Vendemiaire

  • Prisonniers de guerre asservis dans les Royaumes barbares, Slaves castrés transitant vers la Méditerranée sous Charlemagne, populations d'Afrique noire vendues par les commerçants ibériques du XVe siècle... À rebours des idées reçues, la chute de l'Empire romain est loin d'avoir marqué la fin de l'esclavage. Bien au contraire, les nombreux conflits du Moyen Âge, des intrusions mongoles aux raids vikings, assurent la pérennité de cet asservissement de l'homme par l'homme.
    Rejeté hors de la communauté, assimilé à un bien marchand, de rang inférieur au serf sur l'échelle sociale, l'esclave médiéval n'a aucun droit propre. Son traitement donne progressivement naissance à une racialisation de l'exploitation de l'étranger, legs du Moyen Âge aux négriers de l'époque moderne...

  • Elle abritait la baleine qui engloutit Jonas, les sirènes qui perdirent les compagnons d'Ulysse, les monstres inquiétants de Charybde et Sylla ; elle vit les amours tragiques de Tristan et Iseult, fut parcourue par le sous-marin d'Alexandre et le navire Argo en quête de la T oison d'Or... La mer, au Moyen Age, était bien un univers fantasmé, légendaire, inquiétant. Mais aussi un espace central dans la géographie et l'économie du temps. Des expéditions des Vikings aux croisades, des aventures de Marco Polo à la ligue hanséatique, de la prospérité des ports italiens à l'assèchement des marais hollandais, c'est tout un monde qui s'est alors dessiné, que l'homme a peu à peu appris à connaître, à parcourir, à exploiter, et bientôt à se disputer...

  • Que la violence y ait régné sans partage, que les puissants y aient exercé une impitoyable domination sur les faibles, que la justice y ait été cruelle et expéditive, qu'une religion fanatique y ait régenté la vie des hommes, qu'on n'y ait eu que de très approximatives connaissances dans les domaines de la science, de la médecine ou de l'hygiène, qu'on y ait méprisé les femmes, pour la majorité d'entre nous, cela ne fait aucun doute: le Moyen Age, interminable parenthèse entre les accomplissements de l'Antiquité et les merveilles de la Renaissance, est le point de référence obligé lorsqu'on veut stigmatiser les temps obscurs auxquels nous avons échappé pour accéder enfin à la modernité. Autant d'idées reçues que les plus grands spécialistes français de la question contestent avec force.

  • Alors que les Vendéens abandonnent le siège du Mans en décembre 1793, les Républicains se livrent à une répression féroce. Près d'Angers, aux Ponts-de-Cé, des milliers de prisonniers sont exécutés, selon les témoignages recueillis par les représentants en mission. Quelques-uns citent l'exécution et l'écorchement de 32 hommes sur ordre d'un officier de santé, Pecquel, qui aurait fait ensuite traiter les peaux par un tanneur d'Angers.
    Au lendemain de Thermidor, des membres du Comité de salut public sont accusés d'avoir installé à Meudon une tannerie de peaux humaines, pour en faire des culottes ou pour relier des exemplaires de la Constitution.
    Jean-Clément Martin entreprend d'examiner les pièces du dossier, afin de rendre compte des rumeurs, des accusations et des faits, tels qu'ils peuvent être recensés dans les années 1793-1799. Mais au-delà, il inscrit ces éléments dans la perspective plus large de l'histoire de l'écorchement, supplice ou pratique chirurgicale, voire sociale, repérable de l'Antiquité à nos jours. Le détour par la description du climat culturel de l'Europe moderne est indispensable pour comprendre dans quel contexte ont pu se perpétuer de telles atrocités. L'ouvrage s'interroge enfin sur la perpétuation de ces dénonciations en brossant leur itinéraire avant d'analyser les rapports noués entre Révolution, violence et sacré.

  • Un document exceptionnel et inédit du chef de la barricade Saint-Merry, qui raconte, minute par minute, la vie des combattants face aux assauts de l'armée et de la garde nationale, lors de l'insurrection de juin 1832 contre Louis-Philippe.
    Un récit si haut en couleur que Jeanne sera une des sources d'inspiration d'Hugo pour écrire les Misérables... Ancien militaire, Charles Jeanne a participé aux Trois Glorieuses, la révolution de février 1830 qui a conduit à l'abdication de Charles X au profit de Louis-Philippe Ier. Mais déçu par le nouveau régime, il prend part à l'insurrection des 5 et 6 juin 1832, qui survient lors de l'enterrement du général républicain Lamarque.
    Il prend alors la tête d'une barricade, rue Saint-Merry, près de l'église. Pendant deux jours, les insurgés tiennent tête à seize attaques de l'armée et de la garde nationale, avant de devoir rendre les armes. Jeanne parvient à s'enfuir mais est arrêté quelques mois plus tard. Au terme d'un procès qui lui vaut une grande célébrité auprès des milieux d'opposition, il est condamné à la déportation et envoyé à la prison du Mont-Saint-Michel.
    C'est là qu'il fait l'« historique des deux journées de juin pour nos barricades ». On perd la trace de cette lettre écrite à sa soeur jusqu'à sa réapparition en 2010 chez un brocanteur. Jeanne nous révèle de l'intérieur un monde à part, celui d'une barricade. Il nous rend témoins de sa construction et de son entretien. On y croise des dizaine d'insurgés, des soldats et quelques espions. Des balles sifflent à nos oreilles.
    On assiste à la chute des pots de fleurs sur les soldats, on entend la voix des insurgés, on voit leur peur et leur courage. On découvre le terrifiant jeu de «pile-face» pratiqués par les vainqueurs sur les insurgés désarmés...« C'est un inestimable trésor qui réapparaît ainsi » écrit Thomas Bouchet, l'historien auteur de la préface et de l'appareil critique. Jeanne fit paraître une version très succincte de son témoignage dont se servit notamment Victor Hugo, qui non seulement parle de Jeanne dans les Misérables, mais s'en inspire.
    Ainsi le jeune garçon aux cheveux roux décrit par Jeanne a très probablement servi de modèle à Gavroche...

  • Paris, Ville Lumière, avait aussi sa part d'ombre : qui étaient, ces « clandestines », ces « galantes », arpentant la nuit les boulevards des quartiers populaires après une journée de travail, ou se lovant dans les chambres de maisons closes luxueuses tandis que la fête impériale battait son plein ? Indépendantes ou asservies, chacune dans leur quartier, elles avaient leurs habitués, bourgeois ou gavroches.
    Traversant les Halles et les quais de Seine, gravissant la butte Montmartre, l'auteur nous ouvre les portes des bas-fonds de Paris au XIXe siècle : ses guinguettes et ses bals, ses bordels et ses salons privés. Pour nous révéler comment les rendez-vous galants ont façonné la géographie d'une ville et l'ont consacrée, pour longtemps, Capitale de l'amour et des plaisirs.

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