Pu De Paris-sorbonne

  • Malgré les progrès constants de l'écrit, les sociétés latines, byzantines ou musulmanes du Moyen Âge restent très largement dominées par l'oral et les sons. La voix tient un rôle primordial au sein d'un paysage sonore dont l'étude a récemment bénéficié d'un regain historiographique et du croisement interdisciplinaire avec l'anthropologie, la musicologie, l'archéologie, l'architecture, l'art ou la littérature.

    Le 50e congrès de la Société des historiens médiévistes de l'Enseignement supérieur public a ainsi voulu mieux comprendre la production, les usages, la définition et les contextes d'emploi de la voix, plongée dans des configurations engageant autant la parole, le discours, la déclamation que le chant ou, à l'inverse, le silence ou la voix intériorisée. Les contributions s'intéressent à la présence et aux marques d'oralité dans l'écrit, à la musique et à sa "fabrique", aux paysages sonores, aux cris et émotions, aux rythmes, à la scansion et à la cantillation..., bref à tous les contextes et prétextes qui produisent la voix, l'accompagnent ou la mettent en scène, et à ce qui est reproduit, proféré, clamé ou tu par elle.

    Vingt ans après la rencontre de Gottingen, le congrès de Francfort rappelle également l'importance des échanges universitaires et historiographiques franco-allemands dans une ville profondément européenne et au riche passé historique.

  • Les sociétés médiévales accordent une grande importance à la culture de l'obéissance, au respect de la tradition et au principe hiérarchique. Mais elles sont aussi régulièrement secouées par toutes sortes de rébellions, de dissidences ou de révoltes, voire par de véritables révolutions. Ces différentes figures de la contestation ont constitué un domaine de recherche majeur dans les années 1960-1970, porté par les vents de l'époque, avant d'être délaissés ou traités de façon plus parcellaire. À l'heure où les nouvelles recherches sur l'hérésie revisitent les rapports entre désobéissance et rébellion, où l'histoire intellectuelle réexamine la destinée de figures contestataires et où les grandes révoltes paysannes, urbaines ou nobiliaires suscitent un net regain d'intérêt, il convenait de rouvrir le dossier, sans nécessairement évoquer l'anniversaire de la Jacquerie paysanne de 1358, ni l'actualité brûlante du mouvement des « gilets jaunes ». C'est ce qu'a entrepris le XLIXe Congrès de la Société des historiens médiévistes de l'Enseignement supérieur public, réuni à Rennes en 2018. Les études rassemblées dans ce volume explorent ainsi tour à tour la manière dont les sociétés latines, byzantines ou musulmanes du Moyen Âge ont dit et défini les contestations, les motifs variés qui animaient dissidents ou révoltés, et les formes que prit la remise en cause de l'ordre établi, avant de s'interroger sur la fin des contestations et leurs effets par-delà leur dénouement souvent tragique et leur mémoire dissonante.

  • À l'heure du réchauffement climatique, des catastrophes nucléaires et de la recherche des moyens de "décarboner" nos économies, personne ne doute plus que les questions énergétiques soient cruciales pour nos sociétés. L'idée que leur étude puisse concerner les sciences humaines et sociales est en revanche beaucoup moins consensuelle. L'énergie est pourtant une question éminemment sociale. Ce qui pose problème, en effet, n'est pas tant la quantité d'énergie à notre disposition (le soleil nous en procure bien plus que nous n'en utilisons) que la façon de la mobiliser et de la partager, questions sociales par excellence.

    L'évolution du rapport de l'humanité à l'énergie ne saurait se réduire à un récit linéaire des innovations techniques qui ont permis d'exploiter telle ou telle ressource ou de mettre en oeuvre tel ou tel convertisseur plus efficace que ceux dont on disposait auparavant. Un système énergétique est toujours sous-tendu par des structures et des choix politiques, économiques, sociaux. Pour comprendre la façon dont les sociétés industrialisées sont arrivées au régime énergétique dont elles prétendent - dans le meilleur des cas - vouloir sortir, il nous faut comprendre comment elles y sont entrées et, pour cela, étudier l'histoire du rapport des sociétés à l'énergie dans le temps. C'est cette histoire qu'explorent les vingt-trois contributions réunies ici. Elles s'efforcent de montrer les enjeux de la mobilisation et de la dépense énergétiques, les intérêts qui les sous-tendent, les acteurs qui ont bénéficié des choix effectués et ceux qui en ont pâti, l'influence de ces choix sur la santé, l'environnement, les modes de vie. La complexité des systèmes et des transitions énergétiques se révèle au fil de ces analyses, de l'Écosse médiévale au Cameroun contemporain en passant par l'Espagne du premier XXe siècle.

  • Cet ouvrage propose une série d'études fondées sur des travaux de jeunes chercheurs éclairant la façon dont l'essor de l'écrit documentaire au cours d'un long XIIIe siècle a transformé en profondeur les pratiques administratives des sociétés médiévales occidentales. De la Sainte-Trinité de Caen au Mont-Cassin, de Paris au Midi toulousain, ces textes interrogent la façon dont l'écrit administratif est produit, utilisé, archivé. Écrire, est d'abord une façon d'appréhender le territoire, par l'inventaire des ressources d'une institution, par l'enquête, par l'enregistrement d'actes, renvoyant aux préoccupations propres au contrôle d'un espace éclaté, ou dans l'affirmation d'une personnalité institutionnelle. Les formes prises par ces documents administratifs et leur place dans les processus de gouvernement dépendent des hommes qui en gouvernent la genèse, de leur conception à leur rédaction, que ces dynamiques soient collectives, comme dans l'administration du comte de Toulouse, ou individuelles, comme dans la pratique toute personnelle de l'artisan Jean Teisseire. L'objet-document ainsi produit résulte d'une stratification de pratiques évoluant dans le temps, que seule une étude codicologique minutieuse et rigoureuse peut restituer, comme dans le cas du livre-outil de Saint-Martin de Pontoise. Enfin, la dimension archivistique de l'écrit apporte un recul sur la constitution de mémoires documentaires indissociables de certaines transformations sociales de la fin du Moyen Âge. L'étude des cartulaires de Notre-Dame de Paris et des regards croisés sur la documentation de la Sainte-Chapelle, par exemple, viennent ainsi compléter notre compréhension des mécanismes d'archivage et de la fonction des archives au sein des institutions.

    Les auteurs :

    Anne-Laure Alard-Bonhoure, Christophe Boucheron, Gael Chenard, Harmony Dewez, Charlotte Fain, Catherine Letouzey-Réty, Mélanie Morestin-Dubois, Vianney Petit, Gabriel Poisson, Alisée Rosa, Albane Schrimpf-Patey, Lucie Tryoen.

  • De Jean de Berry, l'histoire a retenu l'image d'un prince mécène et bibliophile, ardent défenseur de la couronne au temps de Charles V et de Charles VI. Doté d'une principauté au centre du royaume, tenue en apanage, il a développé une administration dont les contours ont déjà été reconnus. Sa chancellerie, en revanche, a peu retenu l'attention. C'est autour des pratiques de l'écrit documentaire, actes en tête, que s'organise la présente publication. Celle-ci se veut une contribution à une meilleure connaissance de l'acte princier des XIVe et XVe siècles, un domaine qui, s'il a été illustré par divers historiens et diplomatistes, ne l'a été jusqu'à maintenant que de façon discontinue et incomplète. Par l'extension géographique et la variété de ses pouvoirs, par sa proximité avec la personne royale (il a été successivement fils, frère, oncle de roi), par la durée de son activité (une soixantaine d'années, de 1356 à 1416), Jean de Berry a légué un corpus central pour l'étude de l'acte princier. Un acte princier qui devient, à l'époque, une pièce importante de la production diplomatique et, par la captation de traits royaux, un outil efficace de la genèse de l'État moderne et de l'apprentissage de la sujétion. Organisation, recrutement, fonctionnement de la chancellerie, gestion de la mémoire des actes, traits internes et externes des productions, manifestations du pouvoir dans les titulatures et les sceaux, méthodes d'édition... sont scrutés dans les contributions de ce volume, non seulement pour Berry, mais aussi, de façon délibérément comparative, pour plusieurs de ses contemporains (princes anglais et navarrais, ducs de Bourbon, d'Anjou et de Bretagne).

  • L'avènement du sultan Barqûq sur le trône du royaume syro-égyptien en 1382 est perçu dans l'historiographie comme l'événement qui distingue l'époque turque de la période circassienne du sultanat mamlouk.

    Si rupture il y a eu, elle n'est toutefois pas tant ethnique que politique, marquant l'évolution de la nature du régime. La restauration de la dignité sultanienne et l'élaboration d'un nouveau discours de légitimité vont de pair avec la concentration des ressources fiscales au sein de la Maison du sultan, celle-ci étant confrontée néanmoins, dans le même temps, à la multiplication des conflits opposant les membres de l'élite militaire, les émirs. Au-delà des enjeux symboliques et économiques que se disputent ces officiers du sultanat, la lutte politique s'élabore autour de l'extension d'un capital social fondé sur des réseaux clientélistes. Dans cette compétition politique, les sultans successifs rivalisent avec de puissants émirs pour affirmer leur patronage sur l'élite militaire et s'imposer comme les maîtres du jeu.

    Ce livre se saisit de la "dynastie barqûqide" en tant que laboratoire d'observation anthropologique de la conflictualité dans le sultanat mamlouk. Entre exclusion des émirs et intégration dans les réseaux, démonstration de force théâtralisée et violence anomique, la forme des conflits suit l'évolution de la nature du régime pour mener trente ans plus tard, en 1412, à la chute de la dynastie. Louvrage remet ainsi en question la périodisation classique en faisant de l'exécution du fils de Barqûq, le sultan Faraj, la véritable fondation du régime circassien.

  • Cet ouvrage met au coeur de son propos une interrogation simple : dans l'organisation complexe de l'espace de l'église médiévale, les emplacements choisis pour les images qui ornent les murs et les objets n'offrent pas toujours la possibilité de voir celles-ci, d'en déchiffrer le contenu. Certaines semblent réservées à des groupes de l'assemblée stationnant dans des espaces spécifiques, d'autres ne sont pas visibles depuis les principales zones affectées aux fidèles ou aux clercs, d'autres encore sont situées trop haut. Le rapport, a priori évident, entre représentation et visibilité se trouve donc souvent démenti, appelant alors une nouvelle notion, celle de présence. Analyser la tension existant entre ces trois catégories - figuration, visibilité et présence - implique une étude croisée des oeuvres figurées, des monuments et des sources écrites. Les notions de mobilité et de fixité permettent également de prendre en compte les multiples jeux d'échelles à l'oeuvre dans ce lieu rituel qu'est l'église, impliquant des objets, des manuscrits, des dispositifs liturgiques, des gestes, des déplacements physiques, dialoguant avec un décor appliqué au corps même du monument, épousant l'immobilité de l'architecture.

    Les cinq chapitres thématiques qui organisent ce volume mettent en regard différents cas issus de l'Occident médiéval et de l'Orient byzantin, selon une chronologie longue (de l'Antiquité tardive à la fin du Moyen Age), dans une volonté de décloisonner les disciplines et les aires géographiques afin de tirer tous les enseignements d'une approche transversale de l'image médiévale.

  • Les autorités et les penseurs chrétiens du Moyen Age ont, en règle générale, tenu un discours extrêmement négatif à l'égard de ceux qu'ils appelaient les païens, qu'il s'agisse de figures polythéistes du passé ou d'individus professant au présent une autre religion : stupides, brutaux, sans foi ni loi, les païens sont ordinairement donnés pour damnés.
    Pourtant, dans l'Europe du Nord entre la fin du VIe et le début du XIIe siècle, une poignée de personnages ont été reconnus comme de "bons païens" par des auteurs chrétiens : certains sont regardés comme fondateurs, vertueux, voire exemplaires, et il arrive même qu'on laisse entendre que l'un ou l'autre d'eux a pu accéder au salut. Ainsi le poème anglo-saxon Beowulf met en scène des personnages héroïques et positifs, laissant planer le doute sur leur sort ultime, enfer ou paradis. De fait, selon les contextes politiques, sociaux, et culturels, les réponses à ce double problème de la vertu et du salut des païens ont été très variables : ainsi, si certaines sociétés ont rapporté sans trop de réticences l'histoire héroïque de leurs ancêtres païens, d'autres ont été amenées à refouler l'essentiel d'un passé jugé incompatible avec le nouveau contexte religieux.
    L'enquête progresse de façon à la fois géographique et chronologique, explorant tour à tour l'Irlande, les marges septentrionales du royaume des Francs, l'Angleterre, le pays de Galles, la Scandinavie et le monde slave occidental. Dans toutes ces régions, la question des bons païens permet d'éclairer la manière dont, au prix d'accommodements et de bricolages théologiques, les sociétés nouvellement converties ont appris à parler d'elles-mêmes à travers le miroir de l'Autre païen.

  • Ce volume est le second d'une série d'ouvrages portant sur "Statuts, écritures et pratiques sociales dans les sociétés de la Méditerranée occidentale à la fin du Moyen Âge (XIIe-XVe siècle)", visant à étudier les statuts communaux dans une optique d'histoire sociale, non pas comme une source "normative" mais comme une source de la pratique, de leur matérialité et de leur forme d'écriture aux pratiques sociales en passant par les conditions de leur production et de conservation, leur inscription dans un paysage documentaire communal, leur structure et leur contenu.

    Cet ouvrage, plus spécifiquement, se donne pour but de replacer la matière statutaire de l'Italie (Sienne, Ferrare, Gênes, Rimini, Milan, Orvieto, Pérouse, Todi, Pise, Lucques, la Sicile et Candie vénitienne) et du Midi de la France (Agen, Marseille, Avignon, Rodez et Comtat Venaissin) au sein d'un ensemble de documents produits par les autorités communales, par d'autres institutions présentes dans la commune ou par une autorité supérieure (seigneur laïc ou ecclésiastique, prince, roi ou pape) exerçant son dominium. Il s'agit donc d'éclairer le statut dans son paysage documentaire pour mesurer les circulations documentaires en repérant et en analysant tous les points de contact entre les statuts et les autres documents.

    Du niveau le plus haut ou le plus large (comtal, provincial ou royal) au plus restreint (groupements professionnels) en passant par l'échelon communal, les différentes strates normatives se superposent et se complètent mais peuvent également entrer en concurrence, nous dévoiler des tensions entre les divers niveaux de réglementation, chacun de ceux-ci espérant marquer son emprise, dominer un espace ou un secteur d'activité. Statuer peut, en ce sens, apparaître comme un enjeu social de toute première importance.

  • La prédation est une réalité incontournable des sociétés du haut Moyen Age. Que l'on pense au sac de Rome par les Wisigoths en 410, au récit du vase de Soissons, aux déprédations vikings des IXe et Xe siècles, ou encore aux razzias incessantes de la guerre féodale, l'histoire de ce temps est traversée de pillages, de captures, de prélèvements de tributs effectués par la force. Associées pendant longtemps à une conception négative du Moyen Age, ces pratiques ont peu intéressé les chercheurs.
    Tout au plus s'y est-on parfois penché de manière biaisée, par exemple en étudiant les conséquences des déprédations vikings, hongroises ou sarrasines sur l'Occident chrétien. Cela revenait implicitement à enfermer certaines sociétés, comme les Scandinaves, dans leur dimension prédatrice, alors que l'Occident chrétien ne pouvait être pensé, selon le contexte, que dans le rôle de victime ou de conquérant.
    Considérée depuis quelques décennies dans une autre perspective, la prédation est désormais envisagée comme un phénomène économique, politique, social et culturel. Abordant les questions aussi diverses que les formes de partage du butin, la place de la prédation dans la circulation des richesses, l'insertion des captifs de guerre dans les économies locales ou dans les circuits du commerce d'esclaves, l'importance de la prédation dans le fonctionnement du pouvoir, ou encore la manière dont ces sociétés légitiment la pratique prédatrice, cet ouvrage apporte un éclairage nouveau sur cette pratique.

  • À une époque où la société contractuelle est présentée comme un idéal émancipateur et modernisateur, il n'est pas inutile de mener une réflexion historique sur le phénomène contractuel. C'est ce à quoi s'emploie cet ouvrage, résultat du travail d'un groupe de chercheurs de plusieurs disciplines : des historiennes et historiens, un historien du droit, une spécialiste de littérature romane et un sociologue, examinent les formes et les implications de la montée en puissance du phénomène contractuel à l'époque médiévale.

    En quatorze études précises menées à partir de dossiers de sources exceptionnels en France, Germanie, Italie et Espagne du viiie au XVe siècle, précédées d'une dense introduction et suivies d'une conclusion, l'ouvrage propose la première synthèse sur les transactions médiévales, utile tant aux historiens qu'aux sociologues et anthropologues.

    Les transactions, entendues non seulement à travers les contrats qui les sanctionnent, mais aussi comme des processus de négociation, sont abordées à la fois sous l'angle juridique, dans leurs enjeux socio-économiques et dans leurs aspects matériels et scripturaux. L'intrication des dimensions marchandes et non-marchandes au sein de ces transactions constitue un des objets de réflexion du volume. Mais il les envisage dans toute leur richesse, faisant varier les situations sociales (famille, relations de travail, procédures judiciaires, échanges économiques...), les profils de contractants (le propriétaire foncier, le marchand, le chevalier, l'artisan...) et les usages sociaux de ces transactions. Cet ouvrage offre enfin aux lecteurs l'édition de nombreux documents étudiés par les auteurs.

  • Le rapport qu'entretient la culture médiévale avec les Pères de l'Eglise n'est en rien réductible à la vénération d'une autorité ancienne ; il est tout entier dans la mise au présent d'un passé continué. C'est à étudier les modalités textuelles, liturgiques et monumentales de cette présence médiévale de la mémoire patristique, envisagée dans sa dimension sociale et politique, que cet ouvrage collectif, issu d'un programme de recherche international et transdisciplinaire, est consacré.
    Il porte sur la mémoire italienne d'Ambroise (340-397), évêque et saint patron de la ville de Milan, reconnu comme l'un des quatre docteurs latins de l'Eglise. Dès lors, le souvenir ambrosien est tiraillé entre deux pôles antagonistes : le premier est la vocation universelle du Père de l'Eglise, le second est son ancrage local qui fonde et justifie l'invention des traditions milanaises et la spécificité de sa liturgie, de son Eglise, mais aussi de son système de valeurs politiques.
    Cette enquête sur la disponibilité sociale d'un souvenir et sur ses usages politiques ne se contente pas de faire la chronique, en longue durée, de la manipulation de la mémoire. Elle tente également d'identifier les ancres du souvenir, l'empêchant de dériver trop loin de l'Ambroise «historique» : des textes, des images, des rituels, des monuments. De là la dimension résolument pluridisciplinaire de l'entreprise collective, réunissant historiens, historiens de l'art, archéologues, philologues, mais aussi philosophes, musicologues, théologiens et liturgistes.

  • D'après les récits hagiographiques du xii siècle, le plan et les proportions idéales de la grande église abbatiale de cluny ont été inspirés au moine gunzo par un songe d'origine divine.
    Le chantier de la major ecclesia visait ainsi à transformer le rêve en réalité architecturale. avant d'être un bâtiment de pierre ou de bois, la construction est une image élaborée par un concepteur, qu'il soit architecte, prince fondateur ou héros bâtisseur. les bâtiments laissés par le moyen âge, souvent analysés par les archéologues et les historiens de l'architecture, sont abordés ici sous l'angle de leurs représentations figurées.
    Avant que le monument ne soit achevé, quelle image s'en faisaient le maître d'ouvrage, le maître d'oeuvre, le géomètre, le prêtre, le passant ? a travers l'exemple de divers édifices, qu'ils aient été réellement construits ou qu'ils soient restés à l'état d'images - églises, palais et tours -, ce sont les fonctions politiques, morales ou symboliques des constructions qui sont explorées. le projet architectural s'intègre ainsi dans une vision plus large de la ville, idéal d'urbanisme ou nouvelle babylone.
    La construction concrète peut-elle permettre, telle l'arche de noé, l'édification de l'âme ?.

  • La victime détroussée par un voleur ou les témoins qui assistaient au délit se mettaient à hurler " haro ".
    Le crieur public, installé aux carrefours ou en tout autre lieu " accoustumé à faire cry ", introduisait à haute voix son information par " Oyé, bonnes gens, on vous fait savoir... " Les sujets du royaume de France qui assistaient à une entrée royale ou à 1a conclusion de la paix s'écriaient " Noël ". On pourrait sans peine allonger la liste de ces cris médiévaux régulateurs des liens sociaux. Le Moyen Âge était très bruyant et les cris, spontanés ou ritualisés, fréquents.
    Nous l'avions peut-être oublié. Cet ouvrage vient nous le rappeler. Résultat d'un véritable travail de groupe, les études rassemblée : dans ce volume visent à montrer que le cri, forme particulière de la parole représente, dans une société largement dominée par l'oralité, un " acte de langage ", une expression spécifique des sentiments et des émotions, un outil fréquent de l'interaction et un enjeu crucial dans les systèmes de communication.
    Ce que nous entendons aujourd'hui comme un cri est-il perçut comme tel au Moyen Âge ? Quels sont les mots qui signalent le cri ? Quel : sont les lieux, les temps, les groupes où cette parole bruyante et créatrice est souhaitée, autorisée, tolérée ou interdite ? Les auteurs insistent ainsi sur la forte présence du cri lors des rites de passage, politiques, guerriers sociaux et familiaux. Ils étudient également les crieurs, saisis dans leur ; pratiques : les cris des marchands ambulants qui résonnent et se répondent dans les rues ou ceux du crieur public, au rôle politique central.
    Pour le roi, le seigneur ou la ville, posséder le cri est en effet la manifestation de son pouvoir et de sa capacité à maîtriser l'espace. En contrepoint de ces études sur l'époque médiévale, la parole été donnée à une historienne de l'Antiquité et un historien du temps présent pour ouvrir ce travail novateur à d'autres périodes de l'histoire, afin de montrer que le cri relève aussi d'une construction culturelle variant dans l'espace et dans le temps.

  • Enfermer, protéger, conserver est une nécessité, un devoir pour toute civilisation.
    Le Moyen Âge n'échappe pas à la règle. Les réceptacles du sacré - Graal, ciboires, châsses ou reliquaires - sont nombreux et d'une importance considérable. Ne s'agit-il pas d'enclore ce qu'il y a de plus précieux ? Les parfums, les produits de la pharmacopée ou le souvenir dune vie. Plus que tout autre témoignage, le corps humain est mémoire, porteur de l'espoir de la résurrection. enclore, c'est continuer à faire vivre dans l'attente du renouvellement.
    Le Moyen Âge ne connaît pas la boîte mais l'écrin, le manuscrit serré entre ses impressionnants plats de reliure... voici donc que prend vie une extraordinaire diversité d'objets, fruits de l'ingéniosité, du savoir technique, de la création artistique. les contenants suffisent à évoquer un mode de vie - pensons à la place qu'occupaient le potier ou le tonnelier dans la société médiévale. Ils ont leur propre histoire, celle de leur production, celle de leur usage, celle de leurs circuits commerciaux et, - ce n'est pas le moins important - de leur réutilisation.
    L'écrit, le livre, c'est le dépôt, le contenant de tout le savoir de l'humanité, toujours dans l'attente du lecteur qui sait redonner vie au passé...


  • ce livre réunit les actes du colloque international accueilli à l'hôtel de ville en octobre 2005, qui souhaitait esquisser, comme le souligne daniel roche en introduction, par-delà les acquis " un projet pour des tentatives de relecture et d'approfondissement, d'ouverture et de renouvellement ".
    l'originalité de l'ensemble est d'associer des champs d'étude moins fréquentés que l'histoire politique de la capitale en révolution. il s'agit d'étudier la cité, carrefour unique dans la france du xviiie siècle de production et d'échange des biens matériels et symboliques, sous l'angle d'un espace en mutation au plan administratif, économique et culturel. chacune des trois parties est précédée d'un substantiel rapport introductif qui fait le point des acquis, mais aussi des manques, et propose des pistes nouvelles de recherche : la première " administration et finances " est introduite par françois monnier, la seconde " économie " par dominique margairaz et la troisième " pratiques culturelles " par raymonde monnier.
    les contributions publiées dans ce volume croisent les points de vue pour tenter de réévaluer les mutations à l'oeuvre dans les infrastructures, les métiers et les entreprises, comme dans l'administration - de l'urbanisme à la sécurité et au maintien de l'ordre. d'autres transformations, économiques, affectent les domaines de la construction, des transports et de la politique sanitaire, dans une ville industrielle déjà malade de ses pollutions.
    au plan culturel, on voit se redessiner les espaces, tant du côté de l'art dramatique et du musée que des modalités de l'éloquence, de la sociabilité savante ou des défis dans l'univers de la gravure, dont témoignent les tableaux historiques de la révolution. l'ouvrage permet ainsi de comprendre comment une intense politisation a entraîné de multiples innovations qui ont rejailli sur le quotidien de tous les parisiens.


  • L'histoire de la vengeance, du Moyen Âge à la fin de l'époque moderne, restait à écrire. Les 18 contributions de cet ouvrage, fruits de trois rencontres internationales posent les premiers jalons des pratiques de la vengeance en étudiant une série de cas pris dans l'Empire, dans le royaume de France, et aussi en Italie et en Espagne, dans ces pays méridionaux où la vengeance est censée subsister jusqu'à nos jours. Tous les groupes sociaux sont concernés, nobles comme non-nobles, paysans et citadins, clercs et laïcs. L'idée a été de comprendre comment et pourquoi, globalement, la vengeance régresse en Occident. Il fallait pour cela interroger les outils théoriques dont dispose l'historien, la notion de « justice privée », qui renvoie à l'idée d'un État détenteur du monopole de la violence légitime, ou celle de « civilisation des moeurs » qui accompagne nécessairement l'idée d'un progrès de l'homme sur ses pulsions agressives. Ces notions volent ici en éclats pour faire place à des explications plus nuancées et sans doute plus justes. L'État peut louer la vengeance tout en la condamnant par bribes et la vengeance peut se dérober à l'observation ou au contraire envahir la documentation au gré des acteurs qui la manipulent pour en faire mémoire. Enfin, si le lien entre honneur et vengeance est ici privilégié, il n'est pas le seul critère d'explication. Car la vengeance se révèle multiforme et, de ce fait, reste difficilement saisissable.

  • Pourquoi, quand et comment fut érigé le tombeau des Patriarches à Hébron - appelé Maharat HaMachpelah en hébreu, et Haram al-Khalil en arabe ? Dans ce livre, se déroule sous nos yeux une pièce en trois actes, du récit biblique aux résultats des recherches archéologiques : suivant un développement chronologique, il dévoile la face cachée du sanctuaire, le réseau souterrain menant à une tombe, une grotte double creusée dans le rocher des monts de Judée.
    Acte 1. L'histoire de cette découverte commence par une invention médiévale, transcrite au XIIe siècle d'après le témoignage oral des chanoines de Saint-Abraham (le nom franc d'Hébron) qui se font à cette occasion moines-archéologues. A leur suite, de rares initiés, juifs et musulmans, autorisés à s'engouffrer sous le sol du sanctuaire livrent quelques comptes rendus de leurs visites.
    Acte 2. Du XVIe au XIXe siècle, alors que l'accès au Haram est désormais réservé aux seuls musulmans, le tombeau sombre dans une nouvelle période d'oubli. Rejetés hors du sanctuaire, juifs et chrétiens pratiquent un rituel hors les murs, qui atteste l'héritage mémoriel d'un monde souterrain.
    Acte 3. A partir de la seconde moitié du XIXe siècle, lentement, la mémoire revient avec le balbutiement des recherches archéologiques contemporaines. Difficiles à réaliser, encore plus à imposer, empreintes de rivalités voire mâtinées de mensonges, elles réussissent toutefois à faire surgir la vérité, humblement, et de manière bien éphémère, avant que le sous-sol du tombeau des Patriarches ne retombe à nouveau dans l'oubli dans lequel il se trouve encore figé aujourd'hui.
    Cette enquête policière et scientifique, écrite par un archéologue, la première publication en français sur le réseau souterrain menant au tombeau des Patriarches à Hébron depuis 1923, retrace les aléas d'une quête qui dure depuis plus de huit siècles. Alors que l'accès au sous-sol du sanctuaire est de nouveau interdit, cet ouvrage pose la question de la responsabilité universelle de la gestion de ce lieu de mémoire. Son architecture remarquablement conservée, qui porte l'empreinte des différentes cultures qui s'y sont succédé, côtoyées, comme la diversité des acteurs de cette histoire, véritable inventaire à la Prévert, font incontestablement de ce monument un "patrimoine partagé".

  • Définir toujours plus finement les contours des sociétés médiévales et les hiérarchies qui les traversent, mettre en lumière leurs stratégies économiques, scripturaires et politiques en valorisant l'agency des individus, tels sont les champs embrassés par François Menant ces quarante dernières années. Le crédit, les conjonctures de crise et les réponses qu'y apportent les sociétés urbaines et rurales, leur litteracy et leur communication politique sont autant de thèmes sur lesquels cet ouvrage a l'ambition d'offrir un panorama actualisé.

    Couvrant un large arc chronologique, du haut Moyen Âge à la Renaissance, dans un espace européen généralement orienté autour de la Méditerranée, ce livre collectif a également vocation à retracer les vastes réseaux scientifiques internationaux tissés par François Menant au cours de sa carrière : anciens élèves de l'Ecole normale supérieure de Paris, maîtres de conférence, professeurs des universités, venus de France, d'Europe ou des Amériques offrent ainsi un instantané de la recherche en histoire économique et sociale actuelle. De l'individu au groupe, de la figure de l'entrepreneur médiéval aux élites rurales, de François Menant à ses élèves et à ses collègues, tel est le chemin que permettra de parcourir cette étude.

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