Seuil

  • Les procès intentés aux animaux, la mythologie du bois et des arbres, le bestiaire des fables, l'arrivée du jeu d'échecs en Europe, l'histoire et l'archéologie des couleurs, l'origine des armoiries et des drapeaux, l'iconographie de Judas, la légende du roi Arthur et celle d'Ivanhoé : tels sont quelques-uns des sujets traités par Michel Pastoureau dans cette « Histoire symbolique du Moyen Âge occidental ».
    L'auteur, qui construit cette histoire depuis trois décennies, nous conduit ainsi sur des terrains documentaires variés : le lexique et les faits de langue, les textes littéraires et didactiques, les armoiries et les noms propres, les images et les oeuvres d'art. Partout, Michel Pastoureau souligne avec force combien cette histoire symbolique des animaux et des végétaux, des couleurs et des images, des signes et des songes, loin de s'opposer à la réalité sociale, économique ou politique, en est une des composantes essentielles.
    Pour l'historien, l'imaginaire fait toujours partie de la réalité.

  • Durant les longs siècles qui séparent l'effondrement de l'Empire romain de l'affirmation des " grandes monarchies d'Occident ", l'Eglise a représenté la principale institution sociale et politique. Dans ses textes fondateurs, le christianisme des origines se présente comme une religion sans limites ni points d'ancrage, une religion sans frontières, fondée avant tout sur les relations interpersonnelles et le charisme des détenteurs de l'autorité.
    La cité n'est pas sur terre mais au ciel. Historiquement, l'Eglise s'est pourtant peu à peu instituée sur des lieux et des territoires au point d'être définie au début du XIIIe siècle comme un nouvel Empire au sein duquel l'autorité du pape rayonne, Urbi et orbi, sur l'ensemble des provinces et des évêchés de la Chrétienté. Depuis le XIXe siècle, les historiens ont considéré que l'Eglise médiévale avait hérité et du même coup entraîné la conservation des formes territoriales de l'Empire romain.
    Dans ce cadre, l'évêque était implicitement considéré comme le successeur direct des anciens magistrats romains. Le pari de cet ouvrage est de considérer, au contraire, qu'en modifiant le sens, les usages et les formes de l'espace hérités de la Rome antique, les évolutions conjuguées de la société chrétienne et de l'institution ecclésiale ont en réalité produit un nouveau rapport à l'espace. Le pouvoir épiscopal apparaît dans cette perspective comme le creuset d'une nouvelle souveraineté fondée sur un rapport territorialisé au peuple des fidèles à travers l'exercice d'une juridiction et d'une fiscalité spécifiques : cette nouvelle souveraineté inventée entre le Xe et le XIIIe siècle, dans les siècles centraux du Moyen Age, inspira les Etats princiers ou monarchiques.
    S'intéresser à la manière dont les évêques du Moyen Age pensèrent et exercèrent leur emprise sur la société à travers l'espace, c'est à la fois renvoyer Rome à son antiquité, restaurer de la discontinuité dans l'histoire et réévaluer la matrice ecclésiale des formes modernes de la souveraineté territoriale.

  • Que peut-on savoir de la vie affective du Moyen Âge ? Sur ce sujet longtemps négligé, les sources sont pourtant nombreuses : la littérature profane et spirituelle, l'iconographie, les chroniques, mais aussi la théologie et la médecine nous livrent mille indices sur la place des émotions dans la vie sociale.
    De la colère d'un puissant à l'indignation du petit peuple, de la honte démonstrative d'une sainte à la crainte de la honte d'un grand, de l'amitié entre moines à la souffrance à l'imitation du Christ, de l'enthousiasme d'un groupe de croisés à la peur d'une ville entière face à la guerre ou à la peste qui approche, les exemples sont multiples. L'émotion n'est pas l'expression d'une confusion des esprits ni d'un chaos des règles sociales. Tous ces éclats de joie et de douleur, signes d'une humanité entière, produisent du sens qui ne se comprend que dans son contexte. Tout au long du millénaire médiéval, un modèle chrétien d'affectivité, élaboré à petite échelle dans les laboratoires monastiques, se construit, se répand, pénètre la société, tout en interagissant avec d'autres modèles, déjà présents ou en voie de construction parallèle, comme celui de la culture de cour.
    D'où qu'on la regarde, on constate que l'émotion au Moyen Âge irrigue les relations sociales, dans une diversité d'interprétations et une vitalité culturelle qui impressionnent.

  • Tournois, croisades, table ronde et amour courtois.
    Le inonde des chevaliers fascine et intrigue. quelle est la part entre l'imaginaire et l'histoire? i)e roland à lancelot, en passant par bayard et le roi arthur, alain demurger ressuscite les grandes figures de la chevalerie, explique les codes et les coutumes, les idéaux et les exploits. c'est la vie quotidienne et rêvée des chevaliers, des seigneurs et de leurs dames, des guerriers et de leurs légendes qui est ainsi contée.
    Ceux qui ont autrefois joué aux chevaliers et ceux qui y jouent encore trouveront là un guide du moyen ange épique et étonnant.

  • Le 13 juillet 1131, le destin de la monarchie capétienne et du royaume de France a pris un tour tragique. Alors qu'il chevauchait avec quelques compagnons dans un faubourg de Paris, le jeune prince Philippe, fils aîné du roi Louis VI le Gros et héritier du trône déjà sacré et couronné, fit une grave chute de cheval et mourut quelques heures plus tard. Le cheval n'est pas en cause dans cet accident. Un autre animal se trouve être responsable de la chute, un animal gyrovague, remplissant en ville un rôle d'éboueur : un vulgaire cochon domestique, que tous les chroniqueurs ont aussitôt qualifié de porcus diabolicus.
    L'étude de cet événement insolite permet de cerner la place et la symbolique du porc dans l'Europe chrétienne de l'époque féodale. Présent sur tous les terroirs, pilier de l'alimentation carnée, vedette des écoles de médecines où l'anatomie humaine s'enseigne en disséquant le cadavre de la truie ou du verrat, le cochon n'en demeure pas moins une bête impure, dotée de tous les vices et symbole d'un grand nombre de péchés (saleté, goinfrerie, luxure, paresse, colère, stupidité). Comme si sa trop grande proximité biologique avec l'être humain, loin de le glorifier, en faisait un repoussoir. De fait, éclaboussée par la mort ignoble de l'un des siens, la dynastie capétienne devra multiplier les actes de « purification » pour retrouver sa dignité et sa légitimité. Il faudra plusieurs décennies pour que la pureté du lis, désormais fleur royale, efface peu à peu la souillure du porcus diabolicus.

  • - Comment christianiser la guerre ? Comment s'assurer un corps de soldats disposé à remplir fidèlement la défense de la chrétienté et sa mission de lutte contre " l'Infidèle " ? A ces deux questions, la chrétienté médiévale a répondu en créant des institutions originales : les ordres religieux-militaires. Des hybrides, des " monstres " selon l'expression d'Isaac de l'Etoile, vivant comme des moines et agissant comme des chevaliers : des chevaliers du Christ, " revêtus de l'armure de fer et de l'armure de la foi ". La Reconquista, les croisades ont favorisé l'expansion de ces ordres en Terre sainte, en Espagne et sur les rives de la Baltique. Avec la méfiance grandissante des monarques à l'égard de ces puissances militaires devenues parfois de véritables États et la substitution du thème de la mission à celui de la guerre, les ordres religieux-militaires perdent peu à peu de leur vitalité. C'est alors aussi que naissent les légendes et les rumeurs auxquelles Alain Demurger fait un sort en retraçant l'histoire de ces moines soldats et en analysant la genèse de la légende.

    - Maître de conférences à l'université Paris I, Alain Demurger est déjà l'auteur au Seuil de Templiers (Points Histoire, 2005) et Chevaliers et chevalerie expliqués à mes petit-fils (2009).

  • Le Moyen Âge fut peut-être l'âge d'or de cette diversité linguistique tant menacée de nos jours par la globalisation. Des langues héritières du passé, sacralisées par leur rôle de support des textes divins, y côtoyaient toutes sortes d'idiomes, aujourd'hui disparus ou marginalisés, tout comme à l'origine de nos modernités.Dans ce livre éblouissant, Benoît Grévin reconstitue ce paysage linguistique dans sa diversité. Car le Moyen Âge du langage est un temps d'expérimentations, où évoluent des dizaines de cultures linguistiques, orales et écrites, guerrières et marchandes, globales et locales, savantes et populaires.Leur histoire est ici abordée dans une optique anthropologique et comparative, à travers un aller-retour entre deux des grandes aires de civilisation qui conditionnent notre modernité : la chrétienté occidentale, dominée par la référence au latin impérial et papal, classique et biblique, sous l'égide duquel s'organise la multiplicité des cultures linguistiques romanes, germaniques, slaves, celtes, etc., et l'Islam classique, où la centralité de l'arabe, coranique et poétique, scientifique ou populaire, recouvre les histoires entrecroisées des cultures turques, iraniennes, berbères, etc. L'enquête adopte une grille de lecture souple, abandonnant les oppositions binaires pour privilégier trois niveaux d'analyse dialectal, courtois et " référentiel ". On se donne ainsi les moyens de retrouver, derrière leurs différences, les caractéristiques communes à ces deux Babel médiévales.

  • D'Hugues Capet à Philippe Auguste, les premiers monarques capétiens jetèrent les bases d'un gouvernement monarchique absolu qui allait durer jusqu'à la Révolution française. Si, après l'élection d'Hugues Capet, en 987, la dynastie s'enlise au milieu des châteaux et des guerres de voisinage, au tournant de l'an 1100, les monarques capétiens entreprennent d'exploiter, accélérer ou simplement accompagner les profonds bouleversements qui agitent la société féodale pour donner naissance à un mode de gouvernement inédit jusque-là. En effet, les mutations sociales qui s'amorcent au début du deuxième millénaire sont riches de potentialités dans tous les domaines : socio-économique, culturel, religieux. Dominique Barthélemy choisit donc d'allier dans son propos une étude de cette société qui se transforme à une exploration du processus monarchique pour mieux mettre en lumière l'avènement de cette hégémonie inédite qui sera définitivement en place avec le règne de Philippe Auguste. En s'appuyant sur les chroniques de l'époque et et sur les récentes découvertes de l'anthropologie sociale, il met au jour le fonctionnement d'un système de canalisation des conflits et dévoile le caractère structurel et dynamique du système féodal pour donner un nouveau sens à la fameuse " mutation " de l'an 1100, si décisive dans l'établissement de la monarchie française et de la transformation de la France en nation.

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