Belles Lettres

  • L'ouvrage porte essentiellement sur la forêt au Moyen Âge entre le Ve et le XVe siècle sans pour autant s'y restreindre, faisant parfois des ponts avec les périodes antérieures et postérieures pour une meilleure compréhension des diverses évolutions.
    L'intérêt principal de cette somme est de croiser de multiples approches scientifiques et textuelles. En faisant appel à des spécialistes de disciplines peu, voire pas représentées habituellement dans les ouvrages historiques, elle met en forme des données très récentes souvent issues de programmes encore en cours, que ce soit en archéologie, en palynologie, ou en dendrochronologie Ce dialogue pluridisciplinaire ouvre un dialogue sans pareil entre littéraires, linguistes, juristes, historiens des religions et des institutions, archéologues, spécialiste de la végétation ancienne, de la construction des cathédrales, du transport du bois, des mines, de la production de la chaux, de la poix, du sel, etc. Plus que l'exhaustivité géographique, la diversité des approches scientifiques et la déclinaison d'exemples contrastés et variés a été privilégiée et soutenue par l'abondance des illustrations (représentations médiévales de la forêt mais aussi iconographie explicative). En mêlant des approches littéraires, historiques, linguistiques à des études scientifiques très différentes et à la pointe de la recherche pour la connaissance du passé comme l'archéologie, la palynologie, la dendrochronologie, l'ouvrage donne un panorama complet et offre un ensemble qui ne s'était encore jamais fait sur ce sujet.

  • La Vie de Charlemagne, écrite au IXe siècle par Eginhard (770-840), familier du grand empereur et de son fils Louis le Pieux, est le texte le plus célèbre du Moyen Age latin.
    La précédente traduction, donnée par Louis Halphen en 1923, inaugura la collection "Les Classiques de l'histoire de France au Moyen Age" devenue "Les Classiques de l'histoire du Moyen Age" dans laquelle ce volume prend place, un siècle après.
    Riche d'anecdotes piquantes, de descriptions ethnographiques, de notations épiques, ce texte est la source essentielle pour l'histoire de Charlemagne et l'interprétation de son règne. On y voit la dépréciation des Mérovingiens en rois fainéants, et la construction de l'image du grand conquérant, rénovateur de l'Eglise, de l'école et de la culture, couronné empereur par le pape en 800. Mais ce récit est aussi l'oeuvre d'un auteur : Eginhard écrit après les faits et son ouvrage est tissé des préoccupations politiques des successeurs de Charlemagne. C'est aussi l'oeuvre d'un savant, acteur de la Renaissance carolingienne, pétri de culture classique mise au service de la politique et de l'art littéraire.

  • C'est à cette question que s'attachent à répondre Frances et Joseph Gies, dans leur ouvrage, devenu un classique. Ce livre est d'autant plus passionnant pour un lectorat français que les deux historiens nous emmènent en 1250 dans la cité de Troyes, qui était à l'époque, outre la capitale de la Champagne, un des plus importants rendez-vous commerçants d'Europe. Deux foires s'y tenaient chaque année, attirant des marchands venus de Flandre et d'Allemagne, d'Espagne et d'Italie, et de plus loin encore.
    Les Gies nous invitent à visiter la maison d'un bourgeois, à suivre les occupations de son épouse, à assister à la naissance et à l'éducation de leurs enfants, à nous rendre à un mariage et à un enterrement. Ils nous font pénétrer dans les ateliers et les commerces de l'époque, nous accompagnent chez le médecin, battent avec nous le pavé de l'église et de la cathédrale. Puis nous voilà dans la peau d'un étudiant, prenant des notes en latin sur une tablette enduite de cire, nous plongeant dans un livre de Chrétien de Troyes ou de Rutebeuf, deux grands écrivains locaux, ou applaudissant à un théâtre d'un genre nouveau qui sort des murs des églises. Mais les Gies nous rappellent aussi que la vie au Moyen Âge, même dans une ville riche comme Troyes, était souvent accablée de fléaux : la famine, la peste, l'inondation, l'incendie et bien sûr la guerre. Aussi l'ouvrage se ferme-t-il sur une description passionnante du gouvernement de la ville et des relations politiques entre Troyes, les comtes de Champagne et le royaume de France.

  • Au Moyen Âge, pendant deux siècles, une secte islamique organisée en véritable internationale terroriste, pratique l'assassinat politique sous toutes ses formes, se forgeant ainsi une réputation mondiale d'Assassins. Aujourd'hui encore, l'histoire des Assassins nous concerne, car elle est une première et fascinante représentation des péripéties tragiques qui, dans des contextes différents, se sont reproduites jusqu'à nos jours.
    Les idéologies sont autres, mais les lois du jeu politique étant constantes, le modèle reste le même. Au nom de la cause, la fin, déjà, justifiait les moyens.

  • D'après des sources grecques, arméniennes, arabes et syriaques longtemps ignorées ou juste survolées, le livre de Peter Frankopan dévoile une nouvelle histoire révolutionnaire d'un événement parmi les plus fameux de l'histoire, la première croisade, en plaçant le coeur de son ouvrage à Constantinople, ville capitale de l'Empire Byzantin, de l'Asie mineure et de la Palestine. Professeur d'histoire à Oxford, l'auteur offre un tableau saisissant et original de l'expédition qui ravit Jérusalem des mains des musulmans, bouleversant radicalement notre compréhension de l'ensemble du déroulement de la croisade.

  • Traduit pour la première fois en France, La Vie dans un château médiéval est un classique qui a initié des millions de lecteurs anglophones aux secrets du monde médiéval. Et qui a profondément inspiré George R. R. Martin, le créateur de A Game of Thrones.
    À partir du remarquable château de Chepstow, à la frontière de l'Angleterre et du Pays de Galles, mais aussi des plus admirables châteaux forts français, les grands médiévistes Frances et Joseph Gies nous offrent un portrait saisissant de ce qu'était la vie quotidienne de l'époque et nous montrent l'importance du rôle qu'y jouait le château fort. Les Gies ont le don de rendre à la vie les hommes et les femmes qui vivaient dans et autour du château, le seigneur et la dame, les chevaliers et les soldats, les serviteurs et les paysans, les troubadours et les jongleurs.
    Nous y découvrons comment les seigneurs et les serfs se vêtaient et se lavaient, ce qu'ils buvaient et ce qu'ils mangeaient, quels étaient leurs loisirs et leurs occupations, leurs codes de conduite sexuelle, leurs principes d'ordre et de solidarité. Nous y apprenons le rôle essentiel que jouait l'honneur dans la culture médiévale, le processus d'initiation auquel se soumettaient les chevaliers, l'importance des fêtes religieuses et des liens personnels, et pourquoi le château fort était autant un rempart contre les violences qu'une source de conflit et un enjeu de pouvoir.
    Remarquablement documenté, et aussi plaisant à lire qu'un roman, La Vie dans un château médiéval est l'ouvrage de référence pour quiconque a envie de se plonger, l'espace de quelques heures, dans cette époque fascinante.

  • Faisant suite à La Perse antique par Philippe Huyse, publié en 2005 dans la même collection, ce volume intitulé L'Iran médiéval s'intéresse à une époque déterminante pour la civilisation iranienne, celle qui se situe entre la conquête arabe au VIIe siècle et les invasions mongoles au début du XIIIe siècle.
    À la fois conservateur et innovant, l'Iran s'islamisa sans s'arabiser, ce qui fait sa singularité par rapport aux nombreux autres territoires gagnés à l'islam : non seulement il garda beaucoup d'éléments de son patrimoine culturel, mais il les transmit au Califat et participa activement à l'élaboration d'une civilisation musulmane universelle.
    Politiquement, ce territoire immense et riche de ses diversités, qui englobait alors aussi l'Irak, l'Afghanistan et l'Asie centrale, devint partie intégrante du califat omeyyade et abbasside, puis fut contrôlé, dès le IXe siècle, par des dynasties iraniennes indépendantes, avant de tomber, à partir du XIe siècle, aux mains d'une série de dynasties turques iranisées, jusqu'à ce que le déferlement mongol du début du XIIIe siècle rebatte les cartes de l'Asie.
    Après l'avènement de la Révolution islamique, l'engouement pour l'Iran contemporain a laissé dans l'ombre la période médiévale, pourtant indispensable pour comprendre la situation actuelle et c'est une partie de cette ombre que ce guide s'efforce de dissiper en donnant un aperçu de ce qui fait la personnalité propre et la grandeur de la civilisation persane.

  • Les étapes de la vie domestique cadencent cet ouvrage. Chiara Frugoni y accorde une place de choix aux enfants et aux femmes, levant bien des mystères sur leurs occupations, leurs joies et leurs peines. Quels objets peuplaient leur quotidien ?
    Quelle place était accordée à l'éducation, à l'élévation ?
    Le premier chapitre du livre s'ouvre à la faveur d'un lit. Le sommeil et ses usages - les somnambules rodent - ne sont pas les seules fonctions qui lui sont accordées. Symbole de prestige et d'autorité, il sert aussi bien pour l'étude que pour le loisir.
    Point de repos pendant la grossesse ;
    L'accouchement, dans la douleur, met la femme à rude épreuve. La maternité s'acquiert au prix de nuits trop courtes et en vertu d'une tendre patience.
    Après la naissance, il faut assurer la survie du nouveau-né. Ses premiers pas sont hérissés de nombreux obstacles : chiens errants, enlèvement, maladies, abandons, exposent les parents à une perte brutale.
    Par la suite, l'éducation de l'enfant, l'apprentissage de la lecture et de l'écriture, nous renseignent sur les méthodes pédagogiques alors employées, néanmoins réservées à une certaine élite sociale. Le travail des enfants demeure épandu, les petits serviteurs circulant dans les logis avec une grâce timide et maladroite.

  • Au IVe siècle, le monachisme fait une timide apparition en Occident, à la faveur des récits de pèlerins et d'évêques orientaux réfugiés en Europe. Quelques siècles plus tard, il occupe une place incontournable dans la société médiévale. L'ouvrage de C. H. Lawrence raconte le prodigieux essor de ce mouvement, ainsi que les nombreuses formes de vie religieuse auxquelles il a donné naissance.
    Le moine, selon la célèbre Règle établie par saint Benoît au VIe siècle, partage sa journée entre la prière, le travail et l'étude. Mais la nécessité de gérer des monastères au patrimoine et aux revenus toujours plus importants, de répondre aux sollicitations des pouvoirs temporel et ecclésiastique, d'accorder une place aux femmes dans les maisons religieuses, ou encore de faire face à l'apparition de l'université obligèrent parfois les religieux à déroger aux exigences premières de la vie monastique. Au cours du Moyen Âge, de l'Irlande à l'Italie, les hommes et les femmes vouant leur vie au service de Dieu apportèrent de multiples réponses aux défis posés par ces évolutions. Ces réponses donnèrent naissance à autant de mouvements religieux (Cluny, Cîteaux, Grandmont, Sempringham... ; chanoines, templiers, frères prêcheurs...) dont C. H. Lawrence dresse un portrait saisissant de force et de vitalité.

  • Les visages du Moyen Âge n'expriment pas les sentiments ni les mouvements intérieurs de l'âme ; ce sont les corps qui parlent.
    À sa manière de s'asseoir, selon qu'il se tient les jambes ou s'exprime avec les mains, le condamné nous dit son orgueil ; Ponce Pilate trahit ses doutes ; le pécheur montre qu'il refuse la tentation du démon ; Marie révèle la douleur qui l'accable à la vue de son fils crucifié. Et le célèbre geste des trois doigts levés ne sert pas qu'à bénir : il signifie aussi qu'on détient le pouvoir.
    Chiara Frugoni propose un merveilleux voyage à qui veut comprendre le langage des images médiévales. Grâce à ce guide idéal, les sculptures, les mosaïques et les retables redeviennent ce qu'ils étaient à l'origine : des histoires de rencontres, d'émotions et de sentiments.

  • Les boutons, les binocles, la boussole, l'arbre généalogique, la poudre, à canon ou d'artifice, les cartes, à jouer ou géographique, le Père Noël ou l'université : la vie d'aujourd'hui est faite d'inventions médiévales.
    S'agit-il de s'habiller ? Il faut du goût, mais aussi une culotte, des pantalons, et quelques boutons pour fermer le tout !
    D'organiser son agenda ? Sans les chiffres arabes et le papier cela serait bien compliqué. S'agit-il de manger ? Sans spaghetti, sans macaroni, sans blé moulu tout court, nos repas seraient tristes. et sales car dépourvus de fourchette. Bref, sans les mille et une découvertes de ces siècles curieusement qualifiés d'obscurs, notre quotidien serait digne du Purgatoire, ou plutôt de l'Enfer, car le Purgatoire est lui aussi né au Moyen Age, de même que le Carnaval.
    Dans ces pages au style alerte et à la documentation précise, Chiara Frugoni fait revivre sous un angle inédit la période médiévale.

  • Sous la forme médiévale du bestiaire, cet ouvrage narre l'histoire de plus d'une centaine d'animaux réels ou imaginaires comme la colombe ou le basilic, le cheval et le perroquet, l'âne et le chameau, l'éléphant et le dragon, le phénix et le paon, le céraste et l'unicorne. Ils ont continument accompagné, par leur fonction symbolique, l'affirmation de l'autorité pontificale, mais ont parfois été convoqués par ceux qui entendaient critiquer, réformer ou délégitimer la papauté comme institution.

    Le cheval, prestigieux élément symbolique de pouvoir et de vie de cour, a cavalé pendant quinze siècles auprès des papes. La cour la plus ancienne du palais du Vatican s'appelle encore aujourd'hui Cour du Perroquet en souvenir du fait que pendant des siècles les perroquets ont eu la fonction d'annoncer vocalement le pape en tant que souverain. Comme les rois de France, les papes ont possédé des ménageries ; celle du pape Médicis, Léon X, avait accueilli le magnifique éléphant blanc indien offert par le roi Manuel Ier du Portugal et dont Raphaël nous a laissé le portrait.

    Au revers de cette médaille, l'animal devint aussi un instrument de satire antipontificale, dans les drôleries de superbes manuscrits enluminés, avec des singes et des serpents portant la couronne du pape (la tiare), bien avant que Luther et ses collaborateurs à Wittenberg (Lucas Cranach et Philippe Melanchthon) ne se servent de l'image du pape-âne (Papstesel) pour nourrir leur polémique anti-papale.

  • S'inspirant de deux articles d'Arsenio Frugoni, son père, Chiara Frugoni reconstitue dans ce livre une journée quelconque dans une ville au Moyen Âge. À l'aide de documents précis, fruits d'une prodigieuse érudition, mais surtout d'une iconographie somptueuse, l'historienne raconte par le menu, plutôt qu'elle ne les expose, les différents aspects de la vie urbaine médiévale: de l'artisanat aux superstitions, de la délinquance à la vie en communauté, en passant par toutes les questions que les hommes se posent encore aujourd'hui face à l'au-delà ou, plus prosaïquement, à l'emploi du temps. À la différence d'un documentaire historique, le récit de cette remarquable conteuse nous invite à remonter le temps comme si nous partions en voyage. Le style souple, élégant et d'une très grande précision lexicale de Chiara Frugoni participe au plaisir de la lecture, non moins que l'analyse rigoureuse des fresques et des miniatures qui illustrent son propos. Elle ressuscite un monde disparu tout en démystifiant nombre des stéréotypes qui l'histoire officielle a imposés au fil du temps.

  • « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! ». En une seule phrase, prononcée dit-on par Arnaud-Amaury, abbé de Cîteaux, peu avant le massacre de Béziers, il semble que soit résumée toute l'histoire de la Croisade contre les Albigeois. Elle a duré cependant près d'un demi-siècle, jusqu'au tragique bûcher de Montségur où les deux cents derniers Cathares furent brûlés vifs, retenus derrière une palissade et sous bonne garde.
    Qui étaient ces centaines de milliers de personnes, qui avaient osé défier le Pape, son clergé, et l'une des armées les plus puissantes de l'époque, composée de combattants de toutes les nationalités ? C'est ce que nous raconte, en quelques dix mille vers et en occitan, cette Chanson de la Croisade albigeoise, écrite et déclamée dans les cours ou devant le menu peuple du Languedoc, par deux clercs - des poètes - dont l'un au moins, plutôt favorable aux hérétiques, est demeuré parfaitement inconnu. Cela n'a pas empêché cette geste haute en couleurs et en péripéties d'entrer dans la mémoire collective, en célébrant, parfois malgré elle et malgré les innombrables victimes de cette guerre, une des plus brillantes civilisations qu'ait connu, avec ses troubadours et ses cours d'amour, le monde occidental, celle du pays d'oc.

  • L'originalité de cet ouvrage tient en trois caractères :
    - le texte des actes du procès de Rouen est intégral, vérifié aux meilleures sources, complété quand c'est nécessaire par les dépositions du procès d'annulation ;
    - l'auteur conduit le lecteur dans la salle d'audience et, fort de son expérience d'avocat de causes criminelles et politiques, lui explique le déroulement de l'affaire, la stratégie des juges et celle de Jeanne ;
    - au fil du déroulement des séances du procès, le lecteur fait vraiment connaissance avec Jeanne. L'accusée lui apparait dans toute sa vivacité, son charme, son audace et aussi, ses faiblesses ; la beauté de la langue qu'elle emploie, la précision de sa mémoire et la profondeur, théologique, voire mystique, de ses réponses la font vivre aujourd'hui aussi présente qu'il y a presque six cents ans.
    Dans un « envoi » en forme de conclusion, l'ouvrage dessine les traits intemporels de Jeanne, aussi actuels aujourd'hui qu'en son temps.
    Les questions que ses juges lui posent sont celles que son histoire nous inspire encore. Jour après jour, Jeanne se fait plus présente à nous et, dégagée de toutes les controverses, caricatures ou raideurs hagiographiques, elle vient à notre rencontre, encore plus jeune et plus entrainante que nous l'imaginions.
    Sainte-Beuve disait que toute famille française devait avoir dans sa bibliothèque la Bible et Les fables de La Fontaine. Il faut y ajouter, comme livre indispensable à la compréhension de notre histoire et de notre être, le procès de Jeanne d'Arc.

  • Les manuscrits se consument moins que leurs lecteurs. Et ici, je veux parler de l'éclat lumineux des manuscrits et de l'obscurité qui les menace toujours et dire ma passion des manuscrits, ou plutôt de l'activité manuscrite.
    J'aime l'unicité fragile des manuscrits, sans leur vouer l'adoration ou la convoitise suscitées par des trésors, que j'évoque d'abord avant de livrer mon expérience des rapports incommodes entre les institutions détentrices, les lecteurs et les scribes. La suite, sur mes péripéties de déchiffreur, s'intitule « la peau des scribes » : à partir du matériau d'écriture, le cuir des moutons, je veux me mettre dans la peau des scribes face à leurs détracteurs, ceux qui veulent « avoir leur peau ».
    Mais entre les scribes et moi, s'interpose l'institution d'une discipline qui s'est voulue « scientifique », avec une exigence de généalogie qui se fondait sur une recherche en paternité, bien vaine pour les textes médiévaux où les traces de l'auteur s'effacent au profit de celles des scribes, malgré d'illustres exceptions. Même en se libérant de ces carcans, le lecteur n'accède pas facilement aux textes des manuscrits : l'objet qui les porte, matériel, subit les aléas et infortunes des choses et les inadvertances des hommes qui en gèrent la fabrication. J'en viens alors à mes frères, les scribes eux-mêmes, quand je traite des marges du manuscrit comme lieu d'organisation du texte par les scribes, avant de résenter leur intervention directe et inventive dans le texte.
    Ce livre raconte une rencontre heureuse.

  • Cet ouvrage met en lumière un certain nombre de traits propres à l'étonnant métissage culturel qui a fait du cerf le grand nourricier de l'imaginaire de peuples aussi différents que les Européens christianisés ou les turcophones d'Asie centrale en cours d'islamisation.
    S'il partage avec le lion ou l'aigle la position de figure emblématique quasi universelle, il possède une particularité presque unique qui est de servir de passeur.
    Grand communiquant, le cerf est un familier des sphères célestes dont il assure la liaison, dans les deux sens, avec ici-bas, la terre des hommes. Il a aussi accès au monde souterrain, présent dans les légendes celtiques comme dans le chamanisme sibérien : ses bois y dessinent la carte d'accès au monde invisible.
    /> Ainsi, par ses bois qui poussent (naissent) et tombent (meurent) chaque année, il incarne la mort spirituelle suivie d'une renaissance.
    Après avoir interrogé la sacralité du cerf dans le monde de la culture abrahamique (judaïsme, christianisme, islam), et dans ses liens avec des cultures étrangères, l'ouvrage montre que cet animal occupe une place notable dans les hagiographies chrétiennes et soufies.
    Il conclut par une étude sur la chasse qui n'est rien d'autre qu'une confrontation avec un invisible peuplé de saints et d'esprits, par laquelle le chasseur se trouve éprouvé.

  • Complément naturel du Dictionnaire de paléographie française, un manuel pédagogiquement innovant qui permettra à chacun, professionnel ou amateur, de progresser dans la lecture des documents anciens.
    Résumé :
    Quel lecteur de documents anciens n'a pas été confronté à des difficultés pour déchiffrer un texte ? Quel amateur d'archives n'a pas été rebuté par une écriture jugée illisible, désorienté par une orthographe erratique, perdu par un vocabulaire abscons ?
    Ce manuel de paléographie a été conçu pour que chacun, néophyte ou expert, puisse surmonter ces difficultés à son rythme et en parfaite autonomie. Comme le Dictionnaire avant lui, le Manuel est avant tout un outil pédagogique et pratique.
    C'est pourquoi il s'intéresse essentiellement aux écritures de la période postérieure à 1450, trois siècles d'un Ancien Régime riche en fonds d'archives patiemment reconstitués après les désastres de la guerre de Cent Ans. Une nouvelle ère s'ouvre alors, avec le triomphe de la langue française et la généralisation des écritures liées, bientôt qualifiées de gothiques, auxquelles les greffiers et tabellions vont demeurer attachés jusqu'au XVIII e siècle.
    Richement illustré, ce manuel se compose de deux parties distinctes :
    Un exposé en six chapitres des principes et des méthodes de la paléographie, suivi de neuf parcours d'exercices, à la fois thématiques et progressifs.
    Cet apprentissage pratique permet au paléographe débutant mais aussi à celui plus confirmé de se familiariser avec le dessin des lettres, de repérer les abréviations des mots, de comprendre des tournures de phrases aujourd'hui archaïques, en bref, d'exercer au quotidien son oeil paléographique !

  • La péninsule ibérique est la seule région d'europe où chrétiens, musulmans et juifs aient vécu ensemble pendant des siècles.
    Cette longue coexistence a donné lieu à une civilisation originale. elle est le fruit de la capacité des uns et des autres à assimiler des traditions différentes, à en faire la synthèse, et à les transmuer de telle façon qu'au-delà des particularités, une même culture caractérise l'espagne médiévale.

  • Entre la fin du Moyen Âge et la Révolution, la façon d'écrire le français a beaucoup évolué, et le tracé des lettres encore plus rapidement que l'orthographe ou la grammaire. Pour lire les sources originales de l'histoire de France, de la charte royale jusqu'au plus humble registre paroissial, il est indispensable de maîtriser certains codes et certaines règles : c'est ce qu'enseigne la paléographie.
    Le Dictionnaire de paléographie s'adresse à un public nombreux et varié :
    étudiants, généalogistes, universitaires, historiens confirmés ou débutants, amateurs d'histoire locale ou nationale. Conçu comme un ouvrage de base, il s'adresse aussi bien à l'érudit qu'au simple curieux. Plus commode qu'un manuel, il est le compagnon idéal du chercheur en salle de lecture. Il se laisse également feuilleter avec plaisir : comme tout dictionnaire, il offre un trésor d'associations de mots et d'images, de découvertes inattendues.
    Plus de 2 500 définitions, 12 000 exemples et 15 000 illustrations : la paléographie est d'abord un exercice visuel. Certains mots font même l'objet de planches particulières : autre, faire, icelui, Jehan, maître, pour, présent, que. Il ne s'agit en aucun cas d'un dictionnaire de mots rares ! Ce sont au contraire les termes les plus courants qui sont les plus difficiles à lire ou à interpréter, parce qu'ils sont écrits en abrégé ou perdus dans des formules au sens obscur. Les exemples sont là pour montrer les associations de mots et d'idées les plus fréquentes dans les actes de procédure ou de la pratique notariale.
    Régler une querelle de voisinage, obtenir un dégrèvement d'impôts, passer un contrat de travail, organiser une succession : ces soucis de la vie quotidienne étaient également ceux de nos ancêtres, et nous sommes nombreux à vouloir en retrouver le témoignage dans des liasses et des registres parfois très anciens. Les archives publiques sont ouvertes à tous, et ce dictionnaire aidera le lecteur à remonter le temps, peut-être bien au-delà de ce qu'il espérait.

  • L'idéal d'équilibre et ses liens étroits avec ce qui est juste, sain et ordonné, est resté immuable tout au long de la période médiévale. La place centrale donnée à cet idéal dans le fonctionnement de la nature et de la société est, elle aussi, demeurée immuable. Or, en quelques décennies, entre 1280 et 1360, la culture scolastique de toute l'Europe a vu l'apparition d'un sentiment nouveau de ce qu'était et de ce que pouvait être l'équilibre.
    Dans cette histoire passionnante et fondatrice d'un concept central et pourtant resté oublié de la pensée médiévale européenne, l'historien Joel Kaye, professeur à Columbia, révèle que cette nouvelle conception de l'équilibre et de ses potentialités proprement révolutionnaires est devenue le fondement d'un nouveau modèle d'équilibre systématique, façonné et partagé par les penseurs les plus actifs et les plus novateurs de la période : Pierre Jean Olivi, Jean de Jandun, Marsile de Padoue, Nicole Oresme, Thaddée Alderotti, Jean Buridan, Jean de Salisbury, Thomas Bradwardine.
    En explorant quatre disciplines essentielles du savoir scolastique - la pensée économique, la pensée politique, la pensée médicale et la philosophie naturelle -, l'ouvrage de Joel Kaye, déjà devenu un classique, montre que ce nouveau modèle d'équilibre systématique a ouvert la voiemonde, tant dans les domaines de la médecine et de l'astronomie que dans ceux de l'économie et du fonctionnement de l'Etat et de la société.
    à de nouvelles possibilités de spéculation et de création intellectuelles, qui ont permis une réinvention profonde du

  • Les biographies de saint Augustin, y compris les plus récentes, font une large part à l'hagiographie. On propose ici de considérer l'homme plutôt que le saint.
    Un manuscrit médiéval des Confessions montre deux Augustin qui offrent un volume de l'ouvrage à Dieu. Le premier des deux, à droite du Maître, porte une mitre et une crosse : c'est l'Augustin d'après 395, date de son élévation à l'épiscopat. Le second tient lui aussi une extrémité du rouleau des mémoires qu'il confesse à son Seigneur. Il en est le sujet et la matière. Quant au premier, il en est l'auteur, autour de l'année 400.
    Peut-on légitimement parler de deux Augustin, le premier qui serait l'homme d'avant 395, amoureux de la culture classique, et le second, devenu chrétien, qui serait l'évêque ?
    Cette biographie s'apparente à une véritable enquête à la recherche du moment où Augustin, l'homme, a définitivement quitté ses habits d'intellectuel et renoncé aux charmes païens des études libérales pour devenir pleinement chrétien.
    L'auteur, spécialiste de l'Antiquité tardive, a publié plusieurs ouvrages sur l'historiographie latine. Il offre ici un récit vivant fondé sur une lecture renouvelée des sources. Sa connaissance du contexte historique et culturel de la fin du IVe siècle lui permet une approche originale de l'évolution personnelle d'un homme d'abord amoureux de la culture classique.
    De larges extraits des Confessions, fournis dans une traduction personnelle, font l'objet d'analyses originales. L'enquête révèle que l'adhésion pleine d'Augustin au christianisme fut plus tardive qu'on ne le pense généralement et qu'elle coïncide sans doute avec son accès à l'épiscopat.

  • PREFACE LISTE DES ILLUSTRATIONS USAGES ET CONVENTIONS ABREVIATIONS I. Introduction II. L'Âge de la seigneurie (875-1150) L'ordre ancien La quête de la seigneurie et de la noblesse Contrainte, violence et perturbations Les cultures de la seigneurie III. La domination seigneuriale (1050-1150): L'expérience du pouvoir La papauté Les royaumes de la Méditérranée occidentale Le Léon et la Castille En vue des Pyrénées Les terres impériales La Bavière La Lombardie La France L'Anjou La Flandre Les royaumes du Nord La France capétienne L'Angleterre normande IV. Les crises du pouvoir (1060-1150) Une difficile maturité L'angoisse dynastique Des accomplissements mêlés d'inquiétude L'Église Des sociétés troublées La révolte saxonne et ses conséquences (1073-1125) La France castrale (ca. 1100-1137) Des troubles sur la route des pèlerins (1109-1137) La Flandre: le meurtre de Charles le Bon (1127-1128) L'Angleterre: "Lorsque le Christ et ses saints dormaient" (1135-1154) Une époque de tyrannie?
    V. Résolution: intrusions du gouvernement (1150-1215) Prospérité et crise de la grande seigneurie "Des ombres de paix" Aquitaine: des princes de mauvaise réputation Anjou: la tyrannie de Giraud Berlai Un évêque tyrannique (?) : Aldebert de Mende (1151-1187) La justice de la comptabilité La comptabilité de la fidélité (1075-1150) Comptabilité prescriptive Vers une comptabilité de l'office (1085-1200) La dynamique de la croissance fiscale (ca. 1090-1160) Vers une nouvelle technique (ca. 1110-1175) Angleterre: les Pipe Rolls et l'Échiquier La Flandre: le Grote Briefe et ses origines Sicile: un conservatoire culturel?
    Catalogne: de l'exploitation à la gestion Contrainte, compromis et office Les chartes de franchise: quelques leçons Au seuil de l'office En vue des tours de Notre-Dame Travailler avec le pouvoir La Catalogne L'Angleterre La France L'Église romaine VI. Célébration et persuasion (1160-1225) Cultures du pouvoir Une fidélité chantée Le discours curial Moralisation savante L'expertise : les deux facettes Le savoir Le savoir-faire Pacification Les capuchonnés du Velay Politisation du pouvoir La crise de la Catalogne (1173-1205) La crise de la Magna Carta (1212-1215) Pouvoir des états et pouvoir de l'État Les états des royaumes troublés La grande seigneurie du consensus Vers des états à pouvoir associatif Vers une coutume parlementaire du consentement VII. Épilogue GLOSSAIRE BIBLIOGRAPHIE INDEX

  • Au Moyen Âge, un grand nombre de croyances et de superstitions entourent les pierres précieuses. Les lapidaires médiévaux (du latin lapis, « pierre ») traitent des pouvoirs magiques et médicinaux des pierres : le diamant rend invincible ; l'améthyste préserve de l'ivresse ; l'émeraude soigne les yeux ; le rubis arrête les hémorragies, etc. Le savoir scientifique se construit à partir de la pensée analogique, qui procède par similitude. La plupart des lapidaires médiévaux en langue romane sont conservés dans des éditions anciennes et peu accessibles ; en outre, il n'existe aucune anthologie bilingue de ces textes (ancien français/français moderne).
    Cet ouvrage présente une sélection d'articles empruntés aux plus importants lapidaires médiévaux, ainsi qu'à une encyclopédie du XIII e siècle, Le Livre de Sydrac. Les illustrations sont majoritairement empruntées aux lapidaires médiévaux (folios et miniatures le plus souvent inédits). Ces textes très populaires au Moyen Âge ont été progressivement délaissés et méprisés après le XVI e siècle en raison de leur statut ambigu, à la fois littéraire et scientifique.

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