Langue française

  • Les renouvellements récents de l'historiographie ont multiplié les perspectives d'analyse sur le rôle et la place de l'écrit dans la pensée et l'exercice du pouvoir au Moyen Âge. Pour des sociétés et des cultures de l'oralité et du geste, l'écrit est en effet à la fois un instrument du/de pouvoir, un acte de pouvoir, une expression du pouvoir. En mettant l'accent sur les écritures du pouvoir, ces treize études questionnent les pratiques, leurs formes autant que leurs sens, au sein des cultures et des expériences politiques en péninsule Ibérique et au Maghreb. L'approche pluridisciplinaire - histoire, numismatique, diplomatique, épigraphie, histoire de l'art, de la littérature, du droit...- croisée à des échelles d'analyse variables dans l'espace et dans le temps, permet d'éclairer la production, la réception, la conservation, mais aussi la transformation et la circulation des textes et des écritures qui servent, expriment, monumentalisent le pouvoir, de part et d'autre des frontières et du détroit de Gibraltar, des Pyrénées au Sahara et dans le bassin méditerranéen occidental...

  • Tentant en diable, ce titre prend toute sa place au sein des Rencontres d'histoire et d'archéologie du Périgord dédiées à l'étude des châteaux européens dans la longue durée de leurs vie et survie millénaires, du X e au XXI e siècles. Le choix de ce thème laissait présager une quête spirituelle capable de l'emporter sur les préoccupations défensives et offensives des bâtisseurs de châteaux, mais c'était sans compter sur l'implantation et la multiplication des chapelles castrales qui occupent une place de choix dans cet ouvrage et témoignent de l'emprise du sentiment religieux sur la vie quotidienne des châtelains et de leurs familles.
    Par contre, point de traces aussi marquantes de la présence du diable, mais l'on sait que celui-ci se loge dans les détails et ceux-ci ne manquent pas dans cet ouvrage tantôt pour conjurer la peur du Mal, tantôt pour ne pas résister à sa tentation... A la façon de Martin Luther jetant son encrier à la tête du diable qui ne cesse de l'importuner au château de la Warburg où l'Electeur de Saxe le retient prisonnier pour mieux le protéger des menaces du monde extérieur depuis son excommunication et sa mise au ban de l'Empire.

  • L'expression «écritures normées» est utilisée aujourd'hui particulièrement dans les sciences sociales et le management pour indiquer tout texte écrit en lien avec des pratiques professionnelles et des systèmes de gouvernance à l'intérieur des sociétés. Les historiens de l'Antiquité et de la première modernité ne peuvent que souscrire à cet intérêt pour les normes d'écriture et leur transmission, à l'intérieur d'une recherche qui engage non seulement l'aspect matériel lié à l'acte d'écrire, mais plus largement les questions d'identité sociale et politique, de représentation, de contrainte ou de liberté dans l'élaboration et l'imposition des normes, voire dans leur transmission. Ce livre collectif s'intéresse à la figure du professionnel de l'écriture, celui qui maîtrise l'art graphique et intellectuel d'écrire, et qui fixe sur un support matériel la parole, individuelle ou collective, en accomplissant une fonction qui peut être juridique, religieuse, technique, littéraire, etc.
    Du scribe de l'antiquité, en passant par l'expert-comptable des cours et des communes médiévales, ou le secrétaire de la renaissance, les cas étudiés permettent d'approfondir les liens entre les différentes traditions d'écritures normées, leurs fonctions, leur importance sur le plan historique et culturel.
    Cette problématique correspond à une direction de recherche très actuelle et répond pleinement à la nouvelle question des concours d'Histoire (Capes et agrégation 2020) :
    - Écrit, pouvoirs et sociétés en Occident aux XIIe-XIVe siècles (Angleterre, France, Italie, péninsule Ibérique).

  • Cousin germain du roi Charles VI, parrain de Charles VII et Connétable de France, Charles I er d'Albret fut un des principales figures du royaume de France au tournant des XIV e et XV e siècles. Malgré le destin de ses descendants, qui finirent par s'élever au trône de Navarre puis de France avec Henri IV, les historiens n'ont jamais étudié la vie de ce prince que Christine de Pisan loua pourtant dans plusieurs poèmes. La faute peut-être à sa mort tragique à la tête des armées françaises à Azincourt, une bataille qu'il n'avait pas souhaitée. Cette biographie le sort de l'oubli, et montre que l'histoire de sa vie recoupe bien souvent celle des destinées de la France : c'est ainsi toute son époque tourmentée mais flamboyante qui est éclairée d'un jour nouveau.

  • Autour de l'An Mil s'opère, en Occident, une lente reconstruction d'une Justice qui confère toute autorité à des notables locaux pour le règlement de conflits dont la plupart ne dépassent pas les horizons des villages. Autant d'accommodements qui s'ancrent dans les us et coutumes des habitants. En France, la situation évolue rapidement en raison de l'emprise croissante de la monarchie et de ses gens de justice. Comment oublier l'image, tant de fois reproduite dans les manuels d'histoire, d'un Louis IX, futur saint Louis, exerçant sa fonction de roi justicier sous le grand chêne ombragé de son château de Vincennes ? Cet ouvrage, issu des recherches les plus récentes, montre que la réalité fut différente et que, jusqu'à la Révolution de 1789, nombreux sont les seigneurs qui continuent d'exercer leur pouvoir judiciaire. Les uns pour le pire, les autres pour la relative tranquillité de leurs tenanciers, même si nous avons gardé en mémoire la silhouette démesurée et sinistre des fourches patibulaires à l'orée des bois ou au sommet des collines. Enfin, fidèle à la longue durée qui préside à nos Rencontres d'archéologie et d'histoire en Périgord, cet ouvrage présente des bouleversements ultérieurs du système judiciaire, contemporains des XIXe et XXe siècles.

  • S'inscrivant dans le renouveau de la monographie familiale, le livre de Fabrice Lachaud va plus loin dans la démarche d'investigation et remet fortement en question les thèses traditionnelles sur le lignage. Une documentation exceptionnelle, bien mise en oeuvre, une ouverture aux problématiques les plus nouvelles, une rigueur dans l'exploitation des sources, un jeu d'échelles équilibré entre la synthèse et l'analyse, une diversité des sujets, peuvent être les qualités qui frappent à la lecture de cet ouvrage qui constitue un apport majeur à la connaissance de l'aristocratie française au Moyen Age.
    Ce livre allie parfaitement la culture du médiéviste et la curiosité du chercheur : il apporte une contribution importante à l'histoire de la parenté au Moyen Age. Force est de reconnaître la qualité de la réflexion menée par l'auteur, nourrie par la lecture de nombreux travaux de médiévistes, mais aussi d'anthrophologues, et encore plus de sociologues. Il utilise la documentation diplomatique mais s'intéresse aussi à l'architecture, à la sculpture funéraire, à l'iconographie sigillaire et héraldique et recourt aux sources littéraires, ce qui lui permet de ressusciter des personnages fascinants.
    La prosopographie sur les femmes est passionnante et à ce sujet soulignons la qualité de l'étude sur les stratégies matrimoniales et la très intéressante thématique des alliances redoublées qui court comme un fil rouge tout au long de ce livre mettant en scène une famille telle qu'elle se manifeste dans les actes de la pratique accordant une place essentielle aux alliances, au moins autant qu'à la filiation et poussant sur le devant de la scène la dame de Craon, ce qui nous éloigne d'une organisation lignagère exclusivement masculine.

  • Quel enfant n'a rêvé, à travers les contes de fées, les romans de cape et d'épée, les bandes dessinées ou les films de Walt Disney, de vivre dans un château ? Des tours qui tutoient le ciel, des souterrains obscurs où brillent des trésors, de fougueux chevaliers qui sauvent des princesses endormies, tout y parle d'aventures, de gloire, d'amour, de liberté. Mais au-delà de ce vert paradis d'images enfantines, la réalité historique est tout autre, dont ces XXIVe Rencontres se proposent de donner quelques illustrations.
    Dès le haut Moyen Age, la noblesse châtelaine s'est souciée de l'éducation de ses enfants, en conformité avec leur naissance, leur sexe et leur établissement futur. Ainsi, pendant des siècles, le château a été l'espace privilégié de reproduction et d'éducation des élites nobiliaires. Bonheurs pour certains - on songe aux pages émues de Montaigne guidé par un père aimant, ou celles d'un Talleyrand et sa grand-mère au château de Chalais.
    Tourments pour d'autres - René de Chateaubriand au château de Combourg aussi sombre que l'humeur de son géniteur. Les situations varient selon les familles et selon les époques. Mais du gouverneur aux précepteurs, aux maîtres d'équitation et de danse, ou aux professeurs de musique et de dessin, le château est alors un espace concret de formation des futurs châtelains, envoyés ensuite dans des collèges ou des académies militaires.
    Les filles le quittent aussi pour le couvent ou les pensionnats religieux. Les jeunesses au château sont alors éphémères, mais les vacances, qui réunissent frères et soeurs, cousins et cousines, font oublier les contraintes scolaires. Mémoires et correspondances témoignent avec mélancolie de ces temps heureux. Après la Révolution, la noblesse du XIXe s. se "réinvente", entre nostalgie d'Ancien Régime et nécessaire adaptation.
    Revenue sur ses terres, elle réaffirme, entre les vieux murs ancestraux, ses valeurs immémoriales, et nombre d'hommes et de femmes prennent la plume, telle la comtesse de Ségur, pour en assurer la transmission.

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