges.

  • La séparation des chaires de grec et de latin au sein de l'université française perpétue le mythe d'une distinction, voire d'une opposition, entre la « Grèce » et « Rome ».
    Pourtant, l'Empire dit « romain » fut gréco-romain à plus d'un titre. Si la langue véhiculaire de sa moitié occidentale était le latin, celle du pourtour oriental de la Méditerranée était bien le grec. Ensuite, la culture matérielle et morale de Rome est issue d'un processus d'assimilation de cette civilisation hellénique qui reliait l'Afghanistan au Maroc. Enfin, l'Empire était gréco-romain en un troisième sens : la culture y était hellénique et le pouvoir romain ; c'est d'ailleurs pourquoi les Romains hellénisés ont pu continuer à se croire tout aussi romains qu'ils l'avaient toujours été.
    Le présent volume entend suggérer une vision d'ensemble qui ne soit pas trop incomplète de cette première « mondialisation » qui constitue les assises de l'Europe actuelle.

  • Qu'est-ce que l'histoire ? Que font réellement les historiens, d'Homère à Max Weber, une fois qu'ils sont sortis de leurs documents et archives et qu'ils procèdent à une « synthèse » ? Font-ils l'étude scientifique des diverses créations et activités des hommes d'autrefois ? Leur science est-elle celle de l'homme en société ?
    Bien moins que cela ; la réponse à la question n'a pas changé depuis deux mille deux cents ans que les successeurs d'Aristote l'ont trouvée : les historiens racontent des événements vrais qui ont l'homme pour acteur. L'histoire est un roman vrai.

  • En trois siècles, le christianisme, religion minoritaire, illégale et parfois persécutée, dispersée et très hétérogène, a acquis le statut d'une puissante religion d'empire dotée d'une Église unifiée.Comment un tel événement a-t-il pu se produire ? Est-il le fruit d'un changement brutal et inattendu ? Est-ce Constantin qui transforma en religion d'État une secte parmi d'autres ? Ne s'agit-il pas plutôt d'une évolution de longue durée, menée par des chrétiens qui surent mettre à profit réseaux et moyens de communication pour médiatiser le message évangélique, à l'instar de saint Paul ? Ce débat, dont les enjeux restent encore profondément actuels, méritait d'être tranché de façon claire et synthétique. C'est tout l'objet de cet ouvrage qui met enfin au jour les véritables racines chrétiennes de l'Europe. Professeur d'histoire des religions à l'université Paris-Sorbonne (Paris-IV) et spécialiste des religions du monde gréco-romain, elle a notamment publié Saint Paul. Artisan d'un monde chrétien (Fayard, 2008).

  • Pour la première fois, en volume séparé, la contribution de Paul Veyne à l'Histoire de la vie privée. De la naissance à la mort, comment vivaient les Romains ?
    « L'histoire, ce voyage en autrui, doit servir à nous faire sortir de nous, au moins aussi légitimement qu'à nous conforter dans nos limites. Les Romains sont prodigieusement différents de nous et, en matière d'exotisme, n'ont rien à envier aux Amérindiens ou aux Japonais. [...] La «famille» romaine, pour ne parler que d'elle, ressemble si peu à la légende ou à ce que nous appelons une famille. » Un texte qui a fait date.

  • Les canons de la beauté ont varié selon les époques : ce sont leurs transformations que restitue ce livre. Cette histoire décrit ce qui plaît ou ne plaît pas du corps dans une culture et dans un temps : allures et traits valorisés, contours soulignés ou dépréciés, moyens d'embellissement repensés. L'imaginaire y prend part au même titre que les valeurs d'une époque.
    La beauté n'a cessé de distinguer des individus ; en même temps, elle traduit les oppositions entre les groupes sociaux, les genres, les générations. Objet inquiet ou glorieux du miroir, elle est elle-même miroir des sociétés.

  • Tout ce qu'il faut savoir sur l'histoire et le métier d'historien.
    En douze chapitres, qui proviennent d'un cours donné à la Sorbonne, Antoine Prost démonte clairement les étapes de la méthode historique, tout en replaçant l'histoire et l'historien dans la société contemporaine et dans sa profession. Cet ouvrage est à la fois un traité d'initiation au travail de réflexion, nourri par d'amples lectures, et une pensée originale.

  • Le corps occupe un lieu dans l'espace. Il est lui-même un territoire qui possède ses enveloppes : la peau, le halo sonore de sa voix, l'aura de sa respiration. Ce corps physique, matériel, peut être touché, senti, contemplé. On mesure sa masse, son volume, sa température. On analyse son mouvement. On le travaille.Mais les historiens ont trop souvent négligé la tension instaurée entre l'objet de science, le corps expérimental inclus dans l'univers technico-scientifique, et le corps qui éprouve plaisir et douleur. Ce livre propose donc de rétablir un équilibre entre ces deux perspectives.Le long XIXe siècle voit ainsi émerger des processus aussi actifs que la médecine anatomo-clinique, l'anesthésie, l'essor de la gymnastique et du sport... Dans le même temps s'élabore un nouvel imaginaire de la relation charnelle, parallèlement à l'avènement de la sexologie. Enfin, les nouvelles machines imposée par la révolution industrielle ou le dessin de nouvelles représentations sociales du corps témoignent de la variété des approches envisagées par ce volume.

  • Ni thèse, ni synthèse, ce livre peut être lu comme l'aboutissement d'une longue recherche.
    Écrit en 2013, peu avant le décès du grand historien, il interroge les diverses manières de concevoir les périodisations dans l'histoire : les continuités, les ruptures, les manières de repenser la mémoire de l'histoire. Le problème reste en effet de savoir si l'histoire est une et continue ou sectionnée en compartiments ?
    Jacques Le Goff examine ici un cas particulier : la prétendue nouveauté de la « Renaissance », sa « centralité » et son rapport au Moyen Âge. L'ouvrage met ainsi en évidence les caractéristiques majeures d'un long Moyen Âge occidental qui pourrait aller de l'Antiquité tardive (du IIIe au VIIe siècle) jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, incitant à renouveler notre vision historique, souvent trop étriquée, de ce Moyen Âge auquel l'auteur a consacré avec passion sa vie de chercheur.

  • Après l'histoire de la famille, Philippe Ariès a consacré ses recherches à l'histoire des attitudes de l'homme occidental devant la mort. Il livre ici l'essentiel de ses découvertes, à savoir comment on est passé progressivement de la mort familière, « apprivoisée », au Moyen Âge, à la mort refoulée, maudite et « interdite » dans les sociétés contemporaines. Fuir la mort, telle semble être la tentation de l'Occident.

  • À travers ce long parcours du XIIIe siècle à nos jours, Robert Muchembled propose des clefs pour comprendre la violence massivement masculine et juvénile. L'actualité place cette violence sur le devant de la scène. Thème cher aux sociologues et aux politiques, elle est aussi objet d'histoire.

  • " Avec l'implosion du monde romain, la ville de l'Antiquit se rtracte ou disparat lentement tandis qu'apparaissent de nouvelles ralits urbaines qui ne se laissent plus circonscrire par le cadre politique et spatial de la cit. Faut-il alors parler de " ville mdivale " ? Une chose, en tout cas, est certaine : c'est au cours du millnaire mdival que se redessine les contours e d'une nouvelle Europe urbaine.Entre les VIIe et Xe sicles, des modles originaux d'urbanisation surgissent, le plus souvent hors du bassin mditerranen qui fut le berceau de la civitas. Durant les sicles du " grand progrs " (XIe-dbut XIVe sicle) se dveloppe une vigoureuse et brillante floraison de villes. Les nouvelles communauts urbaines sont des socits politiques dans lesquelles s'inventent non seulement des manires particulires de travailler, d'habiter et de cohabiter mais aussi des pratiques de gouvernement que les hommes au pouvoir prtendent exercer au nom du bien public.Pourtant, quand le Nouveau Monde est dcouvert, l'Europe qui s'est construite au Moyen ge n'est pas une Europe des villes mais un systme d'tats monarchiques qui intgrent les villes dans leur construction politique.

    " Denis MenjotEst professeur d'histoire mdivale l'universit Lumire Lyon 2, prsident de la Socit franaise d'histoire urbaine et ex-prsident de l'European Association for Urban History. Ses recherches portent sur les socits et les pouvoirs en Castille au Moyen ge et la fiscalit des villes de l'Occident mdival. Il a publi entre autres, Les Espagnes mdivales (Hachette, " Carr Histoire ", 1996) et codirig avec Manuel Snchez Martnez, La Fiscalit des villes au Moyen ge (Occident mditerranen), 4 tomes parus Toulouse, Privat, 1996, 1999, 2000 et 2004.Patrick BoucheronEst actuellement matre de confrences en histoire du Moyen ge l'universit Paris-I Panthon-Sorbonne. Spcialiste de l'histoire politique et culturelle de l'Italie urbaine, il a notamment publi Les Villes d'Italie (vers 1150-vers 1340) (Belin, 2004), Lonard et Machiavel (Verdier, 2008) et rcemment dirig L'Histoire du monde au XVe sicle (Fayard, 2009).Jean Luc Pinol (dir.)Professeur d'histoire contemporaine l'ENS de Lyon, ancien prsident de la Socit franaise d'histoire urbaine. A publi Le Monde des villes au XIXe sicle (Hachette, 1991) et dirig L'Atlas historique des villes de France (Salvat/Hachette, 1996). Il vient de publier avec Maurice Garden L'Atlas des Parisiens (Parigramme, 2009).

  • Parcours libre, vif et allègre, ce livre se nourrit de la double expérience de l'auteur comme historien de la vie politique et culturelle et comme praticien des médias, investi de plusieurs responsabilités importantes.
    Il raconte comment les sociétés occidentales ont organisé, au cours des âges, leur connaissance d'elles-mêmes et des autres. Il retrace l'essor de la liberté de la presse si difficilement conquise, décrit la diversité des efforts déployés de tout temps par les acteurs, publics ou privés, pour influencer les journaux d'abord, puis la radio et la télévision - jusqu'à Internet. Il offre, enfin, à partir du passé proche ou lointain, une riche matière à la réflexion des citoyens soucieux d'affronter les révolutions qui sont en passe de bouleverser la communication planétaire.

    Quatrième édition revue et augmentée

  • Après deux siècles de domination économique, l'Occident est progressivement rattrapé par le reste du monde. En ce début de XXIe siècle, les contraintes écologiques interdisent de généraliser à l'échelle du monde le niveau de vie occidental. Il devra donc baisser pour que chacun ait sa juste part, rendant ainsi inéluctable l'appauvrissement de l'Occident. Comment vivrons-nous cette évolution : en changeant nos sociétés pour nous adapter à ce nouveau monde ou en nous opposant au sens de l'histoire, au prix d'un déchaînement de la violence ?
    Récit des tribulations de l'humanité depuis son apparition sur Terre, cet essai propose une vision fondamentalement optimiste de l'avenir : oui, un nouveau monde est possible.

  • 1543. Un ancien compagnon de Cortés, Bernal Diaz del Castillo, écrit, à la fin de sa vie, L'Histoire véridique de la conquête de la Nouvelle Espagne, considérée encore aujourd'hui non seulement comme un document de première main, mais comme un authentique chef-d'oeuvre littéraire, qui met en scène, sur fond de volcans mexicains, des conquistadores, des franciscains, des courtisans, des guerriers indigènes. Voilà la version officielle. Mais elle ne résiste pas à l'examen approfondi auquel se livre Christian Duverger. Alors surgit une énigme : qui est cet homme qui se cache dans l'ombre ? Quel est son dessein ?
    Avec une écriture jubilatoire, Christian Duverger nous entraîne dans une enquête au long cours, où l'on côtoie Cortés et Malinche, Díaz del Castillo, Charles Quint et José Maria de Heredia.

    Christian Duverger, spécialiste du monde méso-américain, historien et archéologue, est professeur à l'École des hautes études en sciences sociales. Il est l'auteur de La Fleur létale (Seuil, 1979), de L'Origine des Aztèques (Seuil, 1983 et « Points Histoire », 2003), et d'une biographie de Cortès (Fayard, 2001) qui a fait date.

  • Adulé ou maltraité, étudié, négligé, fardé, embelli, enlaidi, dissimulé... le corps humain nous inspire des attitudes et des sentiments aussi variés que révélateurs de nos sociétés. C'est qu'il n'est pas une donnée éternelle. Changeant au cours des âges, tributaire des conditions de vie et des cultures qui, elles-mêmes, évoluent. Cette série de trois volumes réalise la magistrale synthèse historique qui manquait sur la place du corps dans la société occidentale.Le premier volume s'attache au corps " moderne " des anatomistes, observé, manipulé, disséqué - mais aussi au corps qui souffre et qui jouit. Lorsque ce corps " moderne " émerge au XVIe siècle, c'est la première fois qu'il peut être imaginés indépendamment de l'influence des planètes, des forces occultes. Non que disparaissent, loin s'en faut, les références sacrées. Mais un conflit de culture s'avive avec la Renaissance où le corps se singularise dans toute son autonomie. À quoi s'ajoute un intense travail de la modernité sur les frontières du soi, les pulsions, les désirs : contrôle des politesses et des sociabilités, polissage des violences, autosurveillance des gestes dans l'univers de l'intime.

  • Jamais, avant le XXe siècle, le corps humain n'avait connu de tels bouleversements. Le troisième et dernier volume de cette somme magistrale saborde les profondes transformations, ressenties à même la chair, qui sont tout autant mutation des regards qu'on a portés sur lui.Le déplacement du rapport entre santé et maladie, corps normal et corps anormal, vie et mort dans une société médicalisée de part en part ; le relâchement de disciplines héritées du passé, la légitimité accordée au plaisir en même temps que l'émergence de nouvelles normes et de nouveaux pouvoirs, biologiques et politiques ; la recherche du bien-être individuel et l'extrême violence de masse, le contact des peaux dans la vie intime et la saturation de l'espace public par la froideur des simulacres sexuels : tels sont quelques-uns des paradoxes et des contrastes au sein desquels s'est constitué le rapport du sujet contemporain à son corps.

  • « Un livre serré, dense, subtil. Un livre très « propre », a-t-on envie d'écrire. Son sujet : les définitions, les repères, les techniques de la propreté culturelle entre Moyen Age et XXe siècle, avec les pratiques qui aujourd'hui ont charge d'assurer la netteté du corps [.]. Mais le livre est plus que cela. Il s'appuie, en effet, avec liberté et intelligence, sur les hypothèses proposées par le sociologue allemand Norbert Elias pour rendre compte du " processus de civilisation" qui caractérise les sociétés d'Occident entre XIIe et XIXe siècles [.].
    Là est sans doute le prix de ce livre qui analyse le procès de civilisation occidental à partir de l'un de ses traits les plus fondamentaux : à savoir les transformations du rapport que les hommes ont eu avec leur corps. Séché, baigné, lavé. » Roger Chartier, Libération

empty